CHAPITRE IX
Mariage de Madame Ysabeau de Navarre. — La Mommerie des quatre damoyselles et YEpistre présentée à Madame de Navarre. — Marot veut tuer Sagon dans le parc d'Alençon. — Voyage du poète à Vauluisant, à Lorris, à Blois. — L'affaire des placards : Marot prend le large. — Conséquence de l'affaire des placards : le bûcher, la potence, la prison. — Grande procession expiatoire du 21 janvier i535. — Une liste de proscription. — On perquisitionne chez Marot : la bibliothèque du poète.
E mariage de Madame Ysabeau, sœur du roi de Navarre, à René de Rohan-Frontenay, comte de Penhoët, prince de Léon, eut lieu le 16 août 1534. Des fêtes splendides furent données au château d'Alençon pour célébrer cet heureux événement. Les courtisans s'y rendirent en foule, et Marot était du nombre des invités, les poètes ayant toujours un rôle à jouer dans ces solennités. Maître Clément composa pour la circonstance la Mommerie des quatre damoyselles, sorte de compliment à la mariée, rimé en quatre strophes, et récité par quatre demoiselles, dont deux « portant des esles » et les deux autres « vestues de blanc ». Suivaient deux autres strophes, destinées à être dites par la plus jeune et par l'aînée des quatre demoiselles en offrant aux mariés un menu cadeau. Le sujet n'avait rien qui échauffât particulièrement la verve et les vers de Marot pèchent un peu par manque d'inspiration. Le théâtre, à cette époque, était encore dans son
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enfance. Mais, à défaut de pièces régulières, les grands personnages se contentaient de ce que l'on appelait alors des mômeries et des mascarades : un costume plus ou moins adapté au rôle, un dialogue primitif, il n'en fallait pas davantage pour les distraire. Marguerite avait un goût particulier pour ce genre d'exhibitions scéniques et elle le conserva dans sa retraite de Nérac et de Pau. Nous avons le témoignage de Brantôme sur ce trait du caractère de la reine de Navarre. « Elle composoit, dit-il, des commedies et des moralitez qu'on appeloit en ce temps-là des pastoralles qu'elle faisoit iouer et représenter par les filles de sa court (i). » Marot connaissait les goûts de sa protectrice. Dans la circonstance, ils devaient tout à la fois fournir au poète et le moyen de plaire à Marguerite et l'occasion de manifester avec un certain éclat, voire avec quelque imprudence, son antipathie contre la Sorbonne. Voici le badinage qu'il imagina. Le bruit de la campagne menée contre Marguerite étant arrivé jusqu'aux oreilles de Penthésilée, dans les champs Elyséens, cette reine des Amazones dépêche trois de ses nymphes qui ne sont autres que la Foi, l'Espérance et la Charité, l'une représentée par Madame Ysabeau. Elles sont spécialement chargées d'apporter à Madame Marguerite la nouvelle
De la deffai&e & prompt definement De celle race inutille & contraire A ce bon Chrift.
Les trois vertus théologales transformées en amazones messagères de la fille de Mars! Il y aurait, de nos jours, dans ce mélange de mythologie et de catholicisme, de quoi surprendre les spectateurs les plus indulgents. Mais au xvie siècle on n'était point si difficile en matière de vraisemblance scénique et c'était avec conviction que Marot faisait sous cette forme sa cour à Marguerite. La reine dut en être charmée, puisque cette « mômerie » lui
(i) Brantôme, Des dames, éd. Navarre par Madame Ysabeau