L^ENYOYÉ DE L'ANNÉE LITTÉRAIRE
Le Ciel pèle et mêle , Prodigue en grains glaces l'impitoyable grêle.
€c Virgile a peint aussi le bruit de la » grêle ; mais c'est par les T multipliés. 30
Tam milita in tectis crepitans salit horiida grando.
ce Vous auriez bien dû décider , si pour » peindre la grêle , les G. valent mieux » que les T.
Vous me jugez toujours par comparaiton avec des hommes que je peux fort bi?n ne pas pouvoir atteindre dans leur imitation sublime , sans manquer pour cela du mérite de l'imitation. Le vers de Virgile est superbe , le mien peut avoir de l'effet.
Virgile Fait entendre avec lesC. et les T. le sautillement de la grêle sur les toits. Les syllabes dig , gra , gla , Ut 9 grê ê font entendre à mon gré dans mon vers le choc et ^éparpillement de la grêle. U y auroit
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du pédantisme à mettre les G. et les T*
dans une balance* Le concours de ces deux lettres donnera dans ces sortes de peintures des résultats àr peu-près pareils.
AIR: Chanttf , danse{ f *muscç-vou$.
Ce que la grêle est aux moissons > La critique Test aux ouvrages j Mais, le Soleil par ses rayons , Et le public par ses suffrages Relèvent des plus grands revers , L'un les épies» l'autre les vers*
Quelle sublime horreur ! la foudre vagabonde .Ebranlant les échos de la voûte du monde.
Du Midi jusqu'au Nord , du Levant au Couchant % Roule de monts en monts , et bondit en grondant.
ce Quel dommage 9 monsieur , que cette 3» fublime horreur , que ces terribles images » soient afibiblies par ce vers platement » géographique !
Du Midi jusqu'au Nord , du Levant au Couchant»,
F ii)
AIR: Où s**n vont ces gais btrgers.
Par certain mal- entendu Dans une tragédie , \
Pradon avoit confondu L'Afrique avec l'Asie :
Quand on lui prouva son tort ,
Lui , plein de bonhommie »
De répondre , oh ! je ne suis pas fort Sur la Chronologie.-
Est-il possible qu'un Professeur de critique marche sur les traces de Pradon \
Du Midi jusqu'au Nord , du Levant au Couchant ,
cft tout au plus un vers platement aftro* nom i que. Voulez- vous un y ci s géographique, en voici un :
De Paris au Pérou, du Japon Jusqu'à Rome, Le plus sot animal ,à mon avis , &c.
Il y a aussi une chanson de Collé, dont le refrein est platement géographique :
De Paris au Pérou , De Pékin à Moskou , Tout le monde, &c. Are. ,
Oh! que je suis .content ttitrt pisu t. ' ' comme Boileau et Collé !
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
La foudre vengeresse , éblouit , tonne » tombe , Et d'éclats en éclats prolongeant son fracas , D'un trépas imprévu frappe tout sur ses pas.
a Comme ce dernier vers est chétif , et » qu*il est indigne des deux autres ! »
AIR: Que ne suis- je U fougère.
Dans le cours d'un long ouvrage Tel est souvent notre sort.
En vain a-t-on du courage , Et redouble-t- on d'effort t c . Quand les images arrivent , On s'applaudit , mais , hélas !
Tous les jours les vers se suivent , Et ne se ressemblent pas.
Vous trouvez mes deux premiers beaux!
cela est heureux. Qu'est-ce qui vousbjesse dans le dernier ? sont-ce les pas de la fou*
F iv
dre; qu'aumz-vous donc dit à Racine i quand il prêtoit des pas à une épée.
Quel est ce glaive enfin qui marche devant eux!
Etes-vous choqué du son de l'A. multitiplié ? blâmez donc l'avant dernier , dont celui-ci n'est qu'une prolongation.
l'Envoyé de l'Année Littéraire
«c Le calme renaît , vous nous conduij> sez dans une riante plaine* Eglé la hou- » lette en main fait paître les brebis , son » jeune frère conduit les chèvres.»
Plus loin , triste , courbe* , d'un air encor actif 9 Le pcre » de ses bœufs presse le pas tardif; Et de ses cheveux blancs , ombrageant sa charrue , Détrempe b ler sillons avec le sang qu'il suc.
a Est-ce donc là un modèle d'harmonie » dans le genre tempéré? Y a-t*il rien de •» plus lugubre et de plus attristant que » ce vieillard malheureux , qui a Pair eiv* » corc actif, et qui sue du sang ? »
- Je n'ai point dû m'asservir à une marxhe si uniforme , que je ne pusse varier mes descriptions par le mélange des contrastes. Le morceau que vous citez , est d'une teinte sombre , et par-là il m'a semblé plus propre à faire ressortir celui où je mets deux jeunes bergers en scène, vous ne dites rien de ce vers et de ses che* veux blancs ombrageant, sa charrue ! Vous nVn voulez qu'à l'expression de suer du sang\ elle est certainement tres-françoise.
J'en prends à témoin l'expression proverbiale suer sang et eau. Et on peut annobiir une expression proverbiale» Boiïeau a dit quelque part :
C'est elle qui , farouche au milieu des plaisirs , D'un remords importun vient brider nos désirs. .
Racine a dit :
Ce nom de Roi des Rois, et de Chef de !a Grèce, Chatouille de mon coeur l'orgeuilleuse foibksse*
Il a dit aussi :
TpoT
Ces murs Ont peut-être des -yeux.
Mais pour vous citer une hardiesse d'expression plus analogue encore aa vers dont il s'agit, sachez que Bossuet dit en parlant d'une femme Coquette : « que tous les » arts suent pour composer sa parure. »
Critiquez Racine, critiquez Bo il eau , cri~ ' tiquez Bossuet. Vous- n'aimez pas d'un air encore actif, vous m'en direz les raisons à l'ordiha ire prochain.
l'Envoyé de l'Année Littéraire.
« Quoi de moins élégant et de moins » gracieux que ces deux vers ? »
Que l'amour modulé découle de leurs flûtes , Et tu seras sensible à leurs galantes luttes.
l'Auteur.
tl faudroit qu'un vers eût un singulier mérite pour être à l'épreuve de votre manière de citer. Je défie qu'on applaudisse à ceux même de Boileau , quand ils seront mu ri-
lés , isolés , tronqués et épars de la sorte ; Reconnoîtroit-on la Vénus: de Médicis , si on la coupoit par morceaux. J'ai tâché, dans les deux vers que vous citez, de rendre le moelleux du son de la flûte , par.
la modulation multipliée de la lettre L« Qui potes t cap ère , copiât '•
L'Envoyé de l'Année Littéraire.
« Vous interrompez la suite de vos des- 30 criptions , pour nous parler de vous et - de votre manière de travailler. »