SAY DE FR ANCOYS D
Sagon Secrétaire de labbe de
fain£l EburoLil. Contenant
la refponcc a deux
cpiftres de
Clément Maroc recire a Ferrure.
L'une adreflfancc au Roy crefchreilicoi
L'autre a deux damoyfclles fcurs.
VELA DEQ^VOY.
Auec Vne Refponcc a ccluy qui a cfcrîpc que limprimeur de ce prefeiic liurc auoit beaucoup perdu alimpref' fjon diceluy.
Les fcmblables font a vendre a Paris a l'cnCeignc du poc caile.
Cette reproduction en fac-similé et celles qui vont suivre ont été exécutées partie sur le recueil de la bibliothèque de l'Arsenal, dont il sera question plus loin^ partie sur celui de feu M. James de Rothschild.
A M. Emile Picot, membre de l'Institut, qui voulut bien entr'ouvrir pour nous les précieuses vitrines de la bibliothèque Rothschild, à M. Henri Martin, conservateur de l'Arsenal, doivent aller toute notre gratitude et celle de nos lecteurs.
344 Vie de Clément Marot.
Sagon proclame que le roi fit très bonne mine à lui et à son présent :
Quant efl; au Roy, ce coup ne luy fafcha, Car vng traiét d'œil gratieux me lafcha, Quant l'entrepris, par uertueufe audace.
Le luy offrir...
Et Sagon se hâte de protester contre l'accusation de vénalité que Marot lui jeta à la face à tout propos aussitôt après l'apparition du Coup d'essay :
... Efperant feulle grâce Et non falaire ou temporel guerdon D'eftat, d'argent, d'office ou d'aultre don. l'ay, grâce à Dieu, vn maiffre qui m'en Hure Aultant qu'il fault pour honneflement viure.
Marot avait envoyé son épître au roi pour lui présenter sa défense vers le milieu de i535; VÉpistre aux deux sœurs était venue peu après ; les deux pièces durent franchir les monts et commencer à circuler en France à la fin de l'année. Les vers de Sagon coulèrent de source une fois qu'il eut enfourché le roussin qui lui tenait lieu de Pégase, mais une certaine méditation avait été nécessaire à leur incubation. Ce fut donc au cours des premiers mois de l'an i536 que Sagon, se trouvant à Lyon, présenta à François I^^ l'enfant qu'il venait de mettre au monde sur la grand'route. Il est hors de doute que le Coup d'essay de Sagon fit à son tour le voyage d'Italie et alla trouver Marot dans son exil, mais il ne semble pas que le poète y ait d'abord prêté grande attention. Dans le troisième Coq-à-l'asne à Jamet, daté de Venise (fin juillet i536), faisant allusion à Sagon, dont il dit :
C'eft un mefchant fol & flatteur,
Infigne diffîmulateur
Et vindicatif à oultrance.
Marot conclut :
Il en a fai6l son coup d'efTay.
Cependant, il n'ajoute rien de plus. Il ignorait évidem-
Vie de Clément xMarot. 345
ment tout le mal qu'en ce moment Sagon et ses acolytes se donnaient, en France, pour le perdre. Sagon en effet avait trouvé un auxiliaire passionné en la personne de Jean Leblond, seigneur de Brouville, qui, tandis que les amis de Marot multipliaient leurs démarches pour obtenir la grâce du poète et faciliter sa rentrée, adressait au roi deux épîtres, où il suppliait le souverain de ne point se laisser prendre aux douceurs du style marotique et de maintenir les rigueurs de l'arrêt d'exil (i). Mais quand Marot, sur le point de rentrer, eût appris les intrigues de son déloyal adversaire, il lui décocha non plus « deux satyriques vers », comme dit Sagon, mais une pièce tout entière. Cependant, pour faire paraître cette pièce, dirigée à la fois contre Sagon et contre la Huetterie, Marot, par mesure de prudence peut-être, se dissimula derrière un ami, Charles Fontaines, qui fit imprimer sous son nom VEpistre à Sagon et à la Hueîerie. Cette pièce date bien de la fin de 1 536 ou du commencement de 1 SSj ; elle ne fait allusion à aucune des compositions qui furent échangées par la suite entre les parties belligérantes; toutes ses critiques, toute ses railleries se rapportent uniquement aux vers du Coup d'essaypxxhWé déjà depuis un certain temps. Nous devons avouer que nous fûmes d'abord dupe de la supercherie, et crûmes de très bonne foi que Charles Fontaines en était l'auteur véritable. L'attribution qui en fut faite à Marot dans l'édition de ses œuvres de 1543 nous paraissait tout à fait arbitraire, et nous l'imputions à l'imprimeur, dont Marot, pensions-nous, n'avait pu rectifier l'erreur à cause de son absence forcée. C'est précisément le contraire qui est la vérité. La pièce est de Marot, ou, tout au moins, il y mit et son inspiration et son empreinte. Et nous ne savons pas encore exactement pour quelle raison de haute stratégie il crut devoir l'attribuer à Fontaines. Mais, dans l'édition de i543, l'éditeur rendait bien à Marot ce qui appartenait à Marot. Ce qui nous a permis d'éclaircir cette question doublement intéressante au point de vue de la propriété et de la chro-
(i) La première de ces épîtres nom du « général Chambor ». de Jean Leblond parut sous le
346 Vie de Clément Marot.
nologie, c'est la découverte que nous fîmes par la suite d'un recueil de poésies de Sagon relatives à cette querelle, lesquelles abondent en détail des plus précis. Dans la pièce que nous avons citée plus haut, Sagon déclarait déjà formellement que ces vers sont de Marot (i). Dans une pièce parue postérieurement, il renouvelle cette affirmation, prenant à partie Charles Fontaines et lui reprochant d'avoir prêté son nom
Pour mal faid d'aultruy aduouer.
Et il ajoute :
Scais tu pas bien que ton epiflre Eft trois fois imprimée au tiftre De Marot, ton maiftre & régent?
T'a il donné or ou argent Pour confeffer l'epiftre tienne (2) ?
Sagon relève ensuite avec un soin minutieux toutes les corrections qui ont été faites au texte primitif, et ces retouches apportent une démonstration nouvelle que la main du maître y a passé et que cette épître a été « reforgée » par Marot. C'est ce qui lui permet, comme conclusion, d'affirmer ailleurs, avec une énergie sûre d'elle-même, que Marot est bien l'auteur de ces vers :
Dieu gard Marot qui feit tant à Lyon Qu'il m'enuoya vne epiftre imprimée De la façon au mieulx qu'il peuft rymée, Et pour autant que Sagon la reprint, La defaduoue & Fontaynes la print.
(Le Dieu Gard de Sagon à Marot.)
Telle est l'histoire de cette épître. Et si Marot, dans un intérêt de polémique, s'est dérobé sous le nom de son ami; si cette petite ruse a pu nous égarer dans l'attri-
(l) Sagon dit à ce propos : Ton nom y eft, ce n'eft donc menterie...
Scays-tu pas bien qu'à Lyon retourné, , \ j~- r ^- j- • i
Ungaultreefcript,partoyfaia& tourné, (2) CotlfusatlOn aUX dlSClfleS
Me fut transmys & à Hueterie ? dudict Marot par ledict Sagon.
bution première que nous avions faite de ces vers, il est hors de conteste, d'après ces déclarations, qu'ils reviennent bien à Marot et qu'il ne peut y avoir de doute sur la paternité de ces vers en présence de ces affirmations de Sagon, en présence surtout de l'aveu tardif de Marot leur donnant droit de cité parmi ses autres œuvres.
Dans cette épître, l'attaque était menée avec une grande vigueur contre « l,es deux secrétaires » : Sagon, secrétaire de Félix de Brie, abbé de Saint-Évroult, et Charles de la Huetterie, secrétaire du duc de Vendôme. C'est surtout leur talent poétique qui était mis en cause :
le ne veulx doncq trancher du parangon Pour me monstrer ennemy de Sagon; le ne prêtent ne plaid ne huterie Avec Sagon ne la Hueterie; Ce nonobftant f'ilz en veulent à moy, le n'en feray, ie croye, en grand efmoy, Car ie voy bien à peu près que leur veine Eft un petit trop débile & trop vaine Pour bien iouer. Gela très bien ie fcay A veoir fans plus leur poure coup d'eflay.
Après les avoir raillé sur l'insuffisance de leur mérite poétique, l'auteur leur donne un conseil qui paraît ne pouvoir venir que de Marot ou d'un autre lui-même. Ne croirait-on pas entendre la voix de l'exilé admonestant ces artisans de cabale et d'intrigue qui voudraient profiter de son absence pour le mettre à bas et le supplanter? Ecoutez ce conseil qui ressemble à une menace :
Sage n'eft pas celluy qui fe foulace
A dire mal, penfant acquérir grâce ;
Et mefmement qui dit mal de celuy
Qui ne f'en doubte & eft bien loin de luy,
Dont il prétend auoir le lieu & gages;
Mais beau temps vient après pluie & orages.
La fin de l'épître s'étend avec complaisance sur des fautes de prosodie commises par les deux secrétaires. Elles sont relevées avec une implacable rigueur, sans qu'il leur
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soit fait grâce d'une seule; c'est une vengeance de poète à poète.
Mais, reprenons le récit des faits et de leur enchaînement. Aussitôt que Sagon eut connaissance de cette épître, il n'eut garde de la laisser sans réponse :
D'vne refponce ay l'epiftre pourveue Et fuis certain, Clément, que tu l'as veue; Mais en craignant par trop te déprimer Oncq ne voulus ces deux faire imprimer.
Nous ne savons si cette réponse de Sagon fut imprimée par la suite; en tout cas, elle s'e^t égarée en chemin et nous ignorons ce qu'elle contenait. Mais il semble qu'à partir de ce moment il y ait eu, pour un temps du moins, comme une détente entre les deux adversaires, comme une suspension d'hostilités. L'esprit de Marot nourrissait bien d'autres préoccupations que le soin de répondre à Sagon. Il obtenait alors la permission de rentrer en France et la joie qu'il en concevait ne laissait point place à d'autres pensées. Quant à Sagon, qu'avait-ii mieux à faire que de rester tranquille, puisqu'il pouvait dire, pour le moment, que le dernier mot lui restait?
De longs mois se passèrent ainsi sans que les deux rivaux eussent occasion de se retrouver et de se porter de nouveaux coups. Sagon nous indique la durée approximative de cette trêve passagère :
T'en as elle fix mois depuis ce temps
Très bien venu (au moins comme i'entendz)
Auec les grans & les petitz de France
Où, toft après la tienne deliurance,
Tu falluas chacun en fon efgard
Par vn efcript qu'on nomme ton Dieu gard.
Les vieilles rancunes semblaient assoupies; les deux ennemis paraissaient vivre chacun de son côté, sans souci l'un de l'autre. Le hasard les mit face à face chez la reine de Navarre. Pour fixer l'époque de cette rencontre, il suffit d'ajouter à la date du retour de Marot les six mois
Vie de Clément Marot. 849
indiqués parSagon. Marot était rentré en France dans les premières semaines de décembre 1 336, ce fut vers la mi-juin 1 537 que Sagon le revit pour la première fois depuis l'altercation que tous deux avaient eue au château d'AIençon. Il y a concordance parfaite entre ce qui est dit par Sagon et les renseignements que fournissent les lettres de Marguerite. Nous y voyons en effet que cette princesse avait passé le commencement de Tété iS^j au pont de Saint-Cloud et que, vers la fin de juin ou les premiers jours de juillet, la santé de son mari n'éprouvant aucune amélioration dans cette résidence, elle la quitta pour le château de Vanves.
Cette digression était nécessaire pour exposer ce qu'était devenu Sagon et ce qu'il avait fait depuis la séparation imprévue et violente de nos héros. Nous voici revenus tout juste au point où nous avait menés notre récit, à ce coup de hasard qui mit Marot en présence de Sagon. De cette entrevue mémorable allait sonir pendant quelques mois une guerre aussi terrible et furieuse que celle immortalisée par Homère dans son poème épique sur le combat des rats et des grenouilles.
Comment les choses se passèrent-elles?
Le « page de Sagon », Mathieu de Boutigny, va nous l'apprendre : ou plutôt Sagon lui-même par la bouche de son soi-disant page, dont nous reproduisons les dires en ayant soin de faire observer qu'il est bon de n'accepter le témoignage que sous bénéfice d'inventaire :
Mon maiftre & luy au pont Saind-Cloud fe veirent
G'eft puys deux moys : tu fcays qu'ilz f'entredirent.
Et m y euft en bref temps & feiour
Des deux parts dictz un dieu gard & boniour.
Au fort la reine aflife lors en table
Y fervira de tefmoin véritable.
(Le rabais du caquet de Fripelippes et de Marot.)
Naturellement, dans cette entrevue, le page de Sagon ne pouvait donner le beau rôle à Marot, il le représente comme ayant eu l'attitude piteuse :
Poure Marot, par ma foy, tu trembloys Encor plus fort que quand tu fus à Blois,
35o Vie de Clément Marot.
Fuyant le feu de la fureur civile Qui pourchaffoit ta charogne fi vile...
Voilà déjà comme un avant- goût des politesses que vont bientôt se renvoyer les combattants. Après avoir montré Marot sous le jour le plus défavorable, le page de Sagon hisse son maître sur un piédestal :
Et que faifoit mon maiftre cependant?
Il étoit là, fon honneur deffendant, Et refpondoit à vn Bonadventure Qui lui fefoit de maintz cas ouuerture; Puis, ne fâchant contenance tenir, Ton maiftre fut l'abbé entretenir, Qui luy feit bien en peu d'heure fa uefte Dont ce Marot eut fi grande molefte Que, par vn deuil dont il fe defpita, Monfieur l'abbé honteusement quifta.
Dans une des pièces de la Deffense de Sagon, cette entrevue est également l'objet d'une mention spéciale :
T'ay ie pas veu depuis chez une reine
Au pont Saind-Gloud fur le fleuve de Seine?
Marot aurait en cette circonstance gardé un silence calculé, afin de mieux induire l'innocent Sagon en erreur et de lui faire croire que c'en était fini de leur querelle, qu'il ne serait plus échangé un seul mot entre eux :
Ta langue ou bouche à moy tant ennemye Ne me dift oncq parolle ni demye...
Bref tu n'euz oncq de parler hardiefle ; l'en faitz tefmoing toute cefte noblefle Qui me peuft veoir à la reine parler ; Or, de propos qu'auons à demefler Tu ne dis rien, & me^mis en vn fonge En concevant la fin de ton menfonge.
Il est à noter que Sagon est seul historien de cette entrevue, et certainement il a eu soin de ne point présenter les choses à son désavantage. Il prend des attitudes de défi, tandis qu'il nous représente Marot humilié, petit, se
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repliant sur lui-même. Nous serions du reste assez disposés à croire que, dans cette rencontre, Sagon ait tranché du brave et redressé la tête; on n'était plus dans le parc d'Alençon ; ici, nul danger à courir, et Marot se fût-il livré à quelque écart de mauvaise humeur, vingt personnes y eussent coupé court sur-le-champ. Il est vraisemblable, d'autre part, que Marot se tint sur ses gardes, précisément à cause du souvenir qu'il avait conservé des violences auxquelles il s'était livré à Alençon; il ne voulait ni ne pouvait retomber dans les mêmes emportements en présence de la reine de Navarre; l'étiquette lui commandait le respect. Sagon peut donc avoir raison jusqu'à un certain point dans sa façon de présenter les faits. Sagon triomphe du silence de Marot. Mais Marot en avait trop long à dire pour régler ses comptes devant la noble assistance au milieu de laquelle il se trouvait. Quant à Sagon, sans incriminer sa bonne foi, il est permis de douter qu'il se fît l'illusion de croire, comme il le dit, que sa querelle avec Marot était terminée.
Quelle qu'ait été cette entrevue, bien loin d'apaiser les dissentiments des deux poètes, elle ne fit que meure le feu aux poudres et donna le signal d'une guerre où les belligérants firent assaut de grossièretés et prirent plaisir à se jeter à la tête les injures les plus malpropres ramassées dans le ruisseau des halles.
La vue de Sagon, et probablement son attitude, en faisant revivre dans l'imagination de Marot tout un passé de persécutions, de souffrances et d'exil, avait rallumé sa haine et lui avait soufflé au cœur le désir delà vengeance. Peu après, notre poète donna le signal des hostilités en faisant paraître une pièce intitulée : Le Valet de Marot contre Sagon. Ce valet de Marot prend le nom de Frippelippes. Et pour qu'il ne puisse y avoir doute sur l'intention qui inspira ce pamphlet, la page de frontispices représente Frippelippes levant une trique dont il corrige à tour de bras un singe qu'il tient en laisse. Ce singe est désigné sous le nom de Sagouin, corruption du nom de Sagon destinée à mettre l'ironie à la portée des moins clairvoyants. Dans cette pièce, Marot (car Frippelippes n'est qu'un nom d'emprunt et sa livrée qu'un déguise-