‹ Les œuvres complètes de Marcel SchwobChapitre 5 sur 22 · PAUL BOURGET · texte numérisé non relu

PAUL BOURGET

Et Pierre Quillard expliquait ce qu'il voyait de nouveau dans le recueil de contes :

" Mercredi, 23 novembre 1892.

" Mon cher Ami,

" J'ose à peine, autrement que pour vous remercier, vous écrire, à cause de l'impudeur qu'il y a à parler de littérature dans une lettre et de la honte aussi de s'appliquer, au lieu de causer, et de devenir, ne fût-ce qu'une minute, parent de Mme de Sévigné. Et cependant j'ignore quand les dieux me feront vous rencontrer et j'aimerais ne pas vous redire le dernier ce que tant d'autres personnes infiniment plus subtiles que moi vous auront dit déjà. Aussi bien je crois que, selon votre désir, les personnages multicolores de ce livre n'appa-raissent point si divers à qui veut bien réfléchir et représentent, sous des costumes empruntés à des âges assez variés, le même jeu d'instincts et de passions élémentaires. Oui, ce furent, certes, ces rois et ces vagabonds et ces eunuques, de mysté-rieux systèmes de molécules anarchiques et d'obscures per-ceptions. Mais (et n'est-ce point par là que vous avez été démiurge), vous avez suffisamment défini et déterminé par des mots — au fond nous ne savons que des mots — ces existences pas plus irréelles que la nôtre, pour qu'elles nous donnent l'illusion de l'autonomie, de l'unité et de la cons-cience...

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