‹ Les œufs de Pâques [microforme]Chapitre 10 sur 17 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

pas venu fort à propos, j'aurais péri cette nuit d'inanition.

—Mais, lui répondit Fridolin, en parcourant des yeux la cuirasse éclatante et la brillante livrée de l’homme, comment, noble chevalier, êtes-vous venu dans cet abîme avec votre beau cheval ? |

—Je ne suis point chevalier, mais un simple écuyer, lui dit l’autre. Voilà plusieurs semaines que j’ai commencé :à voyager pour mon maître. Je me suis égaré dans cette contrée montueuse, la nuit est venue me surprendre, lorsque, au milieu des ténèbres, je suis tombé dans cet affreux précipice avec mon cheval.

Le cheval, qui est robuste, n’a eu aucun mal ; quant à moi, je me suis fait une blessure si grave au pied, que je ne puis plus me traîner, encore moïns remonter à cheval. C’est un vrai miracle que je sois encore vivant, car, à considérer la hauteur dont j'ai été jeté, j’aurais dû être moulu mille fois :: je ne saurais assez en témoigner ma reconnaissance au Scignéur.

Je me mis à panser ma plaie ; mais bientôt la fièvre me prit, et dans cette cruelle position, privé de tout secours: humain, je fis à Dieu le sacrifice de ma vie, me croyant destiné à mourir de faim : tout-à-coup tu apparus comme un ange du Très-Haut pour m'arracher à une perte certaine. Maïs je serais bien curieux de

| savoir

savoir comment tu es venu à passer par cet

horrible désert, où l’on ne rencoûtre nullement les pas des hommes ? ”

Fridolin exposa son histoire, et l’écuyer l’écouta avec beaucoup d’attention en lui adressant de temps en temps quelques questions. “ Qu’elles sont belles, dit-il, en jetant un regard autour de soi, ces coques d'œufs rouges et bleues ! jamais je n’ai vu d’œufs colorés de cette manière. Fais-moi le plaisir de me montrer l’autre œuf que tu conserves encore dans ta gibecière, je veux bien l’examiner. ‘ )

Fridolin le lui donna, et lui exposa de qui il le tenait. L'homme cousidéra avec attention cet œuf ; les larmes coulèrent de ses yeux lorsqu'il y lut la devise :

Dans le besoin mets en Dicu ta confiance,

Il te procurera secours et assistance :

€ C'est ce que je viens d’éprouver, dit-il»

dans ce moment remarquable que je n’oublierai jamais. Avec une vive confiance, j’implorai le Seigneur du food de ce précipice, et ila exaucé mes cris Louée soit à jamais sa miséricorde, qui a daigné se souvenir de moi ! Bénis soient les bons enfans qui t’ont donné ies deux: œufs que j'ai mangés avec tant d'appétit! ils ne se seraient jamais doutés que leur don dût sauver la vie à un étranger. Bénie

soit

A. \ # # à + AMI LA “ * de $ pu À pa LA FCA i# LE

soit de même la bonne dame qui a écrit sur cet œufla maxime consolante que je viens d’y lire! Que Dieu les récompense tous trois !

‘6 Dis-moi maintenant, continua-t-il, veuxtu me laisser cet œuf ? je désire le conserver pour avoir sans cesse sous les yeux la belle sentence dont je viens d’éprouver tout-àl'heure la haute vérité. Mes enfans et petitsenfans seront fortifiés dans leur confiance en Dieu, toutes les fois qu’ils verront cet œuf et liront. la maxime, Peut-être mes arrière-

neveux rediront-ils dans cent ans d'ici com-

ment une couple d’œufs ont préservé de la mort un de leurs ancêtres. Je te donnerai ur autre chose en place de cet œuf.

’écuyer tira exsuite sa bourse, et donna à Fridolin une pièce d'or pour chaque œuf qu’il avait mangé, et lui en proposa deux pour Pautre enrichi de ia devise, Fridolin eut de la peine à lui abendonner son œuf ; mais l’écuyer insista si long-tems qu’il l’obtint à la fin.

Content d’avoir cet œuf, l’écuyer dit ensuite : ‘° Je vois que le jour commence à baisser, car le soleil couchant verse ses derniers feux sur les rochers et les buissons ; aide-moi donc à monter à cheval ; le sentier qui t’a conduit dans cet abime, que n'éclaire jamais le soleil, me fait espérer que je pourrai en sortir avec ton secours et l'assistance du Seigueur. ” | Fridolin

DO em .

em LL CC: ea LENS EPS

Page 1