CHAPITRE V
La fête des œufs rouges,
Et rennes
L'été et l’automne avaient disparu pour faire
place à l’hiver, qui fitsentirses rigueurs daos cette vallée. Les petites chaumières, couvertes de neïge pendant plusieurs mois, étaient confondues dans ce deuil de la nature: on n’en
distinguait plus que les cheminées, du haut desquelles s’échappait une fumée noirâtre, qui se mélait aux brouillards si communs dans les:
vallons. Les sentiers qui serpentaient le long des rochers étaient comblés, le moulin silencieux manquait d’eau ; car l'onde, durcie par le
souffle des vents, était suspendue en glaçons
de cristal aux rochers du ravin. On ne pou-
vait se voir qu'avec une difficulté extrême ;
aussi la joie des habitans de la vallée fut-elle à son comble lorsque la neige fondit, et que l’aimable printemps vint rendre la vie à la nature.
La dame était heureuse d’avoir alors des la. .
pins et des œufs, car elle en faisait sa nourriture
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ture ordinaire avec des légumes qu'elle avait conservés. Les enfans ne se firent pas attendre long-temps, êt cueillirent les premières
. violettes et primevères pour. les apporter aux
enfans de la dame inconnue, Edmond et. Blade. Dès que les prairies émaillees de. fleurs pré-
sentèrent, leur luxe,. ces enfans recounaissans en: ramassèrent une.quantité, en firent.des ;cou-
ronnes, et les offrirent à Edmond et à sa petits
sœur. Les diverses nuances deces fleurs de:
champs flattaient agréablement la vue, et prouvaient l’attention des petits villageois envers:la dame, qui, ayait donné des poules à:leurs parens,
et qui leur avait appris à lire. ‘Il faut bien, dit la noble étrangère, queje cherche aussi à faire quelque plaisir à ces bonsenfans. Je veux
le jour de Pâques leur donner .une petite fète champètre ; car c’est une heureuse idée de marquer ces jours-là par quelque réjouissance pour ces enfans, À Noël, je les ai régalés de pom-
mes et de noix ;. mais à cette époque: de l’an-
née on n’a pas d’autre.chose à leur donner que .des œufs.
| ture ; les arbres et les plantes n'ont. eucore ni
Tout est.encore stérile dans la-na-
fruits ni fepilles : les œufs sont les. preripes dons de la nature. - |
—Mais, disait Marthe, ces gs sont. sous
dune même couleur ;.le. blanc est sans doute hiep beau par son éclat, mais les. différentes
vuances
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nuances des fruits, surtout le bel incarnat des pommes, l'emportent cependant sur cette Couleur monotone.
—Tu me donneslà une bonne idée, rhère Marthe, et je vais la mettre à profit. Je vais
faire des œufs durs, et les téindre pendant
qu’ils seront encore chauds : cette diversité de couleurs causera certainement un vrai plaisir
aux enfans.”?
La dame, qui était fort instruite, connaissait diverses plantes et racines dont on sé servait pour teindre. Elle colora donc des œufs, les
. ans en couleur d’azur, les autres en jauué de
citron, en rouge de feu et de rose: quelquesuns furent enveloppés dans des feuilles vertes dont ils-retracèrent les nuances, ce qui les rendait très-beau ; sur quelques-uns elle inscrivit des devises. |
‘6: Ces œufs teints de diverses couleurs, dit le meunier en les examinant, conviennent parfaitement au jour de fête ; car la nature dépose dépose ses habits de deuil pour se revêtir des charmes du printemps.” Puis s’adressant à la dame : ‘* Vous imitez, lui dit-il, le bon Dieu,
quine se contente pas de nous donver des
fruits dont la saveur nous ravit, mais dont les
‘couleurs réjouissent la vue; aïnsi les cerises
sont rouges, les prunes violettes, les poires jaunes : vos œufs présentent toutes ces coue leurs.” Le
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Le jour de Pâques fut cette année-là un, magnifique ; jour de printemps, un vrai jour de résurrection de, la nature, le soleil s’était montré dans toute sa.splendeur:sur l'horizon dégagé de tout nuage ; l'air était pur et invitait les paisibles habitaus. de; la vallée à jouir. de son. heureuse, influence ;-tout semblait respirer une vie
nouvelle, Les. prairies présentaient partout l’as-
pect le plns varié par toutes sortes de fleurs ; les .collines offraient une. nourriture saine et agréable aux vaches et.aux chèvres ; les bourgeons des arbres s’épanouissaient ; eu ua. mof, la. nature.rajeunie étalait partout son. luxe et
sa mapnificence. .
Déjà ayant le lever du. soleil, ire din. ac-
-compagnés. du vieux, Cunon, était partie pour assister à la sainte messe, dans l’église dela pa-
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roisse dont dépendait la vallée: cette. église était située au-delà des montagnes, à plus de deuxlieues de l’endroit qu’elle. habitait. ‘Les
pères et les .enfans auxquels l’âge permettait de frire ce trajet, .s’y.rendirent de: même. La dame-était montée sur.le mulet, que le domes-
tique conduisait : elle fut donc de. retour: chez elle à midi,:tandis que Jes autres fidèles de la
vallée ve revinrent que vers le soir.
A peine la dame fut-elle de retour, que. tous les enfans de l’âge d’Edmond et. de Blande.
que les parens.avaient laissés à la: maison, et
qui
qui avaient été invités à la petite fête, sem. prescèrent de la rejoindre, et montèrent gatment'avec ellé sur la petite Colline. | La dame les conduisit 'au-jardin! qüéles soîns du vieux Cunon avaient singulièrement embelli l'été dernier. On avait plaeé une tablé ovale, couverte d’un tapis, tôût près d’én' bloc de granit, qui formait comme un mur ; la térre était sablée, ce qui Contrastait trèsibien avec des bancs de gazon dont la fraîche verdure of. frait un beau coup.d’œil. Les ‘erfans, ayant au milieu d'eux Edmond et Blande, s’assirent autour de Ja table. La joie et le bonheur étaient peints dans leurs yeux; qui trakissaient leur inpatience de savoir ce qu’on‘leur préparait, En‘effet, cette réunion de têtes blondes ‘et brunes, de figures naïvés ét émpfeintes de cette fieur de santé propre à cet âge, offrait un coup-d'œil'charmant. La dame en fut émer- ‘veillée, ‘La plus belle couronne de fleurs, ‘dit-elle, fut-elle de roses et de lis, n’est point à ‘comparer à l’éclat de cette brillante jeunesse.” Eîle ‘embrassa tendrement ces bons enfans.
Après üné courte prière, elle leur expôsa, d’une ‘manière précise et tout-à-fait à leur portée, le mystère que fa religion de Jésus-Christ solennise en ce beau jour, afin dé provoquer dans leurs tendres cœurs une vive réconnaissance envers le divin Messie, qui est ressuscité d’en- ” tre
4 Me pai-
ins belale, ‘de érre avec e Of= yant irent heur aient ‘épandes es de it un émereurs, vint à ssgé 7 fans.
d’une 6e, le olendans sance d’entre
tre:les morts. Les enfans avaient écouté avec beaucoup d’attention l’histoire du triomphe du Fils de Dieu, de ce digne ami.de l’enfance, qui répand des grâces particulières sur ceux qui . l’aiment bien et qui-ne l’offensent pas. Quelques-uns d’entre eux avaient déjà appris tout cela, mais ils aimèrent à.,se le rappeler. Ensuite où leur servit dans une terrine du lait chaud dans lequel on avait délayé des œufs. Chaque enfant avait devant lui. une. petite. écuelle en terre cuite que la dame.rem lit de lait 3 ca qui régala bien tous les enfans. Après ‘cela, la, dame ouvrit une petite porte qui conduisait dans un petit boisde sapin contigu au jardin. , Un tendre tapis de gazon s’éteudait d’un ar-.. bre à un autre. “ Eh bien ! ! leur dit la dame, chacun d’entre vous ramassera sur les rochers et les arbres un, peu de mousse dont il fera un nid, et qu'il. déposera où il voudra/*. Qn. lui obéit à l'instant. Ceux qui ne-réussirent pas tout de suite dans: cet ouvrage furent aïdés par. les autres. Chacun avait soin de remarque le. nid qu’il avait cusfectionné, afin de le reconnaître. Leur plaisir se. trahissait à chaque moment parles questions qu’ils se faisaient tout bas, ne sachant à quoi allaient, servir tous ces nids. Quand tout fut arrangé, ils rentrèrent au jardin. Nouvelle surprise, Ua magnifique gâteau, dans lequel les œufs. n’a-
vaient
NÉ. Da 0 PR SSP À 3 NID femme mans
vaient pasété épargnés, et fait en fôrme de
couronne, était placé sur la table. La’danie
le partagen entre ses petits convives; pendant
qu'ils mangeaient, Marthe, instruite davtiés, se glissa davs le bois avec un panier plein
d'œufs, et en déposa quelques-uns dans chaque
nid, sans rien déranger. Ces œufs bleus, rouges
jauñes. et bigarrés, faisaient le plus bel' effet : au »
milieu de la mousse verte. :
Lorsque les enfans eurent fini de manger h dame leur dit : ‘ Allons au petit bois voir ce’ qué sont devenus les nids” Quels cris dé joie! quel enthousiasme! quelle confusion ! Dans.
chaque nid'ôn voyait cinq œufs de la même
coulevr, et sur l'œuf du milieu était inscrite une’bélle devisé. Leslecteurs jugèront de l’ivresse que l'aspect dé tout cela produisit parmi
cétte jeunesse.”" * Des’ œufs rouges, s’écriait | l’un, mon nid ne contient que dés œufs rouges.
Et le mien des bléus : ah! ils sont de la cou-
leur du ciél, disait un autre.—Et les miens sont jaunes, mais d’un jaune plus éclatant que les
primevèrés, même que le papillon qui vol là-
bäs: Et lés miens'sont plus beaux que tout cela, car ils sont de toutes les couleurs. Etlés
niféns ont les couleurs de l'arc-en-ciél.——Ah ! qué je voudrais donc voir les poules qui pon-
dént de tels œufs ! qu'elles doivent être belles
s’écria un petit garcon.
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