M. BULOZ
M. Buloz n'est pas un homme ordinaire. Il possède éminemment, l'on pourrait dire jusqu'au génie, le caractère distinctif des Coquelet, qui est de tàter l'opinion d'une certaine foule, de la connaître, de s'y asservir et de l'imposer. Il l'impose par le moyen du tact non moins sûr et non moins exercé qui lui soumet les faiblesses conmiunes des gens de lettres.
Je doute que l'on puisse trouver dans l'histoiie d'aucune littérature un Mécène ni un censeur, soit particulier, soit prince, soit magistrat, qui ait exercé une pareille influence sur les Lettres de son temps. Consultant le pouls intellectuel de Coquelet, H. Buloz inspire, dirige, corrige, rature, modifie les matadors de l'esprit contemporain; et les plus fiers ne sont ou n'ont été longtemps que les truchements de sa pensée. Or, M. Buloz n'a pas de pensée I Et voilà quarante ans tout à l'heure que cela durel Et ce que n'a réalisé aucun Mécène, il y gagne assez d'argent 1
On donne à la Revue douze ou. quinze mille abonnés. Ces douze ou quinze mille abonnés, répandus par tous pays, composent le sommet de la civilisation humaine. En Crimée, on trouvait des numéros de la
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Beoue dans le bivouac des officiers russes; die n'était pas exclue des bivouacs français, elle y comptait même des rédacteurs. A Paris, elle trône dans tous les cafés, dans tous les cabinets de lecture, et elle entre dans tontes les grandes maisons. Je me souviens d'avoir un jour suivi le porteur qui desservait une des rues les plus riches du faubourg Saint-Germain : à peine passat-il devant un hôtel sans y déposer un exemplaire ou deux, et c'est de même daife le fàdtiourg Saint-Honoré.
Joseph de Maistre écrivait qu'il pourrait annoncer bien des choses s'il avait la liste des jeunes gens de fimûlle en France qui se destinaient au sacerdoce< J'expliquerais beaucoup de choses et j'en annoncerais beaucoup si j'avais la liste des abonnés de M. Buloc, et j'espère que M. Buloz ne manquera pas de la donner à la suite de ses mémoires, qu'il ne manquera pas d'écrire. Les Mémoires de Buloz, avec cet appendice, seront bien autrement instructifs que les Mémoires de Talleyrand.
Jcrnuds, je le répète, il ne fiit semblable et si important patriarche des idées.
Par lui , les idées de Coquelet régnent sur les mondes.
Et Coquelet et M. Buloz sont tels que j'ai dit, et ils n'ont pas d'idées I...
390 MtO tn.
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Heax jettnes gens du demier goût vim^nt «'^£d>ler 'Mjiirès de moi. L'nh des deiUL étalait totttes les marques d'un petit sot et même d'tm petit drAle; mais, par la belle Hélène, cotnme on sentait et conune il sentait qu'il avait toute licence I Je le soup^nnai fils des dienr; il nomma son père et je sus que j'avais bien deviné. Hfe reportant à quelques années en arriére, j*adïnîrai comme c'est bientôt fait de grimper à rOlynrpe, et de se détériorer au soleil qui brille et brûle dans ces hauteurs. Ce père, que Ton venait de *tt<mmier, je l'ai connu bon bourgeois, et rien n'empêche qu'il soit encore fort bon homme ; et voilà qu'il Il d^à le cuisant déplaisir de posséder un tel fils I Avant qu'il plût à la fortune d'acheter si cher sa grosse "^i^t de palais, il n'était pas un aigle, et il n'ignorait pas qu'il avait donné le joiir à un oison; mais tout en vaqttant à ses triviales besognes, il pouvait espérer d'élever encore assez honnêtemcfut ce chiche héritier, de lui mettre un bon état dans les mains, de. bonnes grosses idées dans la cervelle, de bons gros sentiments ; dans lo cœur, de le rendre prudent, modeste, éco- ' nome, peut-être délicat, et capable au moins de con-
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server, sinon d^accroitre, le petit bien ^'on lui laisserait. Adieu ces beaux rêves I Le gargon est devenu M. tJn Tel fils. Il le sait et ne vent pas apprendre autre chose, et ne doute de rien, et croit que le monde est à lui. Où qu'on le place, quoi qU'On le fasse, i quelque fortune qu'on le laee, il sera sot, il recevra des nasardes, et les rats, et les usuriers, et les huissiers le mangeront. Gela est écrit, je l'ai lu, n'en doutez pas.
Pendaxit que je faisais ces réflexions, Vm& de M. Un Tel fils remarquait le ruban d'assez joMe cott» leur que cet infant portait à sa boutonnière. -^ Quel est ce ruban? demandart-il, je le trouve gentil. *— Ça? répondit Clitandre, je ne sais pas. — Tu ne sais pas? •^ Mon valet de chambre me met ça suivant son goût... Il change tous les matins.
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M. Victor CherbuKez a écrit bien. » Il ert de Genève, et du nombre des écrivains français que M. Buloz a tirés de ce chmat. Il a fait : Un Cheval de Phidias, ouvrage que la Sevue des Deux - Mondes adore et qui le mérite si j'en crois le rédacteur de la couveiture :
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c On Beat drçiiler dans toutes ees pages comme im souffle de grftce attique, et il est dimdle de parler de l'art et de traiter les questions d'esthétique avec un mélange plus li^ureuz d'érudition, de goût et d'esprit. I^ frise que le divin ciseau de PhidiiAS a sculptée aux quatre foces du Parthénon ne pouvait trouver un admirateur plus sincère, un commentateur plus sagace, un interprète mieux inspiré. »
Diantre! me$ petits umt mignons/ U y avait justement sous cette couverture un roman nouveau du commentateur de Phidias. J'ai voulu voir^ et c'est ainsi que j'ai appris l'histoire de Paule Méri.
Je n'en suis vraiment pas fâché. Ce roman peut tenir lieu de beaucoup d'autres. U m'a donné le niveau de la littérature d'imagination en l'an 1864, trentequatrième de Buloz. La composition est d'ailleurs très-curieuse en son genre. On y voit la réverbération de l'imperceptible dans Tinfiniment petit, et la manière dont l'apparence d'un corps se forme avec des molécules de rien. Moyennant un peu d'étude, l'on y pourrait surprendre les principaux mystères de cet art de combinaison et de patience par lequel une savante mécanique réussit à faire des hommes qui remuait, qui marchent, qui mangent et digèrent, qui parlent, qui écrivent, enfin à qui rien ne manque, que la vie.
Paule est une fille de génie. Elle a tous les talents, toutes les vertus, toutes les beautés, elle jouit de toutes les Ubertés. Elle est aimée d'un jeune Suisse de
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génie qui est un délicieux poète, un charmant rèvenri un dé^cat penseur, qui est libre, fourré de 80,000 £r. de rente, et universellement jugé capable d'écrire un beau livre sur le Liban. Cependant le gar^n est verbeux.
Ces deux êtres supérieurs se renccNutrent, se tutoient, s'admirent, s'honorent, s'adorent, veulent s'épouser. Pourquoi ne s'épousent-ils pas ?
Il a « du vague à l'àme. » Les vigueurs de l'esprit moderne n'ont pu encore sortir de là, et cette charpie de 1830 fournit toigours des trames de roman.
Pourquoi ce beau Suisse, qui médite un livre sur le Liban, a-'t-il du vague à l'ôme? Je le pourrais dire, mais assurément l'auteur lui-même n'en sait rien, d'après les explications et descriptions qu'il a données jusqu'aux deux tiers de son ouvrage, où j'ai perdu tout besoin de savoir comment cela finirait.
La fiable est des plus vulgaires, avec toutes les préparations et toutes les tournures d'un auteur qui veut faire du délicat. Tous les personnages ont lu la Revue des Ikaz-ifonde^ et font leur principale afifaire d'être des chevaux de Phidias. Les péripéties ne naissent nullement du contraste des caractères et des justes mouvements du cœur. Otez un accident, il n'y a plus de drame.
L'accident qui empêche ces amoureux sans préjugés de se mttrier tout de suite, et qui fait douter s'ils se marieront, est fourni par un préjugé, d'ailleurs trè»-
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légitime, de la mère àa Jeime homme. Si cette mère renfrognée et peu chérie n'eliirtalt pas, ou si son fils lui refusait un délai qu'elle demande, point d'avenhire. En dépit du Vague à Tàme, il faudrait se marier dans les trois semaines. Le crime de l'amant est la fiiiblesse qui rengage à garder les convenances envers sa mère.
Paule est filte d'une danseuse ; la mère dû froid et vertueux amant est une Genevoise entichée. Elle croit aisément quelques mauvais propos répandus sur sa bru future, après une escapade où celle-ci a été poussée par la dureté puritaine de ses grands parents paternels, pleins de sottes préventions contre la vertu des dames de ballet. Ces cancans tiennent en échec nos belles et fortes âmes ; tout est pris dans cette toile d'araignée.
n n'y aurait rien de plus innocent (pour l'époque) et de plus chétif. Mais ce qui caractérise l'œuvre, c'est l'absurde et anti-social esprit de révolte que l'auteur y a répandu.
Trois sages traversent l'action, trois sages dignes de toute admiration et de toute estime. Le premier est un ministre anglican qui s'est sécularisé parce qu'il a cessé de croire à la divinité de Jésus-Christ; et ce ministre est un a saint, o II a tout le génie, toute l'ardeur d'un apôtre. Il travaille à ranimer les âmes sceptiques... en jouant du flageolet. Mais quel flageolet I Ce flageolet est cheval de Phidias. On sent circuler dans ce flageolet comme un touffle de grâce attique»
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Im d«HX antres sa^^es sont uo «ubiorgiste et un restmrateur« Ou aurait pu des deux n'en faire q[u*un^ :IMII alOKS^ il U^ pCNWCaU fas si aiséoieut répandre et 4ttQP0W Mi tirade. Vaiobergiste est ^aud philosophe, d'wa «mpUâté éleiE^e; le restaurateur a beaucoup voyi^ ^ ii cite Homère. I/aubergiste est cheval de ^b¥ia« afcte i^estaujç^teur aiiw.
V» ^atôtoie cheval de Phidias, très-uoportant, ^ la Witter de la danseuse, mère de Paule. Ce soalîep tnatefi^ wr tQDS tes meubles, fait sdn personna^ 4iaa tftutwf las péripéties. Eu voyage, Paule, remplie 4» WV^ pour sa mère» qpi'ell^ n'a vue qu'une fois, pcprte aosasoidier sur sou cœur. Le soulier de ma mère!
Avx euinms de ces coups d'imaginatiox^ je recom- I0a]9ds te r^it que fait Paule Méré de son unique reu- QWtM avec sa m^^, où elte hérita de ce fameux soulier. C'est dans «ue chambre d'auberge. La danseuse Toutent diounar à sa fiUe une idée de l'art qui fait sa gloire, se met en costume et danse un pas. Ce pas expnÉfte toute te poésie de ^l'amour maternel, et. mille choses eiueore. A peine te flageolet de Thompson, l'exmiiMstve du saint Évangile, en saurait-il dire autant: n y a des vues sur te moralisatloades masses par les corps de ballet. La jeune flUe reste frappée d'admira- Hfm et de vénération. Depuis ce jour, elle ne s'est plus séparée du soulier de sa mère. Avec ce talisman elte est aivïurée de suivre tous les essors du génie sans écarter du ^entier de te vertu. Et tout cete sérieux comme un pouding de M. de Mazadel
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Je crois que l'esfhétiqae de M. Gherbnliez consiste ^ en ceci. Il fait les mêmes vertueux, les mêmes peo- ' seurs que les autres, mais il leur domie des conditions basses ou grotesques pour les distinguer et qu^ils brillent d'autant plus. La vraie vertu ecdésiastiqtte et la vraie raison chrétienne sont le partage d'un défroqaé qui joue du flageolet; la vraie élévation d'ème, la sagesse douce et bonne, le sens de la grande poésie, le dévouement, l'héroïsme du cœur, la grande vertu, les grandes amours, sont distribués entre un hAtelier, im maitre-queux, une demoiselle sans famille, une danséuse de théâtre : Yoilà l'originalité. Elle date des plus vieilles préfaces de M. Hugo et des plus "hardies inventions de M. Scribe. Il y a un lieu commun de vaudeville dont les petits journaux se moquent depuis des années. Us appellent cela a la croix de ma mère, i C'est le signe qui fait reconnaître les en&nts perdus, le mémorial de vertu qui empêche les héroïnes de choper. M. Gherbuliez ramasse cette chose devenae ridicule; par un effort d'Imaginative il en &it ce charmant, ce touchant, ce prodigieux soulier de ma mère... 0 nuits sans sommeil de l'artiste, vous êtes dures quelquefois, mais que vous savez être fécondesl
En même temps, les bons bourgeois, les pères de famille et MM. les pasteurs de Genève sont représentés comme des sots, des méchants et des gredins. La règle est absolue : toute situation régulière, toute fonction honorable sont personnifiées sous des traits dignes de mépris et même d'exécration.
Ce paradoxe grossier fatigue partout la raison sans l'amuser jamais, sans même la surprendre un instant. n est convenu que l'on va voir le monde à l'envers, et que cet envers est l'endroit. Ce sont toujours les fous qui voient juste, les fainéants qui savent ouvrer, les irréguliers qui marchent droit, les bannis et les maudits qui méritent la palme. Jamais d'autre tour I
Le fond de cette perpétuelle mascarade, la passion sourde et têtue qui condamne tant d'écrivains à n'employer jamais que ce truc, et tant de lecteurs à s'en ennuyer toujours, la plupart des écrivains et des lecteurs ni ne se l'avouent ni peut-être ne la connaissent. C'est l'impossibilité de peindre la vertu normale sans lui donner aussitôt des traits chrétiens. Pour ne pas risquer de rendre au christianisme cet hommage, et mettant l'Évangile à l'envers comme le reste, ils créent une société composée de Pharisiens, qui se disent justes, et de publicains qui ne veulent pas le devenir. Faire semblant de n'être pas hypocrites, c'est la grande vertu. '
Quel réquisitoire on dresserait contre la bourgeoisie avec les seuls portraits que nous en donne sans cesse la Bévue des Deux-Mondes y l'œuvre essentiellement bourgeoise ! Et quelle comédie plus vraie et plus amère que le Bourgeois Gentilhomme, on ferait sous ce titre : Le Bourgeois Penseur^ ou Coquelet bourreau de lui" même/ ,
Quant à la manière d'écrire de M. Ghcrbuliez, elle est pleine de simagrées et mille fois par delà tout le
jargon des Préeieuâes; j'entends les' Précieuses de Molière ; car à Dieu ne plaise que je parakfle honorer peu l'illustre Arthénice et toutes ces gracieuses et nobles femmes qm contribuèrent si puissamment pour polir la langue et les moeurs. La Bévue des Deux- Mondes est une école de précieux qui fouraindeut bien plus justemenft à la satire. M. Gherbuliez s'y distingue par des grâces compilées auxquelles il ajoute un accent de Genève qui n'y sert pas de petit ornement, fi ne néglige rien de tout ce qui peut assommer l'ami lecteur. Je voudrais qu'il y eût séance à Th^^tel Rambouillet, j'y voudrais voir autour de la jnorqiuse et de ses amies, M. de Yaugelas, H: Despréauz et Molière, et que l'on fit comparoir les moroeauz suivants, fsrés des premières pages. Tout l'ouvrage est dans cette teinte particulière aux romanciers de la Bévue et que, pour cette raison, j'appeUe le ibm^ Buloz.
Traits et profondeurs de sentiments :
a Je me perdis dans mes pensées... Plus d'un sapin m'a regardé d'un air familier, plus d'un vieux mur m'a souri au passage. Un ruisseau tombant d'ime roche grise a grossi sa voix pour m'appeler, un merle dVau me suivit pendant quelques minutes, volant de buisson en buisson, il ne chantait que pour moi. VAngeius commença de sonner au village. Du haut de ce clocher, mes jeunes années m'interrogeaient, et mon cœur éperdu ne sachant que répondre, les écoutait en silence... o
On entend le flageolet de rex-ninistce du saint Évangile :
a Les sons émus du flageolet arrivent jusqu'à moi. Qiie me veut ce flageolet ? Il me semble qu'il me dit -qnidque cliose que je n'entends pas bien? »
M. Fromentin, maître teinturier enbleu-Buloz, s'est ccmfessé d'avoir écouté en Algérie un rossignol qui jouait longuement de ce Hagetdet-là. 0 Btdoz I que nous veut ce flageolet ?
Accent suisse, avec rime :
a Je vous le dis eu vérité, ce sont de )»en bonnes gens que nos montagnards du Jura, et parmi eux, s'il fiaut choisir, je donne sans balancer la palme aux Grandvalliers. Chez ces hommes robustes et laborieux, Toidiers, fromagers, lunetliers, horlogers, U y a des traditions d'honneur «t de loyauté* b
Tague à l'âme, redoublement d'accent suisse :
«Que vos gronderies sont douces, que vos conseils sont sages! Quand vous me reprochez de traverser le monde comme un oiseau àe ^aasage qui ne songe pas à nicher, quand vous me représentez qu'à trente ans il est bien temps «Tenraciner sa vie, quand... quand... quand... Ah! croyez-moi, personne ne déplore autant que moi-même Finutilité de mes jours, le vai^ue de mes pensées, la vanité de mon être (!) mais le remédie? Où trouver le remède? » ,
Ah 1 jeune Suisse malheureux, tâchez de vous pro-
400 uvRE yii.
curer l'adresse de Pipe-en-Bois : C'est lui qui a le re* mède.
Mais du descriptif, qui saura vous en guérir ?
a Ce qui caractérise le Jura, ce sont ses yallées
longitudinales, parallèles à Taxe de la chaîne et bordées de chaînons continus, légèrement onduleux, partout semblables à eux-mêmes... Ma pensée accom- Eagnc dans leur fuite les ondulations de ces lignes leuâtres; elles s'éloignent, elles courent, mais il n'est pas à craindre qu'elles s* égarent; elles ont /'a'tr de savoir si bien où elles vonti Ne pourraient-elles pas m'apprendre où je suis? Oci, tel qu'il est, le Jura parle à mon cœur... Je préfère, à noire vieil Ida lui-même avec ses lauriers et sa couronne de nuées violettes, ces
Eaysages un peu durs, qui tout au plus à certaines eures du jour s'embellissent d'une grâce passagère, emblème des sourires fugitifs de ma destinée ( ! 1 1 )
a Bois sombres, vers pâturages, créts escarpés et anguleux où se plaisent les plantes que réjouissent le soleil et les autans, combes marneuses que chérit la gentiane du printemps, falaises brunâtres ou crayeuses, cirques rocheux, cluses étroiios encaissées entre des murailles grises, sommets abrupts qa'habitent le sylphe cavalier et l'esprit des pierrettes, nants où se précipite une eau bouillonmznfe, ruisseaux clairs qui à trois pas de leur source disparaissent dans des gouffres, lacs transparents aux grèves nues, bordées d« sapins,
E entes pierreuses où rampe la vipère rouge, tourières où dorment des mousses jaunâtres et des arbustes rabougris, marécages décorés de prèles et de scirpes, monts et vallées, ravines et prairies, champs stériles, labeur patient de Thommc et des bœufs pour vaincre le refus de la terre, maisonnettes blanches éparses sur les hauteurs, humbles logis couverts en hordeaux dont Thabitant travaille le fer et le bois pour
COQUELET ET COMPAGNIE. 40i
nappléer à l'indigence d*un sol avare, troupeaux errants, silences profonds, croassement de la corneille, ciel à demi-voilé des longues après-midi, vapeurs grisâtres, traînant au flanc des montagnes, clairières que le vent du soir emplit de son ennui, royauté sereine de la lune à l'heure de mystère où elle s'empare des vieilles forêts étonnées, — j'ai tout vu, tout admiré, tout respiré, tout senti* o
Des erêts, des cbue$, des nanti, et du jaunâtre et du noirâtre, et du bruneàtre, et du douceâtre et des ondulations de montagne qui ont rair de tavoir si bien oU elks vont, et le reste ! En bonne foi, que disent de plus drôle le marquis de Mascarille et Mademoiselle Gorgibus?