‹ Les œufs de Paques de mes critiques, dialogues mêlés de vaudevilles [Pieces justifison, et sur l'Hermonie Imitative des langues Grecque, Latine et Françoise]Chapitre 11 sur 36 · LE SECOND CHANT DE L'HARMONIE IMITATIVE · texte numérisé non relu

LE SECOND CHANT DE L'HARMONIE IMITATIVE

l'Envoyé iz l'Année Littéraire.

ecVoTRE second Chant débute £ar un y> précepte dont il ne sera pas facile de y> profiter, car il est à peine intelligible» »

» Chaque lettre , en passant > on plus lente , on plot

vive , s> Vous a-t-ellesaisi par sa voix distinctive ? » Il vous faut dans les mots , fidèle à mes leçons , » Augmenter son effet , en répétant ses sons. »

l'Auteur.

Ce précepte n'est pas intelligible, (pour vous ) ; niais il me paroît clair et sensible.

1*9} Comme il succède à la nomenclature de* lettres de l'alphabet , qui ont passé en revue dans le premier Chant , et que le lecteur a été à portée d'apprécier suffisamment leur valeur et leurs sons , je l'engage dans celui-ci à les multiplier et à les rapprocher à propos 9 pour doubler leurs mêmes sons et leur même valeur*

l'Envoyi de l'Année Littéraire.

« Voilà tout ce que vous dites de po* 3> sitif. Vous défendez ensuite d'imiter les » sons burlesques de Ronsard et de du » Bartas > et de forger des mots nou-> » veaux. »

Je défends d'imiter les sons burlesques de Ronsard et de du Bartas , et de forger des mots nouveaux; si je n'eusse pas eu cette attention , qu*auriez-vous dit de moi, vous et votre clique , puisque vous ne me tenez pas compte de l'avoir eue i

Eiij

VENVOY8 XTE L'AKNiB LlTTERATRI.

tt Cependant vous approuvez beaucoup » le vagissement, inventé, dites-vous , » par quelqu'un qui embrassa la base de » la langue latine. Vous regrettez aussi que » lorsqu'on veut faire passer en usage le » mot impasse , créé par Voltaire , on se » trouve borné par le vieux mot cut-DE- » SAC. Vous demandez grâce humblement » pour ce jeu de mots , qui vous est venu » si naturellement , que vous n'avez pas eu » le courage de le supprimer. Vous vous » appuyez de l'autorité dcBoilcau. Ilfâu- » droit être de bien mauvaise humeur, a» pour vous chicaner sur une pareille 30 minutie , lorsqu'on a tant de griefs à vous 33 reprocher.

AIR: Des simples jeux de son enfance.

Ah ! sur les formes du Poëtt', Pourquoi jeter un lourd manteau \ Pourquoi peindre à la Silhouette L'Auteur que rend mien* son pinceau ?

Dans votre pros« d{t«st*ble> Pourquoi traduisez- vous mes vers 2 Si la tenture est agréable , Pourquoi la montrer à l'envers I

Je n'approuve ni le mot vagissement , m le mot impasse. L'auteur du premier, puisqu'il faut l'appeller par son nom , est monsieur du Mars ai s. Ne me faites point valoir votre indulgence , par rapport à mes vers sur le mot cul-de>sac ; c'est l'autorité seule de Bollcau qui vous en impose, et si vous osiez lui donner un démenti , sur ces deux vers:

Ce n'est pas quelquefois qu'une ^f use un peu fine. Sur le mot , en passant , ne joue et ne badine.

il pourroit bien vous répondre par ces six autres ;

ï/n pldaot flpnjvfé de la vaine science > Tout hérissé de Grec , tout bouffi d'arrogance > Et qui de mille Auteurs retenus mot pour mot , Bans sa tète entassés , n'a souvent fait qu'un sot , Croit qu'un livre fait tout , et que sans Aristote , ta «aiwn fl< voit goutte , et le bon ko* radote*

Eiv

« Vous n'avez presque donné aucun » précepte , et vous vous écriez que vous » abandonnez enfin la théorie ! »

l'Auteur.

Mon premier chant est rempli de préceptes, le second débute par une soixan-, faine de vers contre le néologisme : ainsi je peux bien m'énoncer de la sorte. Un poète, didactique a besoin d'égayer son sujet. Il ne sauroit ' recourir assez tôt à la poésie de description ; et , comme dit Boileau ;

Sans garder dans fes vers un ordre méthodique , Son sujet . de soi - même , et s'arrange et s'explique.

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

« Vous invoquez le soleil , et vous le ao priez d'imprimer , au chaos de vos vers ^ a» l'accord de l'univers. »

l'Auteur,

Cites donc ? bourreau 2 mes vers tout

in)

entiers, comment veux- tu qu'on recônnoîsse ma manière dans des hémistiches ainsi hachés ? Il y a donc aussi des anatomistes littéraires , qui se font un plaisir barbare de déchirer les poètes ! Comment trouver alors dans ces lambeaux disjecti mentira •poctSLÎ *

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

« Vous invoquez aussi ce sexe divin >'

Qui dans le discours a l'oreille enchaînée , Prodigue les trésors d'une harmonie innée.

ce Ce dernier hémistiche est bien dur , et » peint mal la douceur du langage des » femmes ».

l'Auteur.

Cet hiatus n'est pas plus dur dans mon vers qu'il ne Test dans celui-ci , de Racine:

JsTulle paix pourl'impIE , IL la cherche , elle fuir.

Il n'est pas plus dur que dans celui-ci , de Boileau;

Oa quelque fougue pluYE Inondant «os vallons.

Je ne prétends point , malgré ces deux exemples , que je n'eusse mieux fait de fiire disparaître cet hiatus ; mais toujours est-il vrai de dire qu'un homme qui argu« roenteroit des vers que j'ai cités contre Esther et contre les Épîtres de Boileau % seroit , ce que vous êtes sans cesse à mon égard , un juge inique ou ignorant.

l'Enyot* de l'Année Littéraire.

« Vous commencez une gallerie de ta»

» bleaux , ou plu rot une espèce de lanterne *> magique : oh va voir d'abord un orage f 3» ensuite un hameau paisible , après cela y> le fracas d'un siège , enfin l'horreur des » tombeaux ; ce sont les objets que vous * montrez dans le second chant ».

Écoutons M. de JaucoURT sur la nécessité d'orner les poèmes didactiques de tableaux, « Virgile place dans un de se*

» livres une dissertation sur les présages » du soleil , et il part dç-là pour représen- » ter le meurtre de Jules- César; il met 30 dans une autre la fable miraculeuse d'A- » ri stée , et la peinture des effets de l'a- » mour. Dans un autre, c'est un tableau » de la vie champêtre , qui forme un pay- 3» sage riant et rempli des figures les plus 33 aimables. Enfin il insère dans cet ou- 33 vrage l'aventure tragique dKJrphée et » d'Euridlce , capable de faire fondre en y> larmes ceux qui la verroient véritable- » ment. » Ce sont ces images qui font le principal mérite des Géorgiques. Que vous en semble, M. le Professeur? Voilà Virgile qui montre la lanterne magique* Que cette comparaison est spirituelle , et qu'elle doit «l'enorgueillir , puisqu'elle convient aux grands poètes anciens et modernes ! Il est vrai qu'elle convient aussi à la plupart

des journalistes. * • •

Al k: Dé joconde.

Aux journalistes que voilà , Elle est ucs-applicablc.

L'on fait voie la Cour en gala, Et les Princes à table....

A montrer du blanc et du noix Cet autre fait fortune....

Le journal de Paris fait voir Le Soleil et la Lune.

Dans la Gazette de santé „ Voyez- l'Apothicaire Qui vous pourfuit de tout côté »

A grands coups de clystere.

Cent Journalistes étrangers , , En robe rouge ou bleue , Font tirer à leurs boulangers Le diable par la queue.

Pour vous , Monsieur , qui n'avez pas

De lanterne magique ,

Vous ne suivez qu'à petits pas

La bande polémique.

Les Professeurs et les Curés

Que. votre feuille ennuie ,

Se fâcheront si vous montrez

Toujours l'envie en vie.

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

« Un des reproches les plus graves, et qu'on ?» puisse vous faire, c'est d'avoir prétendu

t> nous donner des modèles d'harmonie de » votre façon ; tandis que vos prédéces- » seùrs les avoient choisis dans nos bons » écrivains : on aime roi t bien mieux une s» tempête de Voltaire ou de l'abbé de » Lille , qu'une tempête de M. de Fiis ; un » paysage de la Fontaine , un siège de » Racine ou de Boileau, un tombeau de » Crébillon seroit bien plus piquant que 39 les mêmes tableaux peints par l'auteur » des vendangeurs ».

Votre reproche n'est point grave , il est absurde ; en prétendant donner, x>u plu* tôt en donnant tout bonnement , sans prétention, des exemples d'harmonie imitative, je n'ai point cru donner des modèles ; je ne sais ce que vous entendez par mes prédécesseurs, je ne sache pas qu'aucun poète ait traité spécialement mon sujet avant moi. Il est certain que si j'avois fait un Dictionnaire Poétique , j'aurois imprimé

k l'article tempête des descriptions tirées de Voltaire , de l'abbé de Lille , et de Saint-Lambert* Il est certain que Boileau, Racine , la Fontaine et Crébillon y auroient été mis à contribution toutes les fois que le mot m'eût conduit aies citer :

mais y a-t-il un arrêt du Parnasse qui puisse me contraindre, quand je me sens appelle à la poésie , à faire des compila»

lions et des Dictionnaires ? N'avons - nous pas déjà mille recueils , dont les an t eut s , d'ailleurs estimables , n'ont que le stérile mérite d'avoir su classer par ordre alphabétique tout le mérite littéraire d'autrui ?

à présent, je vous le demande, monsieur , qu'il me soit permis de rétorquer votre artgument ; vous avez , sans doute , composé des tableaux d'un plus grand genre que le peintre des vendangeur* ; mais jusqu'à ce que ces tableaux soient sorti s de votreico/e» ne scra-t-il pas en -droit de vous dire :

« On aimeroit mieux une fatyre d'Horace, » une fatyre de Régnier, ou une fetyre

[79] » de BoileaU , que tous les extraits patiTés, » préfens et à venir de l'Année Littéraire.

l'Envoyé de l*àiwéê LirTEiAntE*

. « Avez-vous bien consulté vos Forces , » lorsque vous avez pris l'engagement de » tirer de votre seul génie une suite » d'exemples de tous les genres d'harmoja nie ?»

l'Auteur.

J'ai travaillé pendant huit ans à monr Poëme ; quoiqu'en général le tems ne fasse rien à l'affaire , il n'en est pas moins vrai qu'il vous met à même de consulter la nature, de consulter vos .vrais amis, de tâter, pour ainsi dire, le public en détail, 5c de ne laisser , par de* corrections nombreuses , que le moins de prife possible à la censure des gens de goût. Quand un £oeme didactique a pour bafe une vérité utile en littérature , c'est au poète à relever peu-à-peu , et à le décorer enfuite

d'une façade agréable. J'ai tiré de mon feul génie cous mes exemples d'harmonie imirative; mais je ne présumois pas trop en cela de mes forces , puisque je m'étoïs échauffé l'imagination par l'harmonie des poètes Grecs, Latins et François , et que j'avois soin , toutes les fois qu'il s'agibsoic de peindre par les sons, de prendre, pour ainsi dire , la nature sur le fait, à la ville comme à la campagne»

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

« Vcjtre tempête rassemble tous les » grands mots et tous les lieux communs » dont on épouvante l'oreille en pareille » occasion » •

L'AtJTIUR.

Si je n'eusse pas rassemblé tous les grands mots , dont on épouvante V oreille , ma tempête seroit manquée ; puisqu'elle est selon- vous pleine de lieux communs, dites-moi d'où j'ai tiré ces images ?

Pressez , pâles éclairs , vos flèches incertaines, J'ai vu Pan tressaillir au travers des Ardâmes»

Dans,

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Dans les bras de Neptune ils se sont élancés ; Ces vieux t6cs , qu'en passant* , la foudre a renversés*

De quel auteur sont-ils traduits ou imités ? dans quel collège les a-t-on donnés pour matière de composition ? Votre logique ne se dément jamais : les sujets neufs sont des sujets ingrats , les préceptes sur l'harmonie imitative sont ridicules & puériles , et les morceaux descriptifs à'inven* tion sont des lieux communs»

l'Envoyé de l'Année Littéraire.

ce Voici les vers qui m'ont paru le plus y> particulièrement imitatifs.

Faire au loin frissonner le faîte des forêts»

» L'abbé de Lille a voit déjà dit:

Et des bois murmurans le feuillage frissonne.

» Mais votre vers est sans doute meil- » leur, parce qu'il y a un plus grand nom?

» bredT».

Le vers,de M, l'abbé de Lille et le miea

taî

sonr faits dans le même principe ; il mé semble que l'image est différente, quoique l'expression soit à-peu-près la même.

AIR: Lise demande son portrait»

De Lille d'un feuillage épais Ne rend que le murmure ; C'est le faite entier des forêts Qu'embrasse ma peinture. , , Votre bravade à mon courroux Tend une vaine amorce ; Poux disputer d'F avec vous , Je ne suis pas.de force.

l'Envoyé j>e l'Annie Littéraire.

« Poux soutenir le globe atlas essoufflé sue. . . »

l'Auteur.

Qu'en voulez-vous dire ?

En voulez- vous rire ?

Est-ce Timage ou levers qui vous déplaît ?

l'image 1 Elle est noble et vraisemblable d'après la fable. Le vers c II est travaillé dans le genre imitatif , et n'est pas d'une articulation plus pénible que ctùrt-ci.

Ubi Sultifcr atlas 4xm huraero torquct sullis ardentibus aptum.

Il n'y a rien d'extraordinaire ni de ridicule à faire suer atlas , sous le fardeau du globe , agité par les vents , la Fontaine m'a guidé dans ce rapprochement de syllabes pénibles , par ce vers si connu et si justement admiré.

L'attelage suoit , sonffloit , étoït rendu.

Je n*ai point fait comme M. l'abbé Àubert, qui dit :

Jl parle , l'air se calme , atlas mouillé s'essuie.

A I R : Ne dérange f pas le tnondg*

La charge esc telle , sans doute ,

Qu'Atlas y doit employer

Les deux mains , coûte qui coûte ,

Sans pouvoir les relayer.

Le Poète que je fronde

A trop voulu s'égayer.

Sans laisser tomber le monde , *

Atlas peut- il s'essuyer?

• F îj

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