‹ Les odeurs de ParisChapitre 40 sur 71 · LE DROIT AU SONNET · texte numérisé non relu

LE DROIT AU SONNET

Le quai de la rive gauche, entre le pont Royal et le pont d'Iéna, est Tendroit de Paris qui sent le moins Paris. On n'y voit point de cafés ni de bouquinistes» Là où le bouquin manque, Ton peut trouver la foule, mais non les passants. Sur ce long quai, vous trouvez la solitude comme en plein boulevard de Sébastopol, i ^ mais avec l'avantage de n'être point coudoyé. Vous ne ^ rencontrez guère que des conseillera d'État, hommef graves et absorbés, qui ne coudoient ni ne reconnais* sent personne. C'est le bon endroit pour faire dai sonnets. Je n'y manque pas, surtout quand j'ai pris ma promenade d'un peu haut, de l'Institut, par exemple. L'Institut est encore dans Paris. Paris continue jusqu'à la rue du Bac*

Pour atteindre du pont des Arts, en face l'Institut,

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«u pont Royal, par où le grand courant d'air parisieii pénètre dans la me du Bac, il faut suivre le quai Malaquais et le quai Voltaire. Ce terrain peuplé de librairies, de bouquineries et d'imageries, est particulièrement fourni d'idées à tourner en sonnets. Elles sortent de toutes les vitrines, il y en a des quantités qui dorment dans les flancs de bouquins morts, et le moindre frôlement les réveille; il en vient de l'autre €Ôté de l'eau, où le vrai Paris se fedt déjà sentir à travers cette belle et incomparable forteresse neuve que forment le Louvre et les Tuileries ; il s'en échappe même du dôme de l'Institut. Que j'en ai levé par-là, de ces idées de sonnet I Souvent je les ai suivies jusque vers les profondeurs du champ de Mars; plusieurs m'ayant leurré longtemps, ont fini par s'envoler dans les arbres d'un parc voisin, où la chasse n'est pas permise ; d'autres, qm se sont laissé prendre aisément, étaient des traîtres oiseaux à qui j'ai tordu le cou, de peur qu'ils n'allassent redire ce qui se passe chez moi.

J'en ai gardé une vingtaine qui chantent à peu près -comme je veux, dans le ton de ce livre. Les voici. Beaucoup de gens m'avertissent que c'est honteux de faire des sonnets lorsqu'on écrit en prose, et plus honteux de les montrer. Ils me conseillent de relire tout •ce qu'AIceste dît à Oronte. Dieu merci, je le sais par •cœur. J'ai quelque chose à répondre.

Alceste donc ovdue qu'il pourrait avoir te malheiir de faire de méchants vers, mais alors il se garderait, ditp-il, de les montrer. Je voudrais qu'il en eût faits,

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