‹ Les odeurs de ParisChapitre 63 sur 71 · UB HAB0171S · texte numérisé non relu

UB HAB0171S

Remarquez qu'il réunira deux bâtardises, celle de son petit papa et celle de sa petite maman , laquelle peut compter double, étant relevée d'adultère. Double ou triple bâtard, voilà le mérite. On doit bien quelque chose à de si beaux quartiers. Néanmoins, il y a là un point qui gène, et qui me donne à penser que l'auteur n'a pas lu le livre de Giboyer, ou que Giboyer n'est pas complet.

d'aigremont.

C'est ma pensée. Dans je ne sais quelle comédie moderne, un certain Mercadet, Giboyer d'affaires, stylant quelque jouvenceau qu'il veut poser, lui recommande de se dire socialiste. Le jouvenceau fait comme on lui dit, n'y entend pas autre chose, et finit pourtant par se donner une figure qui ' impressionne le bourgeois, et qui ne lui déplaît pas à lui-même. Notre auteur, si content d'avoir fait une pièce sociale, me représente cet ingénu. n a écrit une pièce sociale, c'est assez gentil à son âge, sans qu'il se tienne obligé d'en savoir plus long. Et pourquoi prendrait-il tant de peine.

puisque le bolunseois est impressionné? Ne lui demandei donc ni eeci ni cela. Il vous a répondu: Pièce meiak^ que diable I

LB MJlKQXHS,

Pièce $ociak me semble pins fort que mrte à k ctèfnê.

D'AlGRSMOirr.

Incomparablement. Gela répond bien mieux & tout. Pièce sociak et non politique « quoi qu'on en ait dit; » pièce sociale « qui n'attaque et ne défend que des û/ée<» abstraction faite (quel plâtras t) de toute forme de gouvernement... » et de toute forme d'idées. Prendre garde aux formes de gouvernement, et à la forme, à la logique, au lien des idées en matière sociale, c'est le fait du vulgake. Le poète plane. Ses lumières descendent des su* prémes hauteurs ; verra clair qui pourra. Giboyer ne se trouve pas dans le nombre de ceux qui voient parfaitement. Giboyer n'est qu'un {Nrécurseur. Il traiiie encore des idées du moyen Age; et ohium tous les réformateurs de son espèce, qui n'ont Sttère que leur personnage en vue, il airète toutà

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u Le progrès lui semblera ptrAiît tan<' qa'ii se yerra dans la place d'autrui, LesGiboyeia au premier rang de la hiérarchie du mérita; personne au-dessus d'eux » sauf César, qui s'a^ puiera sur eux; le pape égal de M. Coqu^rel; des tribunaux, une administration, des gvot^ dannes, voilà le monde content* Les chotes vont leur petit train accoutumé, et la djmastie Giboyer, bien établie, se perpétue à rancîenM mode*

GOUTimtER.

Eh bien, ce programme ne vous semble-t-fl pas parfait, en ajoutant la grande liberté morale qui résultera de la théologie démocratique?

D'AieanoR.

Parfait pour Giboyer encore naïf et innocent, et déjà repu en espérance; mais il y sera donné des développements sur lesquels Giboyer ne compte pas. On peut prévoir qu'il y aura une limite d'âge pour le propriétaire et pour le chef de bmille comme pour le militaire, le magistrat at les autres fonctionnaires, La logique le veut.

régalitë Fexige, la pente y est. Ce seront de petits sires que le propriétaire et le père de famille, une fois dépouillés de la garde des vertus chrétiennes en eux et autour d'eux! De quel droit ce chétif individu serait-il possesseur, directeur et maître pendant une trop longue vie, au détriment de ceux qui attendent? Il est digne de la civilisation moderne d'étendre jusque-là son empire, de régler jusqu'aux chances du sort, jusqu'aux dons naturels , d'introduire là encore l'égalité. Je vous défie, le point de départ étant donné, de trouver cette idée aussi impraticable que vos préjugés chrétiens vous la montrent au premier a^ pect. n ne sera pas permis de franchir une certaine limite de fortune ni d'en jouir passé un certain âge. Il ne sera pas permis d'être supérieur dans un art, dans une science. L'effort ignoble de l'envie deviendra la toute-puissance de la loi. On a déjà très-efScacement travaillé t réaliser le niveau des caractères, on trouvera moyen de procurer celui des esprits, des aptitudes, des génies. L'éducation gratuite et obligatoire fera cela; les règlements administratifs perfectionneront l'œuvre et achèveront de dompter et de racler la nature. Ce qui domine le monde est un génie de ravale-

ment incomparable, le génie idiot de l'égalité. Demain, Giboyer sera un réactionnaire bafoué. D'un nouveau soulèvement de boue égalitaire surgira un nouveau Giboyer, qui méprisera le nôtre, qui le traitera de demeurant du moyen Âge, de stupîde encore chrétien. L'avenir est à Bicétre; il recèle des trésors d'ineptie abjecte. Tout homme, en naissant, sera jeté dans le moule, taillé à l'emporte-pièce, mis sous le laminoir pour faire partie de Tinfôme mécanisme, et ne pourra recevoir une autre destination. Les intelligences fonctionneront aussi servilement que les mains.

COUTURIER

Vous vous croyez en Chine.

d'aigremoitt.

Non, monsieur Gibaugier, je suis au Forum: j'ai la ville impériale sous les yeux. Avez-vous vu une salle d'asile? Il y a là des enfants de trpis ou quatre ans qui marchent, manœuvrent, chantent, s'arrêtent, se taisent au coup de sifflet. C'est déjà un petit régiment. Plus de volonté, plus de

spontanéité. Quand il s'y manifeste un génie inr-

— IW-

bulent qui fait rire les autres, o'evt^i^re qui les distrait, il est imoiédiatement enveloppé, éteint, machioisé. Rendes la salle d*aaile obligatoire, régalité le veut : au bout de quelques années, on ne rencontrera plus dans tout Teoipire un seul casseur de réverbères, ni un homme pour se permettre quoi que oe soit qui puisse déplaire au pouvoir politique. On aura des hommes bar** dis en tout ce que l'autorité leur ordonnera, des héros et des gymnastes qui escaladeront nus les forteresses hérissées dé canons, mais qui ne connaîtront rien en dehors de Tautorité, ni paras, ni frères, ni Dieu, et qui se sentiront empêtrés comme s'il leur manquait un membre, dès qu'ils auront perdu de vue leur caporal ou leur sergent de ville. Et il n'y aura plus d'art. L'artiste devra produire un brevet pour avoir le droit de pocher une lithographie; mais s'il a son brevet, s'il est dans la hiérarchie, il pourra, quel que soit son mérite, peindredes temples : et malheur k qui s'aviserait de critiquer le peintre de l'Étatt De même pour les gens de lettres : on fera le suœès d'une pièce de théâtre, d'un livre, d'une ode, eomme on fait un député. L'auteur recommandé passera ▼ietoriaux; il aura pour lui le sufitiMftt onivanel.

- iW —

Quelles effroyables cbixDèrest

d'aigremort.

Ce ne sont pas des chimères : nans teudioiis la réalité.

LE MARQUIS

n y a une chose trop certaine : ce que les tétes les plus malsaines ffùf099iMi de plus fou, nous Tavons vu prendre un corps et opprimer en peu d'années la raison publique.

d'aigrekont.

Remarquez le dédain preftMMi, le ssns-^nt, rigBorance avec iescfuek womi ««jourdiiui traités des priaâpes que l'on injuriait encore il y a vioglrcinq ou trente ans. Kmu* ne pa« nommer trop d'auteurs et ne point multiplier les exemides, relevez seulraiient les trancpiUles blasphèmes 4e notre eomédie aocialfi. Il y en a eontre le mêr riage, contre la fiunille, centm la société. Ce n'est pas ce que l'on appelle « un penseur» qni a

tout cela, c'est un homme du monde, qui apporte naïvement au théfttre le langage des compagnies qu'il fréquente. Ck)mpagnies peu vulgaires, puisqu'il est le point de contact de deux grandeurs qui ne s'aiment pas, mais qui sentent en lui ce qu'elles ont de commun.

LE MARQUIS

Ah i l'esprit d'Égalité...

D'AIGRKlIOlfT.

Tout cela prouve que cet auteur, qui vous semble s'appliquer à révolter la conscience publique, n'y songe même pas ; rien ne l'avertit qu'il blesse quelque chose de vivant. Giboyer fils, le pur, se voyant aimé de Fernande, s'écrie gentiment : Vive le bon Dieul II dit cela comme il dirait autre chose, sans vouloir être indécent et sans pré< tendre étonner peraomie. C'est le langage traur quille de la victoire. Giboyer prend ingénument le conta*e-pied du christianisme. Si vous voulez vous faire une idée de la civilisation giboyère, partez de là,

LE MÀROUIS.

Voyez-vous, mon pauvre cher enfant, vous qui aimez tant la liberté, — et vous avez bien raison : — il y a deux esprits auxquels peut obéir le monde : l'esprit de vérité, etTesprit de mensonge. D'babiles gens se disent sur le point d'en inventer un troisième, qui serait composé des deux premiers, mais ils se trompent, et ce prétendu troisième esprit n'est que l'esprit de mensonge, qui leur ment. L'esprit de vérité seul nous rend libres; l'esprit de mensonge nous asservit. Mais nous l'aimons... je dis nous, je veux dire notre malheureuse espèce. Il a toujours su lui préparer un pain qu'elle trouve souverainement agréable : Suavis est kominipanù tnendacii. —Vous désirez des explications sur les hiérarchies égalitaires, et notre ami tiibaugier ne se presse pas de les donner. Pour compléter ce que vient de dire M. d'Aigremont, j'avouerai que ces hiérarchies me font l'efiet d'un trompe-l'œil destiné à conserver les distinctions sous le nom de l'égalité, comme le suffrage universel, la presse, la tribune, et quantité d'autres mécanismes, convenablement disposés et réglementés, me semblent

destinés à conserver le pouvoir, et mieux que le pouvoir, sous le nom de 1% liberté. Tous ces noms nouveau! recouvrent autant de vieilles choses. Cependant le nom n'est pas seul nouveau. Ces vieilles choses élles<mémes sont retournées à la mode antique, et c*est ce qui en fiûtla nouveauté» Tout le monde n'est pas capable de reconnaître an premier coup d'osO des visages qu'on a perdus de vue depuis quinae et dix4iuit cents ans. Aujourd'hui la liberté païenne et l'égalîté césarienne se présentent avec un air de firalohear.

COUTURIER

Que ftiut-il de plus?

Messieurs, vous raillez; je prends moins aisément mon parti, Tout cela m'épouvante et m'indigne. Quoi! rabjeciion du monde païen, c'est là que nous allons t

D^AIGREMOirr.

Mon jeune ami, nous n'allons plus : il y a longtemps que nous sommes partis^ noua arrivons. Le

flot toot seul nous fait entrer dans le port. Ah I les bonnes gens qui disent que rbumaDitë ne rebrousse pas chemin!... Ils auraient Tair d'avoir' bien raison, si nous ne savions que Dieu se réserve un dernier mot. Pendant de longs siècles, l'humanité, cédant à son divin guide et quelquefois même enflammée d'amour pour lui, a véritablement paru et véritablement voulu rebrousser chemin. Elle s'est éloignée de l'esclavage, de l'idolâtrie, du culte de la chair; elle s'est laissé détourner de Tahlme, elle a vogué vers les sources éternelles. MaisTefiTort a promptement épuisé sa vertu. Lasse, elle a rejeté le guide qui lui montrait le ciel, n s'obstinait, elle Ta frappé; il s'obstinait encore, elle l'a lié; et lâchant la rame et pliant la voile, elle s'est abandonnée à la pente du fleuve de mort. La voici revenue, fiàre d'elle-4nême, au bord du gouffre où l'ancre de salut l'avait arrâtéo,

LE COMTE

Non« nous n'y tomberons pasi non! L'anera de la cToa nous sauvera de nouveau; nous rebrousserons encore. Nous ne jetterons pas dans le gouffre, 4 la voix des histrions, l'honneur , la litMsrté^ régalité, tous les dops de notre Christ. H

y aura une réyolte du sang chrétien contre ce plan d'infamie étemelle.

D'AIâBSHONT.

Je le désire. Les révoltés ne seront pas nom* breux.

LE GOHTE.

Détrompez-vous. Même hors de nos rangs, plus de coeurs que vous ne pensez restent attachés à cette liberté que Ton sacrifie. L'impatience du finein, l'amour de l'indépendance ne sont-ils pas le caractère même du temps moderne?

d'aigremont.

Un moment! Dans la lumineuse discussion entre les deux Giboyer, le père accuse « la confusion des langues. » Il n'a pas tort. Ce signe assuré du dépérissement de la raison est visible partout, et Giboyer n'y apportera nul remède, car c'est son grand moyen de succès. Pour nous, suivons jusqu'à la fin le conseil de saint Paul ; conservons religieusement la santé des mots, qui importe fort à la santé de l'esprit. Il y a liberté et liberté. Ou

en distingaait une autrefois, dont les sectateurs étaient nommés, en bon français, les libertins. Celle-là n'est pas la liberté chrétienne, qui a sauvé le monde en refusant d'adorer les dieux de César, et qui a développé l'égalité en se limitant ellemême par le respect de la liberté d'auirui. Vous dites bien que le caractère du temps est la haine du frein et Tamour de Y indépendance. Or, voilà le malheur : l'austère liberté chrétienne n'est pas l'indépendance, au contraire, elle est un frein; que dis-Je? elle est le» frein. Frein sur le cœur, frein sur l'esprit, frein sur les sens, frein de tout l'homme. Si l'on dit d'un individu qu'il est effréné^ vous d(Hine-t-on l'idée d'un honnête homme? On ne le dirait même pas de Giboyer pour lui faire honneur. Cependant, qu'estrce que Giboyer? Un homme intelligent qui a rejeté le frein, un vicieux qui s'est rendu indépendant. Mais, comme il faut honorer le vice, qu'a-t-on fait? On a donné un petit tour de langue. Indépendant^ équivalent d'tf/fr^ï^, est devenu synonyme de libre, avec quelque chose de plus hardi et de plus honorable. Confusion des langues, ruine du bon sensi Après avoir, dans son indépendance, donné le jour au fils de la plieuse, Giboyer, dépendant

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de la âùm, iut 1« inélMn qae toos awrec, «ntra aalres le mëtier de prisonnier, qui n'eal pas le pins vil. Plus tard, <« ne sait paurquoi,oet indépendant devient esclave du sentiment paternel. Il retiredn ruisseau le Moïse de la démocratie ; il l'élève en s'imposant d'ignobles labeurs, ma» il a Thonneor de ne point r^rendre le firein divin : plutôtl'igniK minie que l'obéissance, plutôt le garde-chiouniie que l'ange gardien 1 Une vertu, ce aérait une dépendance; il n'a pas de vertu, il a un^ iwrlutme qui le laisse indépendant. Tout cela est très^oaséquent. Une vertu pourrait l'induire à ne former qu'un honnête homme; avec un ei4>rice, il est à peu près assuré de faire un objet semblable k lui, un tHdéfmkdatU qui lui appartiendra, qu'cm ne lui volera pa$^ c'est^ire qui ne croira point au droit de Dieu.

LE MARQUIS

n y a dans l'air des courants d'inspiration qui se révHent d'une manière bien étrange. Quand Giboyer dit à son fils : t Qui t'a volé à moi, cruel enfant? » il prommce un mot qui fiit aouSté à M. Proudhon. J'ai lu de celui-ci un livre où il menace de tuer le prèire qui tenterait de lui «efcr un

de ses enbnls, en sângérant de lui conférer le baptême.

d'aigremont.

lûen de pins natorel... dans l'oidre eonire na^ tare que l'on traTailIe à fonner. Et tous eeux qui s'y emploient doivent arriver à la même exprès, sîon de là pensée génératrice. — Ne point subir le droit de Dieu, là est le fond sérieux de tout, le roc de la liberté philosophique. L'orgueil de l'homme accepte n'importe quelle humiliation, n'importe quelle livrée, n'importe quelle chaîne; il est laquais, il est proxénète, pourvu qu'il se débarrasse du Dieu personnel et vivant, oe spectre de la conscience, dit très-bien la même Proudhon. Et en efiet, débarrassé de Dieu en lui ei ne le rencontrant plus chez les autres, l'homme est Dieu lui-môme, quelle que soit l'ahjeetion ob le sort le fasse tomber ; il est Dieu partout où il se trouve le plus fort, soit par la vigueur de ses mmnbres, s(Ht par l'adresse de son esprit.

Alors, il trompe, il pille, il écrase.. âl est libre t

LE MÂRQtnS.

4îouteai que, même réduit ep servitude et

dans une totale impuissance, l'indépendance philosophique ne l'abandonne pas : d'une part, elle l'affranchit de cette importune loi de Dieu qui lui commande de respecter ses maîtres, de leur pardonner et de prier pour eux; de l'autre, elle lui donne le droit précieux de haïr, de maudii^ et de se venger.

d'aigaemoivt.

Voulez-vous maintenant une définition précise de l'indépendance matérielle, et vous plalt^îl de savoir au juste ce que cela vaut? Écoutez ce sordide Giboyer. Il y revient deux fois, comme à la belle métaphore de lécher la boue devant les pas de son fils, oubliant que c'est avec cette langue chargée de boue qu'il lui fait le cœur. Au premier acte, il parle d'allçr en Amérique : « Si je vais là-bas, au « bout de six ans, je rapporte à Maximilien trois « mille francs de rente, c'est-è-dire riNDÉpnc- € DANGE. » Au troisième act«, il est rédacteur en chef du journal clérical, il se trouve riche, et il presse Maximilien de quitter son emploi. — Nous avons, lui ditril, mille francs par moisi Maximilien, déjà moins simple, répond que ce n'est pas la richesse. « En tout cas, reprend Giboyer, c'est l'nmf-

— Ml —

PSKDAHGE. » Le noble Maximilien ne fait aucune ob* jection. Ainsi, pour le Giboyer frais comme pour le Giboyer faisandé, Tindépendance, c'est trois mille francs de rente au plus bas; et si Ton a une turlutaine, mille francs par mois. En d'autres termes, c'est le pouvoir de vivre sans travailler ou de ne se livrer qu'au travail attrayant. Aprésent, mon jeune ami, je vous exborte à combattre et à mourir s'il le faut pour la liberté et pour l'égalité; vous ne pouvez faire meilleur usage de la vie... Mais ne comptez que médiocrement sur le concours de ceux qui ont l'amour de l'indépendance, — et ne leur confiez pas vos secrets.

LB MABQUIS.

Est-ce votre sentiment, M. Gibaugier?

COUTORIEB.

Écoutez, j'ai fait de mon mieux ressortir le sens démocratique et social de l'œuvre; je n'ai pas pris l'engagement de vous consoler. A présent, je donne ma dénûssion d'avocat d'office, et je n'ai plus à vous dire que le mot de Pélissier : «Si vous n'êtes « pas contents, adresse^vous à l'Empereur. » Hais vous, monsieur le marquis, vous aviez promis de

bMs mmiÉrer je ne sais quoi d'admirable cette prodaetfoQ de Tesprit courani. H me aaiBble fue le MOûUMtA est veau*

LE MARQUIS

n est ma% en effet, avec l'accord sur lequel f ai toujours compté, et je n'ai qu'on râsumé k fkûre. Mais laisse^4noi vous présenter auparavant une idée qui me tevenait tout à l'heure en éooatant M* d'Aigremont. — Au mois de mai dernier, aflant à Rome, je m*atTétai un instant chea iM»tre ami de Mafseille. H me conduisit à sa basti<te, toute en fleurs sous l'ombre claire des pins. La beauté du lieu ne vous est pas inconnue : vous vous souvenez de ces rochers, de cette mer, de cette solitude aux portes de là ville. Un chalet, m»s en marbre; une terrasse de château, la Méditerranée sous les yeux, des collines au loin; deux horizons. Tua de pcHBtes noires découpées sur l'azur, l'autre de vagues Meues doucement reauiéas <fams une brume d'or«

ïj ai passé au mois de décembre, et c'était délicieux.

. U MABiODlS.

Ce n'est rien. Il faut voir l'endroit en habit de printemps. On ne peut imaginer ce que le premier soleil de mai y épanouit de richesses, y brûle de parhims. Accoutumés à l'opulence tranquille des chênes et des herbages, mes yeux du Nord s'étonnaient. Cette nature est fougueuse comme l*homme du Midi, prodigue de gestes, de discours, d*éclats de voix; tempêtes et chansons. Les longs rameaux jaillissent des moindres anfiractuosités de la pierre; ils se groupent en buissons, se tordent en guirlandes, s'étendent en draperies; tout pétille de fleurs, tontes ces fleurs versent des arômes puissants. Pourpre, or, émeraude, azur, neige; la symphonie des couleurs est pleine et forte comme l'harmonie des parfums. On est pris par tous les sens à la fois. Je demandai à notre ami comment il avait fait pour ne point passer là sa vie à fainéanter.

LE COMTE

Ma foi, mon onde, votre description me donnerait envie d'y retourner dans ce seul but, et

aussi pour être garanti de l'aspect de Giboyer, qui ne doit pas s'éloigner beaucoup des tabagies.

LE MARQUIS

Notre ami me répondit qu'il connaissait bien cette pente au rien-faire. Il ajouta en souriant que la délicieuse bastide ne servait guère que de but de promenade. Bâtie par entraînement de jeunesse, ornée par entraînement d'artiste, et enfin trouvée trop belle, elle est quasi abandonnée. Les hommes n'y demeurent point à cause 'des affaires, les femmes n'y veulent point séjourner parce que l'église est trop loin pour avoir la messe tous les jours. La messe, qui est la force de la pauvreté et la joie de l'aisance, est le nécessaire de l'opulence. La journée serait vide sans cela. Voilà ce que la vie apprend aux chrétiens qui veillissent sur des roses. "

D'AIGREXOirr.

Giboyer ne s'en doute point.

LE MÀBQUIS.

11 y a tant de choses dont Giboyer ne se doute past Pour moi, réfléchissant là^lessus* il me sem^

— ao6 —

bla que je venais de toucher la racine vivace de la question d'Orient et de beaucoup d'autres questions. En Orient, la tentation de fainéanter a été victorieuse. L'homme s'est couché sous l'ombrage, parmi les fleurs, un sabre à la main; et entouré d'esclaves tremblants et pleins de vices, il a rêvé, plein de fatigue et d'ennui. Il a rêvé des délices plus énervantes, plus silencieuses : toujours printemps, toujours clair de lune, toujours jeunet Yoilà le rêve. Pendant ce beau rêve, le sabre est tombé de la main du rêveur; et un jow on est venu de l'Occident lui apporter non le réveil, mais la mort. Les esclaves sont restés; ils ont baisé les pieds du victorieux, bientôt alangui et vaincu par le rêve oriental. D'autres occidentaux sont accourus, se sont dissous, ont alléché d'autres invasions : tout s'est engoui&é dans le lit de fleurs. Rome s'y est couchée, et avec elle le monde. Que serait-il arrivé, si le christianisme n'avait pas suscité une Rome nouvelle? Qu'arriverait-il si cette seconde Rome disparaissait devant l'Alcoran de Giboyer? La décadence humaine reprendrait au point où le christianisme l'a interrompue; la matière ressaisirait son empire ; le genre humain s'absorberait dans la nature et y périrait.

D'AlBftnOIIT.

Je le crois ; et je crois même que cela se consommerait assez vite, vu l'abondance et la vigueur des éléments de destruction.

UB MARQUIS

Le diristiantsme seul nous tient ddixmt, par sa perpétuelle répudiation de la mollesse et de Teaclarvage. Mais il y fout le christianisme intégral, eelui qui nous donne la présence réelle du Dieu ^ant, la parole vivante du Dieu présent. Le christianisme ébréché des hérétiques n'est qu'une philosophie. H est impuissant à combattre cet envahissement de la nature qui trouve en nous tant d'ardentes complicités. La liberté, dignité si salutaire et si nécessaire, il faut que le christianisme nous l'oppose et surtout nous l'impose, et lui seul le veut, et lui seul le peut. Ce ne serait rien de nous défendre d'avoir des esclaves, il faut nous défendre de l'être. On dit que la plus noble aspiration de rhomaw est vers la liberté; oui, et son penchant le plus violent est vers l'eudavage! H veut y réduire les autres, ils'y ^[^piie lui-floéme.

— aw —

La grande afEûre de rhonime est de m troayer on maître. A quel prix ne rachète-i>il pas? Qnek sacrifices ne lui fait-il pas? Tu nourat pas d'autre Dieu que Dieut voilà le premier -article de la loi divine, et la première, la plus large, la seule solide assise de la liberté humaine. C'est ce que Giboyer efiace avec mépris, sons le nom de droit dirin. Giboyer ne propose pas une chose si nouTeUe qu'il croit. Lises l'Écriture, voyea les efforts de Dieu contre l'idolâtrie, ce principe générateur et ee complément de l'esclavage; écoutez les anathèmes d'Isaîe et des autres prophètes contre la frénésie de se faire des idoles, ei d'aller les adorer sous^es térébinthes, dans les ombres complaisantes de la nuit! L'idolâtrie emporte tout; elle règne dans le monde entier, elle arrive à ce perfectionnement de prosterner le genre humain devant une idole de chair. Le dieu Octaye en était embarrassé, le dieu Tibère en était dégoûté. « 0 hommes faits pour la servitude 1 » Les autres ne s'en étonnaient plus, n'y pensaient plus. Le dieu Claude trouvait tout simple d'avoir des autels... Le vrai Dieu a triomphé par son Christ; le commandement divin a renversé l'idole infâme, et la liberté est née. Mais l'idolâtrie a conservé des temples sur la ieimj

mais le penchant vers Tesclavage est resté dans le cœur de rhomme. Rarement il s'y montra tout à la fois plus habile et plus débordé qu'aujourd'hui. Il s'appelle la liberté, la fraternité, l'égalité. Le « père du mensonge, » père de l'esclavage, n'est jamais embarrassé de trouver de faux noms. Quelque figure qu'on donne à l'idole, l'idolâtrie est facile à reconnaître; quelque nom que prenne l'esprit d'esclavage, on devine aisément son travail contre la liberté. Voyez vos anciens libéraux de la presse et de la tribune en face de l'Italie et de la Pologne. Vos humanitaires, vos égalitaircs, vos fratemitaires, comme tout cela est devenu « autoritaire » et regarde tranquillement dépecer la chair humaine I Comme tout cela s'abreuve carrément d'apostasie t Sont-ils assez commodes à toute œuvre de larrons et de bourreaux , assez sourds à tout cri des victimes? Croyez-vous qu'on les puisse révolter jamais, et que l'esprit fécond de la tyrannie vienne à inventer un attentat qui les décide à compromettre leur « indépendance » personnelle de cinq cents ou de miUe firancs par mois? Les voilà, les ga$ qui mangeraient d'un martyr pour une modique rétribution. Mais sans augmentation de gages, pour rien, pour le plaisir,

pour rhonneur, si le bourreau juge à propos que le martyr soit diffamé, ils sont là I... Laissez aller Tesprit d'esclavage, qu'il parvienne à enlever au christianisme le caractère d'institution sociale et le réduise à n'être plus qu'une philosophie, bientôt Qaude aura des prêtres, et bientôt la race ellemême de Giboyer, courbée sous le bâton, cultivera pour d'autres ses jardins mal acquis. — Ahl Giboyer, mon ami, vous faites des discours contre le domaine temporel du pape, pour avancer le triomphe de l'égalité et vous procurer «une indé^ pendance » qui vous permette de n'être pas hon^ nête homme... Vous aurez du chagrin, Giboyerl votre fils sera réduit à l'égalité tout comme nou^, ou il finira par payer comme nous le denier Ab saint Pierre, parce que s'il ignore que le pape garde son âme, il sera bien forcé de comprendtb au moins que le pape garde sa caisse et sa maisékV.

GODTURIEB. '"'

Je vous remercie, monsieur le marquis, de cèt<)B philosophie de l'histoire. Ce n'est pas celle «que jn'enseigne la Berne des Deux-Mondes. Les gens' de M. Buloz ne croient pas avoir autant que votis

ÏMoin An Gl^rist. Ils pensent, ea moyenne, qa'Qs pourront tout arranger sans cela. M. Buioz a ses points de vue, tous avex bien- le droit d*aToir le vôtre. A présent, je demande les mérites de 6îboysr.

U MABOVIS.

Vous les avez vous*mâme à peu près tous décrits, mon cher ami, et je doute que l'auteur eût mieux su se faire valoir, en public ou dans l'in^ timité. D'abord, messieurs, rendons justice à ce nom de Giboyer. C'est très-sincèrwient que je l'admire. On nous fait un nouveau français qui, passez-moi l'expression, parle tout seul et nous apporte des saveurs que ce noble idiome ne semblait pas pouvoir receler. Giboyer l Nous avons aussi ks Ganaches. Quels titres de comédies! D n'y a pas même besoin d'y aller voir. Vous sentez, c'estrà-dire vous savez tout de suite de quoi il s'agit. Yoilà le dix-neuvième siècle, voilà le mépris, la dérisiûii^ l'avilissement de la langue, ai(^ eeriaip dètoms ks autres avilissemmts; voilà) ea u» meÉ, le éémocwa tique t Ce nom de eibojfer Aw»i w Stê^mm de. r«yeiùr, j'appelle

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otia un coup de gënio. I) ; a de la potenoe làdedans. Avouez que rennemi le plas entier des rénovations modernes et de toutes leurs promesses n'aurait pas mieux baptisé rh(»nme>typç deees odieuses charlataneries. Autrefois le fra»«< çais se nommait Jacques Bonhomme, ou Montmorency ; à présent c'est Giboyer; HtucmiUm Giboyeri Remarquez le prénom, qui est celui de Robespierre : par là Giboyer se rattache aux pèras de oa. Si ce trait n'a pas été cherché, il est trouvé. Or, la pièce est pleine de traits de ce genre, qui vont droit contre les intentions de l'Auteur. C'est le grand mérite que j'y vois. D'un bout à l'autre, l'Auteur a eu des inspirations de Balaam, avec cette difiërence que Balaam envoyé pour maudire a béni, et que lui, qui voulait bénir, a maudit. Il est le Balaam de la démo* cratie; il la vilipende, la souille et la rend odieuse. Il la fait fille de Giboyer, bâtarde de Giboyer, infecte dans sa source, ignoble en ses mœurs et en son langage, inepte en ses conceptions, incapable de soutenir le choc d'un raisonnement. Il ne lui donne qu'un triomphe ridicule, une victoire sur des mannequins. Comme le diable, elle n'emporte que des âmes peidtims, un

vieux roué, un vieil imbécile; elle les emporie, elle ne les conquiert pas : ils lui appartenaient déjà, l'un par ses vices, l'autre par sa sottise. Si j'avais été tenté de démocratie, la lecture de cette pièce m'aurait sauvé. C'est une démonstration par l'absurde des étonnantes misères intellectuelles et morales de l'école démocratique, et des supériorités encore éclatantes de la société chrétienne, même dans l'état de décadence où elle est tombée. Je sais trop que cette démonstration sera inutile pour le gros public, qu'il ne la comprendra pas, que tant d'aveux incroyables ne lui ouvriront pas les yeux. Couturier nous l'a trèsbien dit, la foule en est là, de ne vouloir plus voir les choses que dans ce faux et cet absurde où les courtisans de la démocratie prennent soin de les lui montrer, pour caresser sa jalousie. N'importe, la démonstration est parfaite pour moi, pour nous; et je crois qu'il y a encore quelques âmes fières qu'elle éclairera et qu'elle fortifiera contre la violence du torrent démocratique.

D*AIGREM0NT.

L'espérez-vous vraiment?

LE MAROtlS.

Oui. Je vois plus d'un esprit justa, mais troublé par le mal du temps, à qui Giboyer sera salutaire. Je vais plus loin, et pour vous exprimer tout mon sentiment par une métaphore à la Giboyer, je re< garde cela comme un abcès qui crève extérieurement. C'est hideux, c'est douloureux, j'en con« viens; pourtant la plaie est bonne. Le succès est * une chose redoutable à la conscience humaine. Quantité d'honnêtes gens sont toujours tentés de croire que des succès répétés, éclatants, durables, ne peuvent pas ne point reposer sur un fond de justice; que tout victorieux est nécessairement doué de génie et même de vertu, que toute idée triomphante porte en soi le vrai et le grand. Eh bien! voilà, regardez; voyez ce quib ont dans le ventre... Encore une bien belle métaphore de ce temps-ci, pour exprimer d'où viennent et à quoi tendent les aspirations de l'homme moderne, et encore un trait d'origine antique ! Les philosophes ennemis du christianisme naissant avaient aussi quelque chose et même tout dans le ventre. Saint Paul disait d'eux : Quorum Deus venter e$t. Mais en-

fin, il reste des hommes qui ont quelque chose dans le cœur et dans la t^. Ce choc brutal Yi^it remuer, indigner, enflammer ce quelque chose de chrétien. En vérité, il y a de quoi s'irriter, parce que le fttit est plein de violence et d'injure; mais comme après tout on n'est pas déshonoré pour être molesté par les sergents de ville, j'estime qu'on devrait plutôt remercier la main de police qui nous soufBète de ce morceau de littérature autorisée. Ah I c'est là ce que vous avez à nous oflrir de mieux CMitre nos principes ; c'est là votre art, c'est là votre langue, ce sont là vos idées et vos conceptions sociales?... Merci mille fois, et nous sommes charmés d'avoir le fond de vos vues et de vos conseils I . Eh bien, mais, tout abhnés que nous sommes, tout démantelés par vos victoires, tout pervertis par vos exemples, frivoles, oublieux de nos devoirs, misérablement éblouis de vos fortunes, misérablement séduits par vos divertissem^its, nous valons encore mieux que vous, et nous scHOunes intellectuellement et moralement plus forts. Nous gardons un dépôt de vérités vivantes et augustes que vos insolences nous rendent plus chères. Votre Giboyer, votre pontife, votre saint, que vous proclames vous-intoie un chena*

fma, e'esl «a dienapan, sans doute, et àéj^ cette pb^neBomie dont tous ne lui saves pas assez maurab gré, le gftte auprès de nous; mais il a un autre petit dëfiuit que yous n'apercevez pas : il est bète, œ beau génie. Il sait Tanglûs, il sait écrire en plusieurs langues, il sait plaider le pour et le contre, il sait lécher la boue sur les pas de son fils, mais il ne sait point ôter la boue de son propre cœur : c'est bétel II a su écrire un beau livre, il. n'a pas su devenir homme de bien; il sait forcer des gens qui l'achètent à le payer plus cher, il ignore l'art de les fiMiser à l'honorer, il n'y tient pas, et son fils même ne l'honore que parce qu'il est formé par lui : c'est bétel II sait se faire une mdépendance de trois mille francs par an, mais son élève a déjà besoin d'une indépendance de mille francs par mois : c'est bétet II se fait croquemort, ccmtrôleur de théâtre, il se met la chaîne cléricale au cou, lui démocrate, lorsqu'il a tout ce qu'il faut, sans changer de drapeau, ni de linge, ni de style, pour gagner sa vie dans les journaux belges de sa naturelle couleur : c'est bête absolument! Ce Diogèoe habiUé de crasse nous parlé d'oqianiser l'égalité, comme s'il avait lui-^mèiM, pour être l'égal de tout le monde, autre choae à tùxp que

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de prendre un bain ! Je vous demande s'il faut tant de talent et d'honnêteté pour devenir un personnage? Mais non , mai ire Giboyer veut garder son odeur et sa parure; il prétend entrer au Sénat en habit de travail et sans même avoir besoin de laisser sa pipe chez le concierge!... Je vous dis qu'il est bête et qu'on s'en apercevra.

D'aI6B£H0IIT«

Hélas i j'en doute.

I£ MARQUIS

J'augure mieij^x du monde. Nous en avons dit notre pensée assez fngachement : il s'y fait des choses que je vois et dont j'ai horreur. Néanmoins, je n'y signale pas le caractère suprême et décisif de la mort, l'inertie du bien. Après tout, l'époque a de la vie, et cette lutte que la comédie n'a pas su montrer, elle existe.

d'aigbemont.

Je ne sais pas. Je doute que nous fassions une brillante figure dans l'histoire. Les entreprises ne manquent point, je l'avoue, ni l'appareil, ni le

brait. Nous nous agitons beaucoup, ou du moins nous sommes très-remués par des machines trèspuissantes, n y a du tapage, de la fumée, des cantates... de mirlitons. Le plâtre prend des formes grandioses; il monte, il monte! On entend par intervalles des brouhahas immenses, des tempêtes d'acclamations, des rafales et des ouragans de rires. Sontrce des œuvres qui s'accomplissent, des doctrines qui se choquent, des solutions qui s'opèrent? Estce la vie, ou n'est^^ rien? Dans cette foule, il faut la loupe pour apercevoir un visage ; dans ce vacarme, il faut le cornet acoustique pour entendre une voix. On détourne un instant le regard de ce plfltre qui tout à l'heure s'élevait si haut; l'œil y revient et ne le voit plus. C'était un simulacre d'édifice, sa chute a produit un simulacre d'écroulement. A un autre! Notre fécondité, qu'une grande voix appelait la fécondité des avortements, enfantera-lrelle enfin autre chose que des simulacres? Notre industrie nous laissera-t-elle même des ruines? Question i De toutes parts, il sur^t des tréteaux : nous y courons avec un âpre désir de nous amuser. Nous amusons-nous? Question I question terrible! Au fond, le genre humain,

relié non plus par la foi, mais par des fils de fer,

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