‹ Les odeurs de ParisChapitre 36 sur 71 · PLAINTES DU LOCATAIRE · texte numérisé non relu

PLAINTES DU LOCATAIRE

c — Cette ruche à locataires, me dit André, n'est pas l'unique bien de M. Baudet. Outre quelque petite chose encore sur le pavé de Paris, il possède en Auvergne un château dont il va prendre le nom. Quel château I une étoile à sept branches, et chaque branche est un beau bois, un beau pâturage, une belle ferme. Baudet vit là-dedans comme scarabée dans une rose. Au bout de l'an, tous comptes réglés, il lui reste cinquante mille francs, qu'il place à six et demi tout

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au pins, car il est honnête homme. Mais, hélas I il j

c Lorsque je Tins pour examiner cette mansarde, la ftuètre onverte laissait voir la lumière, le soleil, l'iodeur des jardins. Je vis des arbres! j'entendis des merles I J'habitais alors une falaise de plâtre qui, par vingt crevasses béantes, me vomissait des cris d'en- &nts et des sonnanes de piano. Je ne sus pas déguiser mon ravissements Baudet me demanda tout de suite un loyer fort cher. En ce moment le vent arrivait jusqu'à nous, chargé d'un parfum d'acacias. Je consentis au prix de Baudet. — Mais, dis-je, voilà des papiers déchirés et des portes qui ne ferment pas. On me mettra bien des papiers neufs? — Ehl ehl répondit monseigneur, c'est de la dépense. On se laisse entraîner, on n'a jamais fini. Avec un papier neuf, il faut un parquet rafraîchi. Faites un bail, vous aurez le papier.

a Un bail! J'allais fuir. Mais un grand nuage

qui cachait le soleil laissa passer cent rayons de lumière humide. Iluysdaël ne fait pas mieux. Je m'écriai. — Penh! reprit Baudet, et la fraîcheur du matin, et les clairs de lune, et les orages, et le silence, et le soleil couchant, lorsqu'il s'éteint là-bas, dorant les firises de ces palais!...

• a Baudet rédigea le bail, je le signai, sur Tassv rancc que Baudet, se sentant du goût pour ma p0 • sonne ferait les choses en propriétaire généreux.

ff On m'avait coulé une partie des charges, tout éta ^l&ir et bien défini, je m'exccutai. ^fais les dépense

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de ML Bandet restsient dans le vague. Là où le propriétaîreen bonne justice devait dn bois, il mettait de la colle ; ailleurs il ne mettait rien.— Faites^onc ceci, disai»-je. — Le bail n'en parle pas, répondait-on. — Mais vous voyez que l'appartement n'est pas habitable I •— Je ne vois paa cela du tout. D'ailleurs vous pouvez changer ce qui vous déplait. — Mais je n'avais pas prévu... — Il fallait prévoir. — Mais je me ruine. — Et moi donc? L'autre jour encore, j'ai vendu des veittes.

« J'étais pris et je fis des dettes, moi pauvre diable, pour pouvoir habiter la maison de ce millionnaire qui ne dédaignait pas de me voler quelques centaines de francs.

a Je lui ai dit: — Monsieur Baudet, vous n'êtes pas juste et vous n'êtes pas sage. Vous êtes propriétaire, c'est vrai, mais vousfAvez tout de même besoin d'amis, v.i vos locataires ne seront pas vos amis. Il souffle de mauvais vents dans le monde, des vents capables d'abattre des maisons, et ce sont les locataires seuls qui peuvent conjurer Tefitet de ces mauvais vents-là. Vous n'ignorez pas. Baudet, qu'il y a plus de locataires que de pro^ priétaiios. Or si les locataires, au lieu de fermer les contrevents, ouvrent les fenêtres, le vent emplira le logis, brisera les vitres et peut-être fera voler les toitures et crouler les murailles, et il y aura plus de sinistres que les Compagnies d'assurances n'en pourront oouvriv!

m Bavdiet Murit finement et reprit : — J'ai été loca-

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taire et j'ai dit toat cela ; mais depuis j'ai bien changé de langage, et je n'en veux plos du toat aux propriétaires qui m'ont tant fait enrager.

a Ils m'ont appris le métier... Du reste, je ne feds rien contre la loi, et ceux de mes locataires qui ont voulu plaider n'ont jamais eu raison.. • car je sais libeller un bail 1

a Quant aux locataires qui ne sont pas destinés à devenir propriétaires un jour et par conséquent à changer d'avis comme moi, ce qu'ils peuvent dire ne mérite et n'obtient aucune considération. »

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