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savoient céder et plier devant l'orage, quand il devenoit trop violent , et patiemment ils attendoient les jours meilleurs. Ils savoient faire des traités, pactes, compositions avec les capitaines anglois, qui s'étoient emparés des villes et châteaux voisins. Ils payoient ainsi la sufferte, pour qu'on les laissât en paix moissonner ou semer , voyager et commercer. Ils payoient encore les brigandeaux les plus rapprochés, pour que ceux-ci abandonnassent leurs châteaux fortifiés. Puis quand les temps devenoient moins rudes, quand la ville étoit bien remparée, quand les murailles et les ponts étoient bien hérissés de buissons, quand on avoit semé l,/iOO chausse- trapes, — à 3 livres chacune, vraiment, — dans les endroits guéables de la rivière, quand on avoit soulevé tout le pays contre l'Anglois, on relevoit la tête. On mettoit en campagne les illustres engins de guerre, la casa, la brida. On parvenoit parfois même à convaincre quelque voisin débonnaire que c' étoit sa cause qui étoit en question, on lui louoit les bombardes et les grandes arbalestes de la bonne ville, et l'on alloit en guerre, avec ses alliés. Là, c'est-à-dire dans les alliés, étoit un danger plus grand peut-être encore que dans les ennemis. C'étoiten de telles occasions que se déployoit toute Thabileté politique de messieurs les consuls. Il falloit persuader aux alliés dangereux, sans les blesser, qu'il étoit convenable pour eux de passer à quelque distance de la cité. Les alliés douteux, on alloit les recevoir au bout du Vieux-Pont avec les « trompettes et hautbois » de la ville, on les combloit de compliments et de confitures, et on les faisoit filer le long des fortifications extérieures. Quand ces alliés empressés insistoient pour entrer, pleins de zèle pour la défense de la bonne ville, on ajoutoit beaucoup de setiers d'avoine et de marcs d'argent aux confitures, et l'on répondoit fièrement que « Caors estoit assez fort et sçauroit bien se défepdre tout seul. » Mais quand, à l'entrée de la nuit, on avoit sonné la retraite avec la grosse cloche nommée Chasse-Ribaut, il n'y avoit plus que la garde de la ville qui marchât pour le bon ordre et pour éviter les surprises.
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On peut, je crois, maintenant prendre ime idée générale de la ville et du pays où Clément Marot devoit passer les dix premières années de sa vie.
Les qualités et défauts inhérents à la race quercynoise avoient dû trouver tout leur développement au milieu de cette existence accidentée. Ces hommes de haute taille , élancés, au nez aquilin, aux dents éclatantes, dont le teint, les cheveux, la physionomie et peut-être aussi le caractère présentoient je ne sais quoi qui faisoit immédiatement songer à une origine africaine, ces gens sombres, taciturnes, cruels et batailleurs, avec des élans de vivacité qui sentoient le voisinage du Languedoc, cette race industrieuse, prudente, âpre au gain, calculant toute chance, ne s'aventurant jamais, aimant les gros profits à peu de risques , cette race avoit eu dans la guerre de cent ans l'occasion de déployer tous les éléments de sa nature. L'on peut se figurer incultes et semés de débris le long plateau et les vallées que nous avons décrits, et l'on aura le Quercy du xv" siècle. Quant à la ville de Cahors, elle présentoit plus de remparts et moins de ruines qu'aujourd'hui. Toutefois, les pierres du cirque avoient déjà servi à bâtir bien des maisons; la démolition de l'aqueduc étoit commencée, parce qu'il offroit aux ennemis des facilités d'embuscade; plusieurs églises étoient abandonnées; plusieurs des grands hôtels, — comme celui de Duesa , qui appartenoit à la famille du pape Jean XXII, — tomboient au milieu des cours désertes. Si l'on veut penser à tous ces détails et à ceux que nous avons donnés» aux pages précédentes, on pourra aisément se rendre compte de la situation de la capitale du Quercy, en l'an 1471.
C'est à cette époque que nous voyons pour la première fois cité dans les comptes des consuls le nom d'un étranger nommé Jehan Marot. D'où venoit-il? Les archives de l'université, du tabellionage, de la vicomte de Caen, peuvent répondre à cette question et confirmer le renseignement donné par Huet, qui déclare que la famille de Marot habitoit à Matthieu , village situé à une heure et demie de Caen.
A une date, que je ne retrouve pas, de la fin du xv'' siècle, les actes du tabellionage nous disent que Pierre Fresnel , fils et héritier de Jehannotin Fresnel de Matthieu vend à Jehan le Paulmier de ladite paroisse une rente de quarante sols tournois en échange d'une pièce de terre sise à Matthieu, jouxte Pierre Marot d'une part et les religieux de Barberey de l'autre, butte d'un bout à Guillaume Marot et d'autre part sur la Haulte voye. A la date du 5 mars l/j63, Michel Marot et Thomine, sa femme, fille et héritière de feu Jacques de Carseigny de la paroisse de Bourguébus, vendent à Raoul de Foubert-Folie une rente de quatre sols tournois. Le 1*'" juillet 1487, Jehan Marot de la paroisse de Matthieu quitte et délaisse à Richard la Perrelle, de la paroisse de Periers , une demi acre de terre dépendant de 1 a vavassorerie Tallebot , relevant du roi , dont ledit preneur consent à payer les droits. Du 23 mars 1492, les registres de l'université de Caen nous disent « Jacobus et Johannes Mares, (liai Marot, de Cadomo, prestant juramentum pro scolaritate. » En 1496, les mêmes registres nous parlent de Pierre Marot. En 1528, Robin Marot vend une pièce de terre sise à Matthieu. Enfin, pour nous arrêter là, nous voyons « une vavassorerie de Gieffroy Marot, de la paroisse de Matthieu , dont ledit Marot estl'ainsné, laquelle est subjecte dufief de Vauville, assis également en ladicte paroisse. » De tout cela nous pouvons conclure que la famille Mares (Des Mares, Des Marets, « moi Jehan Desmarets. Alias Marot, » comme notre Jehan se nomme lui-même), qui prenoit dans presque tous ses actes le surnom de Marot , étoit nombreuse, avoit son siège principal à Matthieu et que, appartenant à la petite bourgeoisie, elle étoit, abstraction faite de l'aide que devoit donner la gloire de Jehan et de Clément, en chemin de prendre rang dans la moyenne bourgeoisie. Nous trouvons plusieurs autres Marot en Picardie, en Bretagne, en Poitou, qui de 1458 à 1523 reçoivent des lettres de rémission pour divers crimes par eux commis. Nous signalons ces Marot dévoyés sans songer à en faire honneur à la famille de notre poète.
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Quelles circonstances avoient pvi amener Jehan Marot en Quercy? Le seul renseignement que nous ayons pu avoir jusqu'ici sur sa jeunesse, il nous le donne lui-même en revenant fréquemment et de diverses façons sur cette idée que sa première éducation avoit été négligée. Et Pierre Rofîet, en publiant la première édition des œuvres de Jehan, sous Tœil de son fils Clément, confirme ce renseignement, en admirant comment de telles poésies avoient pu sortir d'un esprit qui n' avoit pas cultivé les lettres grecques et latines. Pour nous , nous devons nous borner à constater, d'après les annalistes du Quercy, les cinq causes principales qui attiroient alors les étrangers dans la province : l'université, le pèlerinage de Rocamadour, la guerre , le commerce et les grands avantages qui étoient faits à ceux qui venoient de toutes parts habiter et repeupler le pays ravagé. L'université de Cahors! Pierre Reflet nous indique que ce ne dut pas être là ce qui attira Jehan Marot, quoiqu'elle fût célèbre alors et que la renommée de Jacques de Costa y amenât bien des écoliers des pays éloignés. Peu d'années avant l'arrivée de Marot en Quercy, nous y trouvons un gentilhomme venant de Normandie apporter pieusement un calice d'argent doré à Notre-Dame-de-Rocamadour. J'en veux conclure seulement que le chemin étoit connu aux gens du pays de Sapience. Ils connaissoient mieux sans doute les toiles , le lin , les vins dont Cahors faisoit grand commerce. Est-ce la marchandise qui conduisit là notre Marot, ou les hasards de la guerre de Guyenne qui finissoit à peine en H72?
Quelle position occupa-t-il dans la ville? Les rôles ne le disent pas. Nous apprenons seulement qu'il épousa vers l/i71 la fille unique et héritière d'un bourgeois de Cahors nommé Rosières ou Rousières, laquelle habitoit dans le quartier du Pont-Vieux, qui s'étendoit entre ce pont et la Porte-Neuve. Elle possédoit là une maison, et quelques vignes dans le voisinage de la ville.
A partir de cette date, Marot, selon l'usage et coutume du Quercy qui imposoit aux étrangers mariés dans la ville l'obli-
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gation de joindre à leur nom celui de leur femme, fut connu sous le nom de Jehan Marot-Rosières. C'est ainsi qu'il est nommé dans le rôle de la taille. Il payoit pour la maison et les vignes que nous venons d'indiquer quinze sols. Nos annalistes remarquent que sa condition devoit être fort médiocre, puisqu'il y avoit des habitants qui étoient taxés jusqu'à dixhuit livres. En 1480, les comptes des consuls nous mettent sur la voie de quelque changement arrivé à l'existence de Jehan Marot. Ils nous parlent des héritiers de Marot-Rosières, au nom desquels la taille est inscrite. Je crois pouvoir en conclure que notre poëte, après avoir perdu sa femme, avoit quitté la ville en laissant aux soins de la famille paternelle les enfants qu'il auroit eus de cette première épouse. Les héritiers Marot- Rosières sont désormais taxés à dix-sept, vingt ou vingt-deux sous de taille ; et peut-être faut-îl voir un des frères aînés ou beau-frère de Clément dans ce Gaubert Marot qui habitoit la maison ci-devant dite dans le quartier du Pont-Vieux.
Que devint Jehan Marot de l/jSl à Ih^h, D'après l'hypothèse la plus vraisemblable , il dut suivre à la cour de France quelque seigneur ecclésiastique ou laïque, dont il devint le secrétaire, pour qui et auprès de qui il fit, sans doute, ces études qui pourroient suppléer au défaut de l'éducation première. Est-ce alors qu'il mit au jour quelqu'une de ses petites pièces, quelques-uns de ces rondeaux un peu lestes qui lui sont attribués? Il revint toutefois à Cahorset, selon toute apparence, il épousa la fille de quelque autre bourgeois de la ville, puisqu'il est certain que Clément naquit là et qu'il n'est pas à supposer que Jehan ait amené une femme étrangère et l'ait établie dans la ville même où vivoit la parenté de sa première épouse. Clément désigne, du reste, très-clairement le patois quercynois comme la langue de sa mère.^
1. Je me suis guidé du mieux que j'ai pu au milieu de renseignements nouveaux, non encore discutés, fort vagues d'ailleurs, et rendus plus obscurs encore par les affirmations un pou légères des anciens annalistes du Quercy. Peut-être ceux qui s'occuperont après moi de la vie de Marot arri-
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Clément Marot naquit vers 1^97. Au printemps de 1526, il nous dit qu'il est en France depuis 20 ans, et qu'il n'avoit pas dix ans quand il y vint. Cela donne non pas H95, comme on l'a dit jusqu'ici et comme je l'ai écrit moi-même, un peu légèrement, mais 1497, si l'on traduit, comme cela paraît logique, « n'ayant dix ans », par ayant près de dix ans.
Ces dix années qui s'écoulèrent entre la naissance de notre poëte et son départ pour la France, n'amenèrent pas de grands événements dans la ville de Cahors. La vie bourgeoise suivoit son cours ordinaire. La peste sévissoit bien en Quercy, mais Cahors avoit été tant de fois protégé par saint Ambroise et par la dévotion envers l'insigne relique du saint Suaire, que l'on n'y songeoit pas trop. La grosse cause de préoccupation étoit la querelle entre Antoine de Lusech et Benoît de Jean. Le premier, conformément au concile de Bâle et à la pragmatique sanction, avoit été nommé évêque de Cahors, en 1^93, par le chapitre, le second avoit reçu ses bulles du pape et étoit soutenu, sur l'ordre du roi Charles VIII, par Raymond de Cardaillac, sénéchal du Quercy et par Guy de Losières, maître d'hôtel de la maison du roi.
En ce temps de paix, l'université de Cahors étoit dans toute sa splendeur : on y comptoit plus de /(OOO écoliers. En l'an 1498, Nicolas de Rochechouart soutint pendant trois jours des thèses en droit canonique, dont il fut longtemps parlé. Il y avoit grande assemblée pour honorer le récipiendaire, et Louis d'Albret, Louis d'Amboise, évêque d'Âlby,lesévêques de Cahors, de Sarlat, et une grande partie de la noblesse du Quercy, voulurent assister aux disputes publiques. En 1499, il se fit « un célèbre mariage » entre Jacques de Castelnau et Françoise de Turenne. En 1500, on acheva la restauration du Pont- Vieux. Le 9 décembre de cette même année, George d'Amboise, ministre d'État, écrivit à l'évêque de Cahors qu'il eût à envoyer,
veront-ils à des atGrmations moins hypothétiques. Je me promets, du reste , d'exposer, pour l'agrément des érudits , les textes et les syllogismes qui m'ont amené à choisir ces hypothèses entre dix autres.