DE LA VILLE DE FORTERESSE
Quelque temps après que feu -considéré les horribles dangers de la guerre, desquels Dieu m'avoit merveilleusement délivré, il me print envie de désigner et pourtraire l'ordonnance de quelque ville, en laquelle on peust estre asseuré au temps de guerre : mais considérant les furieuses batteries desquelles aujourd'huy les hommes s'aident, j'estois presque hors d'espérance et estois tous les jours la teste baissée, craignant de voir quelque chose qui me fist oublier les choses que je voulois penser : car mon esprit *voltigeoit tantost en une ville et tantost en l'autre, en me travaillant pour remémorer les forces d'icelles, et sçavoir si je me pourrois aider en partie de l'ordonnance d'icelles pour servir à mon dessein : mais je trouvay en toutes, une manière de faire fort contraire à mon opinion : car les habitans les fortifient, en rompant les maisons qui sont joignant les murailles de la cloison de la Ville et font de grandes allées entre les maisons et lesdites murailles : et cela, disent-ils, estre nécessaire pour batailler, défendre et traîner toute espèce d'engin et artillerie : mais je trouvay aussi que c'estoit pour faire tuer beaucoup d'hommes, et n'ay jamais sceu persuader en mon esprit qu'une telle intention fust bonne : et m'asseure que si du temps que les colomnes furent inventées, l'artillerie eust régné comme elle fait à présent que nos anciens édificateurs n'eussent point édifié les Villes avec séparation des maisons aux murailles. Et quoy? en temps de Paix les murailles sont inutiles, quelques grands thrésors et labeurs qui y ayent esté employez. Ayant donc considéré ces choses, je trouvay que lesdites Villes ne me pouvoient servir d'aucun exemplaire, veu que quand les murailles sont gagnées, la ville est contrainte se rendre. Voilà bien un pau-
vre corps de Ville quand les membres ne se peuvent consolider et aider l'un l'autre. Brief, toutes telles Villes sont mal désignées, attendu que les membres ne sont point concathenez avec le corps principal. Il est fort aisé de battre le corps, si les membres ne donnent aucun secours. Quoy voyant, j'ostay mon espérance de prendre aucun exemplaire és villes qui sont édifiées à présent, ains transportay mon esprit pour contempler les pourtraits des compartimens et autres figures qui ont esté faites par maistre Jacques du Cerseau et plusieurs autres pourtrayeurs. Je regarday aussi les plans et figures de Victruve et Sébastiane et autres Architectes, pour voir si je pourrois trouver en leurs pourtraits quelque chose qui me peust servir pour inventer ladite ville de forteresse : mais jamais il ne me fut possible de trouver aucun pourtrait qui me sçeust aider à cest affaire. Quoy voyant, je m'en allay comme un homme transporté de son esprit, la teste baissée, sans saluer ni regarder personne, à cause de mon affection qui estoit occupée à ladite ville, et m'en allant, ainsi faisant, visiter tous les jardins les plus excellens qu'il me fut possible de trouver (et ce, à fin de voir s'il y avoit quelque figure de labyrinthe inventée par Dédalus, ou quelque parterre qui me peust servir à mon dessein), il ne me fust possible de trouver rien qui contentast mon esprit. Alors je commençay d'aller par les bois, montagnes et vallées pour voir si je trouverois quelque industrieux animal, qui eust fait quelque maison industrieuse : ce que cerchant, j'en vis un très-grand nombre qui me rendit tout estonné de la grande industrie que Dieu leur avoit donnée : et entre les autres, je fus fort esmerveillé d'une forteresse, que l'oriou avoit faite pour la sauve-garde de ses petits, car ladite forteresse estoit pendue en l'air par une admirable industrie : toutesfois, je ne peu là rien profiter pour mon affaire. Je vis aussi une jeune limace qui bastissoit sa maison et forteresse de sa propre
salive : et cela faisoit-elle petit à petit par divers jours : car ayans prins ladite limace, je trouvay que le bord de sort bastiment estoit encore liquide et le surplus dur, et cogneus lors qu'il falloit quelque temps pour endurcir la salive de laquelle elle bastissoit son fort. Adonc je prins grande occasion de glorifier Dieu en toutes ses merveilles et trouvay que cela me pourroit quelque peu aider à mon affaire : pour le moins, cela m'encouragea et me tint en espérance de parvenir à mon dessein : alors bien joyeux, je me pourmenay deçà delà, d'un costé et d'autre, pourvoir si je pourrois encore apprendre quelque industrie sur les bastiments des animaux, ce qui dura l'espace de plusieurs mois, en exerçant toutesfois tousjours mon art de terre pour nourrir ma famille. Après que plusieurs jours j'eu demeuré en ce débat d'esprit, j'avisay de me transporter sur le rivage et rochers de la mer Océane, où j'apperceu tant de diverses espèces de maisons et forteresses que certains petits poissons avoyent faites de leur propre liqueur et salive, que deslors je commençay à penser que je pourrois trouver là quelque chose de bon pour mon affaire. Adonc, je commençay à contempler l'industrie de toutes ces espèces de poissons pour apprendre quelque chose d'eux, en commençant des plus grands aux plus petits : je trouvay des choses qui me rendoyent tout confus, à cause de la merveilleuse providence Divine qui avoit eu ainsi soin de ces créatures, tellement que je trouvay que celles qui sont de moindre estime, Dieu les a pourveuës de la plus grande industrie que non pas les autres : car pensant trouver quelque grande industrie et excellente sapience ès gros poissons, je n'y trouvay rien d'industrieux, ce qui me fit considérer qu'ils estoyent assez armez, craints et redoutez, à cause de leur grandeur, et qu'ils n'avoyent besoin d'autres armures : mais quant est des foibles, je trouvay que Dieu leur avoit donné industrie, de sçavoir faire des forteresses merveil-
leusement excellentes à rencontre des brigues de leurs ennemis : j'apperceu aussi que les batailles et brigueries de la mer, estoyent sans comparaison plus grandes esdits animaux que non pas celles de la terre, et vis que la luxure de là mer estoit plus grande que celle de la terre et que sans comparaison, elle produit plus de fruit. Ayant donc prins affection de contempler de bien près ces choses, je prins garde qu'il y avoit un nombre infini de poissons qui estoyent si faibles de leur nature qu'il n'y avoit aucune apparence de vie, fors qu'une forme de liqueur baveuse, comme sont les huîtres, les moucles (moules), les sourdons, les pétoncles, les availlons, les palourdes (pélorides), les dailles (pholades), leshourmeaux, les gembles et un nombre infiny de burgaux (limaçons) de diverses espèces et grandeurs. Tous ces poissons susdits sont foibles, comme je t'ay çy devant dit : mais quoy ? voicy à présent une chose admirable, qui est que Dieu a eu si grand soin d'eux qu'il leur a donné industrie de se sçavoir faire à chacun d'eux une maison, construite et nivelée par une telle Géométrie et Architecture, que jamais Salomon en toute sa Sapience ne sceut faire chose semblable : et quand mesme tous les esprits des humains seroient assemblez en un, ils n'en sçauroient avoir fait le plus moindre traict. Quand j'eu contemplé toutes ces choses, je tombay sur ma face et en adorant Dieu, me prins à escrier en mon esprit, en disant, O bon Dieu ! je puis à présent dire, comme le Prophète David ton serviteur : Et qu'est-ce que de l'homme, que tu as eu souvenance de luy ? et que mesme tu as fait toutes ces choses pour son service et commodité ! toutesfois, Seigneur, il n'a honte de s'élever contre toy, pour destruire et mettre à néant ceux que tu as envoyez en la terre, pour annoncer ta justice et jugement aux hommes. O bon Dieu ! et qui sera celuy qui ne s'esmerveillera de ta patience merveilleuse ? Jusques à quand laisseras-tu souffrir et endurer les Prophètes et esleus
que tu as mis à la mercy de ceux qui ne cessent de les tormenter ? Ce fait, je me pourmenay sur les rochers pour contempler de plus près les excellentes merveilles de Dieu, et ayant trouvé certains gembles qu'on appelle autrement œils de bouc, j'apperceu qu'ils estoyent armez par une grande industrie : car n'ayans qu'une coquille sur le dos, ils s'attachoyent contre les rochers, en telle sorte que je pense qu'il n'y a nul poisson en la mer, tant soit-il furieux qui le sceust arracher de ladite roche. Et quand on veut arracher ledit poisson qui n'est que bave ou une liqueur endurcie, si on faille du premier coup de l'arracher, en mettant un couteau entre la roche et luy, il se viendra si fort resserrer et joindre à la roche, qu'il n'est pas possible de l'arracher, qui est chose admirable, veu la foiblesse de son estre. L'hourmeau, et plusieurs autres espèces s'attachent en cas pareil : car autrement leurs ennemis les devoreroyent soudain. N'est-ce pas aussi chose admirable de l'hérisson de mer ? lequel par ce que sa coquille est assez foible, Dieu luy a donné moyen de sçavoir faire plusieurs espines piquantes, par dessus son halecret (sa cuirasse) et forteresse, tellement qu'estant attaché sur la roche, on ne le sçauroit prendre sans se piquer. N'est-ce pas une chose admirable, de voir les poissons qui sont armez de deux coquilles ? Si tu considères les pétoncles et les sourdons et plusieurs autres espèces, tu trouveras une industrie telle qu'elle te donnera occasion de rabaisser ta gloire. As-tu jamais veu chose faite de main d'homme qui se peust rassembler si justement que font les deux coquilles et harnois desdits sourdons et pétoncles ? Certes il est impossible aux hommes de faire le semblable. Penses-tu que ces petites concavitez et nervures qui sont auxdites coquilles, soyent faites seulement par ornement, et beauté ? Non, non : il y a quelque chose d'avantage : Cela augmente en telle sorte la force de ladite forteresse, comme feroyent certains
arcboutans appuyez contre une muraille pour la consolider : et de ce n'en faut douter, j'en croiray tousjours les Architectes de bon jugement. Penses-tu que les poissons qui érigent leurs forteresses par lignes aspirales ou en formé de limace, que ce soit sans quelque raison? Non, ce n'est pas pour la beauté seulement, il y a bien autre chose. Tu dois entendre qu'il y a plusieurs poissons qui ont le museau si pointu qu'ils mangeroyent la plus part des susdits poissons, si leur maison estoit droicte : mais quand ils sont assaillis par leurs ennemis à la porte, en se retirant au dedans, ils se retirent en vironnant, et suivant le traict de la ligne aspirale : et par tel moyen, leurs ennemis ne leur peuvent nuire. Quoy considéré, ce n'est pas donc pour la beauté que ces choses sont ainsi faites, ains pour la force. Qui sera l'homme si ingrat, qui n'adorera le souverain Architecte, en contemplant les choses susdites ! Me pourmenant ainsi sur les rochers, je voyois des merveilles qui me donnoyent occasion de crier, en ensuivant le Prophète : Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous : mais à ton Nom donne gloire et honneur, et commencay à penser en moy-mesme que je ne pourrois trouver aucune chose de meilleur conseil pour faire le dessein de ma Ville de forteresse : lors je me mis à regarder lequel de tous les poissons seroit trouvé le plus industrieux en l'Architecture, à fin de prendre quelque conseil de son industrie. Or en ce temps-là, un Bourgeois de la Rochelle nommé l'Hermite, m'avoit fait présent de deux coquilles bien grosses, sçavoir est, de la coquille d'un pourpre (Murex L.), et l'autre d'un buxine (buccin) lesquelles avoyent esté apportées de la Guinée, et estoyent toutes deux faites en façon de limace et ligne aspirale : mais celle du buxine estoit plus forte et plus grande que l'autre, toutesfois veu le propos que j'ay tenu cy dessus, c'est que Dieu a donné plus d'industrie és choses foibles, que non pas aux fortes, je m'arrestay à contempler de plus
près la coquille du pourpre que non pas celle du buxine, parce que je m'asseurois, que Dieu luy auroit donné quelque chose d'avantage, pour récompenser sa foiblesse. Et ainsi, estant long-temps arresté sur ces pensées j'avisay en la coquille du pourpre, qu'il y avoit un nombre de pointes assez grosses qui estoyent à Pentour de ladite coquille : je m'asseuray deslors, que non sans cause lesdites cornes avoyent esté formées, et que cela estoit autant de ballouars (boulevards) et défenses, pour la forteresse et retraitte dudit pourpre. Quoy voyant, ne trouvay rien meilleur pour édifier ma Ville de forteresse, que de prendre exemple sur la forteresse dudit pourpre et pris quant et quant un compas, reigle et autres outils nécessaires, pour faire mon portrait. Premièrement, je fis la figure d'une grande place quarrée, à Pentour de laquelle je fis le plan d'un grand nombre de maisons, ausquelles je mis les fenestres, portes et boutiques, ayans toutes leur regard devers la partie extérieure du plan et rues de la Ville, et auprès d'un des anglets de ladite place, je fis le plan d'un grand portai, sur lequel je marquay le plan de la maison, ou demeurance du principal Gouverneur de ladite Ville, à fin que nul n'entrast en ladite place, sans le congé du Gouverneur et à Pentour de ladite place, je fis le plan de certains auvans ou basses galleries pour tenir l'artillerie à couvert et fis le plan en telle sorte que les murailles du devant de la gallerie serviront de défense et de batterie, y ayant plusieurs canonnières tout autour qui auront toutes leur regard au centre de ladite place, à fin que si les ennemis entroyent par mine en ladite place, que tout en un moment, on eust moyen de les exterminer : quoy fait, je commençay un bout de rue, à l'issue dudit portail, environnant le plan des maisons que j'avois marquées, à l'endroit de ladite place, voulant édifier ma Ville en forme et ligne aspirale, et ensuivant la forme et industrie du pourpre : mais quand j'eu un peu pensé à mon affaire,
j'apperceus que le devoir du canon, est de jouer par lignes directes et que si ma Ville estoit totalement édifiée, suivant la ligne aspirale, que le canon ne pourroit jouer par les rues, parquoy, je m'avisay deslors de suivre Pindustrie dudit pourpre, seulement en ce qu'il me pouvoit servir, et je commençay à marquer le plan de la première rue, près de la place, environnant à Pentour, en forme quarrée : et ce fait, je marquay les habitations à Pentour de ladite rue, ayans toutes le regard, entrées et issues devers le centre de ladite place ? et ainsi, se trouva une rue, ayant quatre faces à Pentour du premier rang qui est à Pentour du milieu, et environnant, suivant la coquille du pourpre : et ce toutesfois par lignes directes. Je vins derechef marquer une rue à Pentour de la première, aussi en vironnant : et après que ces deux rues furent pourtraites, avec les maisons nécessaires à Pentour, je commençay à suivre le mesme trait pour pourtraire la troisième rue : mais parce que la place et les deux rues d'alentour d'icelle avoyent grandement eslongné le trait, je trouvay bon de bailler huit faces à la seconde rue : et ce, pour plusieurs raisons. Quand la troisième rue fut ainsi pourtraite, avec les maisons requises à Pentour, je trouvay mon invention fort bonne et utile, et vins encore à marquer et pourtraire une autre rue semblable à la troisième, sçavoir est, à huit faces, et tousjours en vironnant. Ce fait, je trouvay que ladite Ville estoit assez spacieuse et vins à marquer les maisons à Pentour de ladite rue, joignant les murailles de la Ville, lesquelles murailles j'allay pourtraire jointes avec les maisons de la rue prochaine d'icelles. Lors ayant ainsi fait mon dessein, il me sembla que ma Ville se moquoit de toutes les autres : parce que toutes les murailles des autres Villes sont inutiles en temps de Paix, et celles que je fais serviront en tout temps, pour habitation à ceux mesmes qui exerceront plusieurs arts, en gardant ladite ville. Item, ayant fait mon pourtrait, je
trouvay que les murailles de toutes les maisons servoyent d'autant d'esperons, et de quelque côté que le canon sçeust frapper contre ladite ville, qu'il trouveroit tousjours les murailles par le long : or eh la Ville, il n'y aura qu'une rue et une entrée qui ira tousjours en vironnant, et ce, par lignes directes, d'anglet en anglet, jusques à la place qui est au milieu de la ville : et en chacun coin et anglet des faces desdites rues, y aura un portail double et vosté (voûté), et au dessus de chacun d'iceux, une haute batterie ou plateforme, tellement qu'aux deux anglets de chacune face, on pourra battre en tout temps de coin en coin à couvert par le moyen desdits portaux vostez : et ce, sans que les Canonniers puissent aucunement estre offensez. Ayant ainsi fait mon pourtrait, et estant bien asseuré, que mon invention estoit bonne, je dis en mon esprit : je me puis bien vanter à présent que si le Roy vouloit édifier une ville de forteresse en quelque partie de son Royaume, que je luy donneray un pourtrait, plan et modelle d'une ville la plus imprenable qui soit aujourd'huy entre les hommes : c'est à sçavoir, en ce qui consiste en l'art de Géométrie et Architecture, exceptez les lieux que Dieu a fortifiez par nature.
Et premièrement, si une ville est édifiée jouxte le modelle et pourtrait que j'ay fait, elle sera imprenable
Pâr multitude de gens, — Par multitude de coups de canon, — Par feu, — Par mine, — Par eschelles, — Par famine, — Par trahison, — Par sapes.
Exposition d'aucuns articles.
Aucuns trouveront estrange l'article de la trahison, mais il est ainsi que quand les dix ou douze parts de la Ville, et mesme les Gouverneurs d'icelle auroient fait complot avec les ennemis, pour livrer la Ville, il n'est en leur puissance de la livrer, pourveu qu'il y ait une petite partie de
la ville qui vueille résister, parce que Tordre des bastimens sera si bien concathené, qu'il faudroit nécessairement, que tous les habitans fussent consentans à la trahison, devant quelle peust estre livrée, et la conjuration générale ne se pourroit jamais faire, que le Prince ne fust adverty.
Item, on s'esbahira de ce que je dis quelle sera par famine imprenable : Je le dis, parce quelle se pourra garder à bien peu de gens : Je le dis à bien peu, car quand bien peu de gens auroient du biscuit pour certaines années, il n'y aura si furieux canonniers, ny si subtils ingénieux qui ne soyent contraints de lever le siège de devant une telle ville, voire à leur confusion.
Item, on s'estonnera de ce que je dis, qu'elle seroit imprenable par sapes, mais je dis d'avantage que quand les ennemis auroient sapé et emporté les fondemens de tout le circuit de la ville et qu'ils les eussent jettez aux abysmes de la mer, si est-ce que par tel moyen les habitans n'auront occasion de s'estonner, parce que les murailles demeureront encore debout comme auparavant. Et quand il adviendroit que les ennemis se fussent opiniastrez d'avantage et qu'ils eussent rué tout à l'entour du circuit des murailles, autant de coups de canons qu'il pourroit tomber de gouttes d'eau durant les pluyes de quinze jours et par tel moyen, ils eussent mis tout le circuit des murailles à petits morceaux comme chapple, c'est à dire, mis les murailles à bas et en friche, si est-ce que pour cela, la ville ne seroit aucunement perdue, ny les habitans blessez en leurs personnes.
Et qui plus est, quand les ennemis se seroyent encore plus opiniastrez et qu'ils eussent brisé une carrière tout à travers de la ville, et qu'ils peussent passer et repasser à travers de ladite ville jusques au nombre de quarante de front, trainans avec eux toutes espèces d'engins et artillerie, si est-ce qu'ils n'auroient pas encore gagné la ville : ce que je sçay qui sera trouvé fort estrange.
Je dis aussi que quand les ennemis auroient trouvé le moyen par une subtile mine, de sortir en une place, qui sera au milieu de la ville, et qu'ils seroient entrez en ladite ville, en si grand nombre d'hommes et artillerie que toute ladite place fust pleine de gens bien armez, si est-ce que par tel moyen ils n'auront gagné aucune chose, sinon raccourcissement de leurs jours.
Et quand il adviendroit que les ennemis auroient fait une telle approche que par multitude de gens ils eussent fait des montagnes qui fussent si hautes que les énnemis peussent avoir veuë jusques au pavé des rues prochaines des murailles, pour jetter des boulets et toutes espèces d'engins et feux estranges, par tel moyen les habitans ne recevront aucun dommage, sinon seulement la peur et l'empoisonnement des mauvaises fumées qui pourroient estre jettées en la rue prochaine des murailles, et non és autres.
Item, l'ordre de la Ville sera édifié d'une telle subtilité et invention, que mesme les enfans au dessus de six ans pourront aider à la défendre le jour des assaux, voire sans desplacer aucun de sa place et demeurance et sans se mettre en aucun danger de leurs personnes.
Je sçay bien qu'aucuns se voudront moquer, toutesfois je m'asseure de tout ce qui est dit cy-dessus, et suis prest à exposer ma vie, quand je n'en feray apparoir la vérité par modelle, auquel seront démonstrées les utilitez et secrets de ladite forteresse, tellement que par ledit modelle, un chacun cognoistra la vérité, tout ainsi comme si la ville estoit édifiée.
DEMANDE
Tu fais cy dessus une promesse bien téméraire, de dire que par pourtrait et plan, tu feras aisément entendre que ce que tu as dit de la ville de forteresse contient vérité. Pourquoy est-ce donc que tu n'a mis en ce livre le pourtrait et
plan de ladite Ville? car par là on eust peu juger si ton dire contient vérité.
RESPONCE
Tu as bien mal retenu mon propos : car je ne t'ay pas dit que par le plan et pourtrait on peust juger le total, mais avec le plan et pourtrait, j'ay adjousté qu'il estoit requis faire un modelle, veu qu'il n'y auroit aucune raison de le faire à mes despens. Je t'ay assez dit que la chose méritoit récompense : parquoy, c'est une chose juste que le labeur dudit modelle soit payé aux despens de ceux qui le voudront avoir. Or si tu sçais quelqu'un qui aye vouloir d'avoir un modelle de mon invention, tu me le pourras addresser, ce. que j'espère que feras. En cest endroit, je prieray le Seigneur Dieu, te tenir en sa garde.
Quant au reste, si je cognois ce mien second livre estre .approuvé par gens à ce cognoissans, je mettray en lumière le troisiesme livre que je feray cy après, lequel traittera du palais et plate-forme de refuge, de diverses espèces de terres, tant des argileuses, que des autres : aussi sera parlé de la Merle (marne), qui sert à fumer les autres terres. Item, sera parlé dans la mesure des vaisseaux antiques, aussi des esmails, des feux, des accidens qui surviennent par le feu, de la manière de calciner et sublimer par divers moyens, dont les fourneaux seront figurez audit livre.
Après que j'auray érigé mes fourneaux Alchimistals, je prendray la cervelle de plusieurs qualitez de personnes, pour examiner et sçavoir la cause d'un si grand nombre de folies qu'ils ont en la teste, à fin de faire un troisiesme livre, auquel seront contenus les remèdes et réceptes pour guérir leurs pernicieuses folies.