‹ Les œufs de Pâques [microforme]Chapitre 7 sur 17 · TR · texte numérisé non relu

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arbres furent déracinés, des quarticrs de rochers précipités du haut des collines, et, pour

comble de malheur, le feu du ciel tomba sur une grange et la consuma avec l'habitation qui y était annexée, sans queles pauvres habitans pussent en emporter quoi que ce fût. L’orage après avoir plané pendant plus d’une heure sur

cette paisible contrée, se dissipa peu à peu, et

le calme reparut.

Mais, Ô douleur ! toute la vallée n’offrit plus que l'image de la désolation ; la tristesse et le désespoir étaient peints sur toutes les fi-

ures : on n’osait s’aborder ni se questionner,

les larmes qui roulaient de tous les yeux en disaient plus que les paroles les plus énergiques, Dans le court intervalle d’une heure, ces braves gens avaient vu détruire leurs espérances de toute une année, :t il ne leur restait rien pour l'hiver, quelquefois si long et si rigoureux.

Du haut de la colline sur laquelle était si-

tuée son habitation, la bonne dame vit la dé-

tresse des habitans. Accompagnée du vieux:

Cunon et du meunier, elle descendit dans la vallée pour adresser quelques paroles de consolation à ces'gens; consternés et abattus. Dès qu’on Paperçut, chacun s’empressa de voler audevant d’elle pour lui raconter ses peines, et lui

exposer sa déplorable situation. Le cœur navré de douleur, la dame répondit aux plaintes

qui

qui lui.arrivaient detoutes parts. Elle aurait voulu soulager d’une manière plus efficace toutes les infortunes qu’elle. découvrait,. mais cela n’était pas en. son pouvoir : il fallait se contenter de gémir sur tant de désastres, et d’apprendre aux victimes. qui en. avaient été atteintes à en supporter les rigueurs avec ce calme.et cette résignation qui. les rendent méritoires aux yeux de Dieu. |

. Sans doute, dit-elle à quelques charbonniers qui se: lamentaient et désespéraïent. de l'avenir, sans doute votre sort. est affreux ; mais vous êtes chrétiens, et en cette qualité vous ne devez. jamais. perdre courage. Îgnorez-vous danc que le Dieu qui vous.a frappés est assez puissant pour vous tirer de ce cruel embarras, et changer en.joie votre deuil? Si vous avez reeu.jusqu’ici une foule de bienfaits de sa main paternelle, pourquoi n’en recevriez-vous pas aussi les‘épreuves qu'il vous envoie ? Sa bon-

té éclate-t-elle moins sur nous quand il nous.

visite dans sa colère que: quand il nous accorde

quelques. faveurs ? C’est. toujours le même

Seigneur, plein de bonté et de tendresse. Et d’ailleurs,, ne: méritons-nous pas quelquefois d’être châtiés ? Ne l’offensons-nous pas tous les jours-. Pourquoi donc nous révolter contre lui? Adorons en silence ses déerets adorables, et soumettons-nous à tout ce qu'il veut bien nou

C ce mé-

bons t de mais us ne VOUS assez arras, avez main s pas a bou-

mous envoyer. Jamaisle chrétien n’est plus grand que quand il est aux prises-avec ‘ladyer-

ssité. Il:faut du courage pour être:disciple de

Jésus-Christ, mais il:faut de l’héroisme pour porter:sa-croix:et:le ssuivre:sur le Calvaire. Le disciple-ae doit pas :être :mieux traité que ile maître :5i l’un:a souffert, l’autre doit :se résigner à souffrir aussi.’

Ce:langage, la fois si nobleet si convena- ‘ble, ;fit une impression d'autant plus ‘profonde sur les charbonniers, que :ceux«ci :sentaient toute la:justesse des :observations de la: dame. Ils se soumirent donc à l’épreuve,;et promirent de ne plus murmurer contre là Providence.

Mais ce ne futlà que le prélude des consola- -tions quela noble étrangère devait ‘leur prodiguer dans cette pénibleccirconstance. Il s’agissait de remédier aux :maux que l'orage avait causés. L'on s’occupa tout de suite :des moyens de-réparer les désastres. Avec quelle peine la ‘dame se vit obligée d’annoncer-que l’état de ses finances ne :lui:permettait pased’offrir des secours péconiaires à ces pauvres gens. Ïl ne lui restait que les ressources de donner d’utiles conseils, et de diriger les:entreprises des charbonniers pour se tirer. d'embarras. On se réunit le même soir chez:le meunier, où il fut décidé que les quatre enfans du chathonnier dont la-maison avait été la proie :des flammes

mes seraient répartis ainsi qu’il suit: la dame

prit chez elle une petite fille qui était à peu

près de l'âge de la sienne ; le meunier reçut l'aîné des garçons, auquel son âge permettait déjà de travailler un peu au moulin, et les deux autres furent placés auprès de deux veuves qui

avaient point d’enfans, et qui pouvaient se

charger de leur éducation. Ensuite la dame

rédigea un placet, qu’elle remit aux pères de

famille ayant le plus souffert, en leur apprenant la voie la plus facile pour parvenir jusqu’au-

près du prince et le lui remettre en mairs pro-

pres : elle espérait par ce moyen obtenir des

secours pour ces malheureux, et elle ne se trompa point.

Pendant que ceux-ci se rendaient à la rési-

dence du prince, la dame rédigea un autre acte

qu'elle fit apostiller par le supéiieur d’un monastère voisin, qui était son confesseur. Le vieux Cunon, accompagné de deux individus, parcourut les villages et les bourgs situés dans le rayon de dix lieues à la ronde, en présentant partout cet écrit, et en dépeignant la situation déplorable des habitans de la vallée. Bientôt des secours abondans arrivèrent de toutes parts, et en moins de deux mois le contentement reparut dans cette contrée infortunée.

Mais la dame purta encore plus loin ses vues, et chercha à consolider le bien qu’elle avait si heureusement

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heureusement commencé. Comme le bois de toute espèce abondait dans la vallée, la noble bienfaitrice suggéra aux charbonniers une idée qui leur fut très avantageuse, et leur procura par la suite une certaine aisance. Au lieu de se borner à la seule confection du charbon, elle Jeur enseigua le moyen de faire des sabots, ou: vrage qui ne nécessitait ni beaucoup de temps ni de dépenses, et auquel pouvaient s’appliquer les femmes et les enfans pendant les longs hivers au coin du feu. D’abord quelques indivis

dus élevèrent des difficultés à cet égard, mais

lorsqu’ils en connurent les heureux résultats, et virent à la fin de chaque imois de jolies petites sommes entrer dans leurs ménages, ils se rendirent à l’évidence, et prirent goût À une occupation si lucrative.

A ce premier genre de travail, la dame sut en faire joindre un autre, Dans une entrevue qu’elle eut avec l'abbé du monastère, elle apprit qu'il se trouvait dans ce couvent un frère qui était un excellent tourneur, et qui était parvenu, à l'aide d’ivstrumens et sans aucune instruction, à perfectionner toutes sortes d’ouvrages en buis, en érable et autres bois durs, et qu’on recherchait dans les villes, ce qui constituait un certain revenu pour cette maison d’ailleurs peu riche, ŒElle pria l’abbé de permettre à plusieurs jeunes gens de la vallée de

venir

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venir s’instruire auprès de ce bon frère, ce qui lui fut accordé, Ces jeunes gens ne tardèrent pas à se rendre au monastère ;. ce fut l’affaire de quelques mois, et ils retournèrent chez eux, où ils se livrèrent avec un zèle bien louable à la confection d’une fouie d’objets dont ils retirèrent beaucoup de profit. Ainsi la vallée prit de jour en jour un aspect plus florissant. Plusieurs de ces jeunes gens deviurent Gans la suite de très-bons tourneurs, et s’établirent dans des villes oùils amassèrent une certaine fortune. Combien de larmes de reconuaissunce ces braves gens versèrent en comparant l’état actuel de leur vallée à ce qu'elle était autrefois! Ce n’était plus du tout la même chose : une nouvelle vie régnait dans cette contrée, où la. nature semblait n’avoir d’abord qu’à regret accordé ses dons aux habitans ; maintenant tout avait changé de face. Autrefois, les charbonniers ue semblaient pouvoir sortir de la sphère de leur unique occupation : que de momens ils perdaient, surtout pendant les grands froidé où ils ne quitaient pas leurs chaumières ! et maintenant chaque morceau de bois, chaque racine leur présentait de l’ouvrage et les invyitait au travail! Aussi les ménages se ressentirent-ils facilement du changement survenu dans les recettes ; car plus d’une chaumière fit place à une habitation, sinon élégante, du moins plus vaste et

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et plus commode. L'ordre et la propreté në firent pas de moindres progrès, et des habits, plus soignés remplacèrent dans plus d’une: famille les vieilles saies tout enfumées.

Lorsqu’on cherchait à remercier la dame de tous ces bienfaits, elle renvoyait tous les complimens et les éloges à celui qui en était le véritabie auteur, à Dieu ; et elle disait aux charbonniers : ei:

‘6 Ce n’est pAs moi qu’il faut remercier, c’est le Seigneur qui a daigné me choisir pour être l’instrument de ses miséricordes envers vous. Et, eu.effet, que pourraient les faibles mortels: saus. son secours | C’est lui qui inspire les bonnes penséeset les résolutions généreuses ; c’est lui qui donne la force de les exécuter. C’est donc vers lui que doit monter l’encens de otre reconnaissance’?

Vers cette époque, la paisible vallée fut attristée par un nouveau malheur. Un jeune homme, qui avait quitté depuis six ansses parens et qui s’était attaché en qualité de domestique à un guerrier recommandable par.sa ;bra. youre, revint dans son pays natal. Comme il avait parcouru une foule de régions, chacun l’entoura d’abord pour entendre raconter des anecdotes vraies ou fausses qu’il débitait avec beaucoup d’assurance ; maïs on s’aperçut bientôt que dans ses voyages il avait MMA

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fort mauvaises habitudes. Sahs parler desnom: breux mensonges qu’on pouvaïtilui reprocher sans cesse, il avait coutume d’assaisonner chaque mot de quelque jurement ; H ‘était deveuu ivrogne, et ajoutait à ces défauts d’autres plus révoltans encore. La vie tranquille que menaient les habitans de la vallée ne‘lui ‘plut pas dans le principe, parce qu’ellé ne lui offrait pas assez de distractions ; il chercha donc à se procurer du plaisir, et employa podtr'y réussir tous les moyens propres à contenter ses désirs. Tous les dimanches et fêtes il sut réunir autour de

‘lai quelques jeunes gens, qui, séduits par l’at-

trait d’entendre raconter des histoire piquantes, et ne prévoyant pas le piége qu'on tendait par là à leur imezpérience, ne firent aucune difficulté de se rendre auprès de lui, Mais ils ne tardèrent pas à être victimes de leur imprus dente confiance. Cependant, eomme cela ‘arrive ordinairement, fs ne s’aperçarent pas euxmêmes da changement que la contagion du mauvais exemple ‘opérait en ‘eux : leurs parens firent da triste épreuve de ce que pouvait sur les jeunes cœurs la faneste impression du vice. Un cri d’alarme s’éleva dans tonte la vallée parmi les bons charbonniers, qui:ne virent qu’en eg le malheur ‘qui menaçait leurs ‘en.

ans. | FLE Déjà plusieurs semaines s'étaient de ans

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cher chasveutu plus me t pas ait pas e pro fr tous "Tous ur de r lataantess it par e diffiils ‘ne imprüus éla ‘ar- A3 QUX“< lu mauparens ait sur lu vice.

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dans l'anxiété sur le sort qui était réservé à la pauvre vallée, si le corrupteur de la jeunesse continuait à y résider, Quelques charbonniers mécontens consultèrent la dame pour savoir s'il n’y aurait pas moyen d’arêter le scandale, et d'empêcher la perversité de se propager.

‘t L’unique moyen qui vous reste, leur répondit l’étrangère, c est.de défendre à vos fils de fré-

quenter le jeune libertin ; car.quant à lui-même

vous ne pouvez le.chasser du pays ; il est chez ses parens. Peut-être feriez-vous bien de prier on père de lui faire quelques représentations amicales, cela pourrait lui ouvrir les yeux et le faire rentrer en lui-même.”

. Les charbonniers suivirent ces conseils, défendirent sévèrement à leurs fils toute communication avec le jeune homme, et allèrent ensuite trouver le père de celui-ci pour le conjurer d’user de son influence paternelle, afin de ramener à d’autres sentimens cette brebis égarée, et.qui en égarait tant d’autres. Le père promit tout.

Le dimanche suivant, le jeune homme fut dans un désappointement complet en ne voyant pas arriver ses compagnons de jeu et de plaisir.

Jlattendit ea vain pendant deux heures qu’ils

vinssent le prendre chez lui; alors, ne sachant à

quoi attribuer cette défection, il s’en plaignit à son.vieux père. Celui-ci prit occasion pour lui

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adresser : de:graves reproches:sur les scandales ma qu’ilavait donnésaux jeunes gens: depuis :son lui “arrivée dans Ha vallée, et:lui “représonta de tort ma qu'illeur’faisaitpar:ses mauvais ‘exemples. «46 pèr Vous-en-répondrez:un jour devant Dieu, ajou- lard -tast-il,:et vous lai rendrez compte de tout le mal pou ‘que vôtre conduite aura causé .”? port

iLe jeune libertin ‘interrompit bresquement. çère :son: père, de traltai de vieux radoteur, de'bigot, À Le. ‘étilui imposarsilence, en le:menaçant d'employer ! bon

‘d’autres moyens’s'il:s'avisait:encore-une'fuis de E On: ‘Jui faire des reprathes, et de'troubler ses pitt h rige sirs. à brut

Le père, sans se ’haïsser intimider, reprit : a Cor

-parole.-et dit à’'ee'fils dénaturé'que Dieu,'ha re- À SE re Jigion’et la -nature ‘lui faisaient un Üevoir de À mili rappéler. de ses désordres un’eñfantqui‘seper- (€ ‘dait, et qu’il aimait mieux s’exposer aux mau- | JEU xais’traitemens ‘d’un lingrat que d'eneoutir la ff blit ‘disgrâce du'Seigneur. À ‘Furieux ese-voir'aimsi: .admenesté par ‘son père, le Jeune homme sortit avec précipitation Æ ‘de la maison, ‘et:alla oublier son chagrin de se 4 ! voir seul dans Pauberge d’un village voisin. A ©X€ Là, il'but outre. mesure, et passa:toute/ha soirée À à exhaler sa colère contre l’auteur de'ses jours. Il rentra fort ‘tard à'la nraison paterneite, fit un tapage ‘épouvantäble ‘pour provoquer ‘son père ; mais’ celui-ci, sachant qu’on ne gagne jamais

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mais rien à résister à des gens pris de vin, ne lui répondit riem Ce silence si prudent irrita le mauvais sujet, au point qu’il se jeta sur son père-et le-battit eruellement. Aux cris du vieitlard, les charbonniers du. voisinage accoururent pour lui porter sécours ; maïs ils trouvèrent la porte soigneusement fermée, Alors ils menacèrent de l’enfoncer pour délivrer la victime. Le jeune homme ouvrit,.et croyant avoir aussi bon compte des robustes charbonniers que de son. vieux pères il tomba sur eux. pour les cor-

riger aussi ; mais ceux: ci,. arrêtèrent l’homme

brutai, et lui administrèrent à leur tour une correction. parfaitement bien: appliquée, dont. il. se ressentit pendant plusieurs jours. Cette humiliation produisit un excellent effet sur lui: comme ilcraignait d'être la. risée. des autres jeunes gens, il les évita de lui: même,,ce qui établit une rupture totale entre. eux et lui. Se voyant ainsi abandonné et méprisé, ce jeune malheureux finit par reconuaître.ses torts, les répara par une meilleure: conduite, ct devint fort sage par la suite. Ainsidisparut le mauvais. exemple parmi ces:braves gens.

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