UNE' ANNONCE
A roccasioù de la grande Exposition, un grand ii« braire a commandé une grande description de Paris à une cohorte de grands écrivains. M* Hugo fournira le grand chapitre.
Ge sera Paris à vol d'oiseau, pour faire suite ou pendant au célèbre Paris à vol et oiseau de Noire-Dame de Paris, ce livre si admiré lorsqu'on le lut, qui étonne tant lorsqu'on le relit.
M. Hugo, certainement, est l'un des puissants ou '■ vriers de la civilisation contemporaine; nul peut-être n'y a plus enfoncé son empreinte. Il a pris ce person» nage immense et rebelle qu'on appelait en 1831 Tépigier, c'est-à-dire la bête ; il l'a pris dans le propre giron des Quarante, il l'a pétri comme une cire molle, il l'a peint de ses couleurs, il l'a rempli de ses sonorités et il en a &it le romantique.
Il a ravi l'épicier et n'en a rien laissé à personne; il Ta tout gardé pour lui. Il l'a ôté à Delille, à Tissot, à Casimir Delavigne, àBéranger, à Lamartine. Dans ses serres, il l'a porté à'Arbogaste à ffemani, de FrétiUon aux Petites Épopées, des Méditations Poétique et Reli^ gieuses aux Chansons des Bues et des Bois.
Trois noms dominent la civilisation contemporaine :
Si.
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Hugo, George Sand et Ganbaldi. Hugo est le père, George Sand est la mère, Garibaldi est Fenfant. Dans le reste du monde, il n'y a que des disciples ou des proscrits.
Néanmoins M. Hugo a neigé beaucoup de' neiges d'antan. Le roman de Notre-Dame de Paris est sorti du rang des chefs-d'œuvre pour n'y rentrer jamais, et le célèbre Paris à vol d oiseau a fondu comme Claude Gueux. Il convient d'en faire un autre.
En ce temps-là, M. Hugo était pour le gothicpe. n s'amusait fort des régularités modernes. Je me souviens de son rire sur ces lignes droites qui présentent ce je ne sais quoi de beau et d'inattendu qu'ofl&^ l'aspect d'un damier. Il avait aussi des images à lui pour exprimer la physionomie des monuments plus ou* moins imités de l'antique : la Halle-au-Blé, une casquette de jockey posée sur une échelle ; les tours de Saint-Sulpice, deux clarinettes; le Panthéon, un gâteau de Savoie. Je suis curieux de voir quelles métaphores mettront en rehef les admirations que lui inspire ce que l'on a fait depuis.
Je l'attends à ces bonnets de police dont a été coiffé le nouveau Louvre, à ce bonnet de coton ceint àB bouffettes qui dénonce si ingénieusement le Tribunal de commerce, à ees daubières puissantes qui ornent la place du Ghàtelet, à ces maisons de coin en cercueil) à œs triangles et à ces pentagones qui traînent sur le damier des quartiers neufs comme les pièces impoS' sibles à véwkt d'un easse^tète chinois.
Mais ce qui demandera tout l'efTort de son imagination, ce sera le nouveau Temple du bric-à-brac industriel qui s'élève dans le Champ-de-Mars pour exciter l'étonnement de toute la terre. Jamais boudin de pareille taille fût-il roulé dans im plat de telle dimension, — avec du persil autour?
Je me demande . si le plus grand de nos poètes est né parce qu'il devait décrire cette merveille, ou si cette merveille a été confectionnée pour donner au plus grand de nos poètes l'occasion de la décrire?
HOMMES immenses!
Dans le monde révohrtionnaire , qui est l'Église renversée, M. Hugo et Garibaldi représentent assez bien, — à l'envers, — l'un le pontife, l'autre le soldat. Même quand il chante les Chômons des Bues et des Bots, M. Hugo pontifie; le a torchon radieux » est un symbole. Même quand il cultive ses choux à Gaprera, Garibaldi guerroie; le chou est la victoire du soldat laboureur.
On leur peut trouver aussi un air de Trissotin et de Tadius.
A propos du million de fusik que Garibaldi demandait potir affiranchir les Italiens, le pontife et te soldat
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ont échangé* des lettres qui sont à monrir de rire. Par malheur, c'est aussi pour mourir de honte à vivre en un temps qui voit pareilles scènes, et dé teb sires tenir le haut du pavé.
« — Cher Hugo ! — Cher Garibaldi ! — Cher grand génie, j'ai besoin d'un million de fusils, aidez-moi! — Cher grand génie, j'y tâche; mais je veux vous donner en même temps un million de cœurs. — Homme immense, si tu veux me donner le monde, je l'aurai. — Homme immense, si je peux te donner ce monde, tu l'auras I »
Et ces galants disposent bien, en effet, d'une partie du monde. Prudhomme avec admiration, Coquelet avec terreur écoutent la fausse lyre, contemplent le faux sabre et, prosternés, disent sincèrement : Hommes immenses !
Mais je voudrais savoir ce qu'au fond le pontife Hugo et le soldat Garibaldi pensent de Mazzini.
J'observe que Mazzini ne se laisse pas tutoyer.