‹ Les œufs de Pâques [microforme]Chapitre 12 sur 17 · CRE · texte numérisé non relu

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oncle, carje ne comprends rien à ce que tu me débites sur des œufs rouges et bleus, qui certainement ne l’emportent pas sur les œufs des oiseaux que la nature a bien mieux colorés que tout cela ; et d’ailleurs ces œufs que tu regrettes tant, fusvent-ils d’or, tu n'aurais jamais pu en faire un meilleur usage ; car tu as par là sauvé la vie à un brave homme, et tu as fait une action bien louable. Tu as imité le généreux Samaritain de l'Evangile. Ma maison sera donc l’hôtellerie où nous soignerons les blessures de l’homme tombé, non entre les mains des voleurs, mais dans un affreux précipice.

Cependant je n'exigerai rien de toi pour prix de ce que je pourrai faire pour le blessé, en-

tends-tu ? ” ajouta-t-il en plaisantant.

L'écuyer, que cette bienveillante réception avait singulièrement réjoui, montra l’œuf qu’il possédait avec la devise. ‘ Il est magnifique, dit l’oncle à Fridolin ; mais laisse-le-lui : Por qu’il t’a donné en échange sera plus avantageux pour ta pauvre mère : viens, je vais te l'échanger. ” Le jeune homme, qui n’en conhnaissait point la valeur, fut fort étonné à la vue de la multitude de pièces d'argent que Voncle lui donna en place de son or. ‘ Voistu, lui dit ce dernier, la devise s’est accomplie d'une manière particulière à l’égard de ta mère, et cette maxime l’emporte sur tout l'or que

que tu possèdes : mais il est encore plus avantageux de s’en souvenir sans le secours d’un œuf : tâche de te la rappeler toute ta vie. ?’

L'écuyer passa chez le tailleur de pierres tout le temps nécessaire pour se rétablir entièrement, et à son départ il récompensa bien toutes les persounes qui lui avaient rendu quelques services.

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CHAPTR VIL.

Des chagrins.

Le printemps et l’été se passèrent sans qu’il arrivât rien d’extraordinaire dans la vallée. Les laborieux charbonniers cultivaient avec soin les terres labourables. et coupaient beaucoup de bois pour faire du charbon, des sabots et différens ouvrages. Leurs femmes avaient soin du ménage, élevaient quantité de poules dont elles reconnaïssaient de plus en plus Patilité, et les enfans demandaient souvent si la fête de Pâques n’arriverait pas bientôt.

Mais la dame étrangère était bien triste et accablée de soucis. Le vieux et fidèle Cuuon, qui l’avaieut accompagnée dans cette solitude, qui avait entrepris de temps en temps quelques

voyages

voyages pour gérer es affaires, ne pouvait plus sortir de la vallée, car sa santé dépérissait de jour en jour. A l'approche de l’automne, lorsque les feuilles commencèrent à tomber des arbres, il fut à peine en état de se trainer à la porte de la maison pour s’asseoir aux rayons du soleil, La vertueuse dame n’osait songer au moment où elle allait perdre ce brave serviteur, sa dernière ressource, et versait bien souvent des larmes. Ce qui aggravait encore sa position, c'était l’idéee que par la inort de Cunon elle serait privée de nouvelles de sa patrie, et se verrait ainsi comme ensevelie dans cette vallée retirée.

Mais un autre sujet de chagrin vint encore ajouter à sa douleur.

Les charbonniers, de retour un jour de la forêt, racontèrent au meunier qu’étant assis la nuit passée autour de leurs charbonnières, et causant ensembe, ils furent très-surpris par l’arrivée de quatre hommes arm‘s de pied en cap, et qui se disaient au service du comte de Schroffenneck, présent lui-même dans ces montagnes avec une nombreuse cavalerie.

Ces hommes, après s’être exactement informés de tout ce qui se passait dans la contrée, se retirèrent vers un endroit indiqué par le comte.

Le meunier, inquiet de ce qu’il venait d’apprendre, s’empressa d’en instruire la dame, assise

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assise au pied du lit de Cunon, auquel elle pro« diguait des soins et des consolations, En entendant le nom de Schroffeneck, la dame devint pâle et tremblante. ‘O mon Dieu! s’écriat-elle, cet homme est mon ennemi implacable.

Je crois qu’il en veut à ma vie. Je pense que les charbonniers n’auront rien dit de moi à ces étrangers! ” Le meunier la rassura, en disaut qu’il n’avait pas appris qu’il eût été question d’elle ; que les guerriers s’étaient chauffés avec les charbonniers, et avaient quitté ces derniers à la pointe du jour ; que cependant il était certain de leur présence dans les montagnes. |

‘6 Mon cher Oswald, lui dit la dame, je vous ai toujours regardé comme un homme pieux, loyal et probe depuis que vous m'avez donné un asile dans votre maison, et je ne me suis pas trompée : c’est la confiance que vous m'inspirez qui me porte aujourd'hui à vous exposer l’histoire de mes malheurs, et la peine que je ressens dans ce moment-ci ; je compte sur vos conseils, sur votre assistance, ainsi que sur votre discrétion. Le meunier porta la main droite au cœur et à la bouche, comme pour lui dire qu’eile pouvait compter sur lui. La dame lui dit: ‘ Je suis Rosalinde, fille du

duc de Bourgogne. Lorsque je fus en âze

d’être mariée, deux nobles comtes, Hannon de

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de Schroffeneck et Arno de Lindenboure, demandèrent ma main. Le premier était le plus riche et le plus puissant seigneur de tous les environs ; il possédait un grand nombre de châteaux, et commandait à de nombreux vassaux ; mais ses sentimens ne répondaient pas à ses richesses, Arno était renommé par sa bravoure et sorti d’une famille illustre ; mais les biens qu'il possédait ne pouvaient soutenir la comparaison avec ceux de l’autre, car son père, homme fort désintéressé, ne lui avait laissé qu'nn seul château qui menaçait ruine, et Jamais la pensée d'agrandir ses domaines par la violence n’avait approché de son noble cœur. Je choisis donc le vertueux mais pauvre Arno, et mon père consentit à ce choix. Ma dot fut un beau domaine d’un revenu considérable, avec plusieurs châteaux fortifiés par l'art et la nature. Nous vécûmes heureux comme les anges du ciel ; car rien ne venait troubler notre félicité. Ah! pcurquoi ces jours ont-ils été si courts ? pourquoi n’est-il pas accordé aux mortels de jouir en paix de quelques instans de bonheur ? Mais ne scrutons pas les décrets de la Providence. (Ces épreuves étaient sans doute pour notre salut.” Elle allait continuer, lorsque le fils du meunier vint avertir ce dernier qu’on le demandait, Le meunier partit,

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De retour chez lui, il apprit d’un de ses parens, établi dans une ville de la même principauté, que le bruit courait dans tout le pays qu'il y avait dans ces montagnes une illustre dame d’une haute naissance, qu’un comte recherchait pour l’enlever et en tirer une brillante rançoa en la livrant à son époux ; qu'on avait promis une grande récompense à celui qui la découvrirait.

Le meunier s’informa pius en détail de toutes les circonstances qui concernaient cet événement, et sut de cette manière qu'il s’agissait en effet de la dame Rosalinde que convoitait le comte de Schroffeneck. En homme adroit, il ne fit point paraître le trouble qui bouleversait son àme, mais il cacha la peine que lui causait cette nouvelle. Le lendemain, il prit tous les renseignemens possibles pour connaître la situation des choses, IL apprit que des émissaires de Schroffeneck continuaient à parcourir nuit et jour les environs, arrêtant et questionnant tout le monde. Son devoir était donc de veiller sur le sort de la pauvre dame qui lui avait confié ses secrets, et de tout employer pour la tirer de ce mauvais pas. Pour détourner l'attention de Schroffeneck de dessus la vallée, il eut recours à une ruse qui lui réussit à merveiile. Il chargea son parent de l’exécuter. Celui-ci partit, et

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