‹ Les odeurs de ParisChapitre 30 sur 71 · LE BIEN-ÊTRE DE KA COMMUNE I · texte numérisé non relu

LE BIEN-ÊTRE DE KA COMMUNE I

Un autre fooetiomiaire, d'un ordre élevé, accueillait les doléances du même médecin par ces paroles : — a n y aura toujours assez d'enfants I »

Remarquez-vous, docteur Le Bon, la quantité de personnages civilisés qui vivent plus ou moins de ces pauvres petits cadavres ? Les gens tenant bureaux de nourrices, — les médecins diplômés et patentés qui certifient le lait des nourrices, — les meneurs de nourrices , — Mesdames et Mesdemoiselles les nourrices et leurs parents, — le village dont elles font la richesse,

— un peu M. le maire qui laisse tuer les nourrissons pour entretenir la popularité qui le portera au conseil d'arrondissement d'où l'on a déjà perspective sur la croix d'honneur, — un peu aussi les parents qui font des frais de nourrice en vue .de s'épargner des irais d'école,..

Et le fonctionnaire c d'un ordre élevé, » qui disait: // y aura toujours assez d^enfants 1 n'obéissait-il pas à des pensées de surélévation? J'ai été sous-chef (trèsindigne) d'un bureau du ministère de l'Intérieur, el quoique peu attentif, j'observais que l'Administratîoa, en ce temps-là, penchait fort à s'alléger du poids importun des en&nts-publics, non quant à la pniduetkm,

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mais quant à la dépense. On prenait des mesures trèsingénieuses pour rendre l'abord du TVnirplus difficile, pour mettre l'élevage à meilleur marché : et je tous réponds, docteur, qu'il ne manquait pas d'administrateurs qui donnaient au diable les idées de saint Yincent de Paul; et qu'il a été écrit des circulaires aux préfets plus supprimantes que le décret du roi Hérode; et que le fonctionnaire d'un ordre élevé sous lequel se serait réalisée une diminution persévérante dans le nombre des enfants trouvés à entretenir, aurait eu de fortes chances d'être promu à un ordre encore plus élevé.

Je trouve là un peu d'anthropophagie.

Je trouve que ces bureaux de nourrices, si favorables à la dépopulation de la France, sont un autre fusil à aiguille dont le dieu Progrès a £Bdt présent à la Prusse.

A mon avis, M. Duruy, l'inventif ministre de l'Instruction publique, tire trop de preuves en faveur du temps présent d'un certain passage de Là Bruyère, souvent cité, où le paysan français du dix-septième siècle est peint comme un sauvage.

Mettons que le paysan de Louis XIY, lecteur de la Vie des Saints, était sauvage ; mettons que le paysan d'aujourd'hui, lecteur du Siècle, n'est pas sauvage :

y a toujours cette petite anthropophagie avec permission de M. le Maire et consentement tacite des

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fonctionnaires « d'un ordre élevé. » La Bruyère n'a point noté ce trait dans le paysan sauvage du dix-septième siècle ; il le devrait noter dans le paysan civilisé du dix-neuvième.

Sans compter que ces sauvages, ces brutes du dixseptième siècle peuplaient comme des Prussiens. -^ Et il est heureux, d'une certaine façon, que l'industrie des nourrices se soit si fort développée, car autrement le paysan, avant peu, consentirait tout au plus à avoir un seul petit.

Mais cette industrie est si florissante qu'on la fait exercer même pai* les jeunes filles. Dans un rayon de trente lieues autour de Paris, les parents commencent à les élever pour cela. J'ai lu ce mot, rapporté joyeusement par un journal. Un bon villageois montrait sa fille de quinze ans, propre, robuste et avenante : a Dans un an ou deux, quelle jolie nourrice ça nous fera 1 » Bien entendu qu'il ne s'agissait nullement de marier la fiUe, puisqu'alors il n'y aurait plus eu de profit pour les parents.

Ce ne sera pas sauvage, si M. le ministre le veut.

Une réflexion me traverse l'esprit : — Docteur Le Bon, docteur Le Bon ! vous qui êtes un homme d'étude, vous savez que le genre humain est doué d'ime sorte de goût à tuer les enfants. Ce phénomène s'observe sous toutes les latitudes, dans toutes les civilisations et dans toutes les barbaries. Pour une raison,

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pour une autre, pour conserver la vigueur de l'espèce, pour honorer les dieux, pour engraisser les manitous, pour remplacer le droit ifainesse, pour épargner les frais et les fetignes de l'éducation, à Athènes, à Sparte, à Carthage, à Rome, à Pékin, à Otahitî, à Londres, à Paris et dans les environs, on tue les en&nts, ou on les empêche de naitre. Il n'y a guère que le dhristianisme qui combatte efficacement cette singulière coutume, et là où le christianisme babse, la coutume

vaincue par lui reprend son meurtrier empire

Alors, comment le monde a-t-il fait pour durer des millions d'années? et quand il n'y aura plus de Christianisme, comment le progrès fera-t-il pour conserver des hommes ?

Mais, quoique visiblement chiffonné par ces tours agaçants du dieu Progrès, le docteinr Le Bon tient bon. Il aborde gaillardement la question du remède.

a Gomment remédier à ce triste état de 6hoses? »

C'est lui qui dit triste! En plein dix: -neuvième siècle, en plein journal à deux sous! ! I Or, le remède ne se trouve pas dans toutes les pharmacies.

« L'éducaAion phyâque des enlmts est plus Béglt* gée que celle des animaux domestiques... Faut-il, comme le voulait un philosophe célèbre, engager les mères à nourrir elles-mêmes leurs enfants? Toutes ne

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le peuvent. L'éducation vieieuse (il dit trickiael) qu'on donne aux femmesi, les fatigues d'une \ie sou* mise à toutes les exigences de la mode le leur défendent. »

y oilà donc la mode plus puissante que le deToir et même que le seulement maternel. 0 Progrès t Mais le docteur Le Bon tient bon. B poursuit :

a Faut-il élever les enfants ou biberon? Cette mé? thode, adoptée par les administrations hospitalières pour les enfants assistés et trouvés, fournît les plus irUteê résultats. »

Triste, plus triste, toujours triste!

M. Brochard voudrait supprimer les bureaux paiticuliers et établir a ime direction administrative des nourrices^ comme il existe une administration des tabacs, o Mais le docteur Le Bon repousse encore ce procédé, et le trouve exmuyeux et humiliant :

a Nous est-il impossible de faire un pas sons avoir recours aux idministrations? Tâchons donc d^ imiter k$ autres peuples, et apprenons à nous conduire nousinëmes.»

Incontinent après ce fier iqupel à Fimitatioii des autre* peuples, le docteur Le Bon, plein d'une généreuse confiancev fût cannattre son propre remède :

c Que des sociétés dues à l'initiative privée se

ment pour surveiller les nourrices et les récompenseni

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lorsqu'elles le méritent. Faisons pour les enfants ce que nous faisons pour les chevaux/ »

Voilà!

Le bon docteur ne veut pas terminer sans &ire une tentative sur le cœur des mères : il leur adresse ces

paroles touchantes, quoique d'une tournure négligée :

a Rappelons-nous surtout, et jamais une mère ne devrait 1 ignorer ou l'oublier, que c'est dans les premiers temps de la vie que se forme la santé ou la constitution de l'enfant qui, un jour, sera homme, et maudira peut-être alors ceux qui ont fait de lui un être chétii et faible, d

Très-bien, docteur! j'essuie une larme, mais je fais une observation.

Le Progrès nous mène au régime absolu des administrations, qui est tout simplement le communisme. Quand les exigences de la mode sont plus fortes que le sentiment maternel, on tombe nécessairement sous la conduite des bureaux, comme on tombe nécessairement sous la direction de la police, qu^d le vin est plus fort que la raison : c'est pourquoi le plan du docteur Brochard a plus de chances d'être adopté que le vôtre, — si l'on adopte im plan.

Mais que nous fassions pour les enfants ce que l'on fait pour les tabacs, ou ce que l'on fait pour les chevaux, le remède Brochard et le remède Le Bon me semblent bien (sauf respect) n'être , l'un comme l'autre, que le remède des médecins de Molière :

Clysterium donare, Ensuiia purgare,

Postea SEIGNARE I

Et tout cela ne forme pas un tempérament.

Voyez-vous, docteur Le Bon, à fedre tant que de « tâcher d'imiter les autres peuples, » je vous demande mille fois pardon, mais vous me persuadez que le plus simple et le plus sûr serait encore d'imiter les peuples qui ont cru en Jésus-Ghrist.

Ces peuples ont su et ont cru que l'enfant est nonseulement digne d'amour, mais digne de respect; qu'il est l'espoir de la patrie, l'espoir de l'Église, l'espoir même du del; que lorsqu'il a besoin de lait et de pam, il ne faut pas lui donner des pierres; que Dieu redemandera son sang quand même la loi humaine n'exigerait pas qu'on lui en rendit compte, ou serait trompée ou voudrait l'être ; que si celui-là qui scanda- ?ise un enfant serait plus heureux d'être jeté dans la :mer, une pierre au cou, à plus forte raison sera plus terriblement puni celui qui le tue et celui qui le laisse tuer...

Et cette croyance seule, docteur Le Bon, saura mettre assez d'amour dans le cœur des mères, et assez de lait dans le sein des nourrices.

KUX TUES DB PABIS.

Ce qui suit vient du iVath Jaune^ journal littéraire dirigé par divers Valaqoes de passage à Paris, d'aiLleurs Parisiens parfaits, et qui ne se font pas faute de donner leur avis sur toutes choses. Je ne change rien, je me contente d'abréger un peu. Les grâces de Técriyain, Yalaque ou antre, sont enseignantes comme le sujet même qu'il a traité.

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