‹ Les œuvres de Hugues de Saint-Victor: essai critiqueChapitre 11 sur 39 · VIII. De cantico B. Marise · texte numérisé non relu

VIII. De cantico B. Marise

Les anciens éditeurs avaient pareillement introduit dans les A llégories cette glose sur le Magnificat^ quelquefois intitulée Explanatio in Canticum B, Mariœ. Elle y était assurément mal placée. Dans la nouvelle édition, comme dans les manuscrits, c'est une œuvre à part. Cette glose, dont le prologue, quelquefois absent, commence par Maximam hanc in divinis scripturis difficultatem invenio, a plusieurs fois été publiée sous le nom de saint Augustin (1) : mais les

(1) Voir l'édition des Œuvres de ce Père qui a été donnée par les Bénédictins. Appendice du t. VI, col. 247.

auteurs de V Histoire littéraire soutiennent qu'il faut Tattribuer au chanoine de Saint- Victor, parce qu'on y trouve la réfutation de deux opinions fort accréditées de son temps : « La première, disent-ils, est de « ceux qui prétendaient que chaque homme a deux c< âmes, Tune sensuelle, l'autre raisonnable. La c/ seconde consistait à nier que Dieu puisse faire les a choses meilleures qu'elles ne sont, ou qu'il puisse « s'abstenir de faire ce qu'il fait. » Oui, c'est à bon droit que nos vénérables prédécesseurs restituent la glose sur le Magnificat au chanoine de Saint- Victor; mais, à notre avis, ils justifient très mal cette restitution. En effet, l'opinion qui consiste à soumettre la volonté divine à la loi d'une détermination nécessaire, a toujours eu des partisans dans l'Église catholique. Quelques-uns des Pères les mieux famés y ont souscrit : un des plus exercés d'entre les théologiens modernes, Alexandre de Halès, a tristement déclaré qu'il ne pouvait se défendre de l'admettre. Il y a là des difficultés que l'on évite, nous le savons, avec le plus grand soin, depuis qu'on a négligé l'étude des choses pour celle des mots ; mais autrefois on était moins prudent. Quant à la thèse des deux âmes, elle a toujours été contradictoirement discutée. Pour les ^emps anciens, nous avons la déclaration de Gennadius dans son livre De Dogmatibus ecclesiasticis, oii il s'exprime ainsi : Neque duas animas esse dicimus in homine uno^ sicut Jacobus et alii Syrorum scribunt; unam animalem, qua animetur corpus, et immixta sit sanguini; et alteram spiritualem, qux rationem ministret, Sed dicimus unam et eamdem esse, etc., etc.

Cette thèse des deux âmes fut reproduite au xn*" siècle, nous ne Tignorons pas; mais saint Thomas nous fait connaître qu'on l'agitait encore au xiii% et, avant de la combattre, il en nomme un des premiers auteurs. Or ce n'est pas quelque moine de son temps ; c'est, dit-il, Platon. Enfin, il n'y avait pas de question plus vivement disputée dans les premières années du XIV® siècle, comme nous l'apprend en ces termes un historien de l'Université de Paris : Aliquando enim firmiter asserunt ipsorum aliqui totam hominis substantiam unica forma substantiali^ multas habente virtutes, esse contentam : alii vero, ex adverso, démonsirant animam sensitivam et intellectivam in homine quidditativa et substantiali diversitate distingui (1). Nous pourrions multiplier les témoignages; mais ceux-là suffisent pour montrer combien les auteurs de V Histoire littéraire se sont trompés, en croyant trouver la date de cet opuscule et le certificat de son origine dans les préoccupations doctrinales de celui qui l'a composé. Ils prouvent mieux qu'il convient de l'attribuer à Hugues de Saint-Victor lorsqu'ils font remarquer, dans la glose sur le Magnificat et dans la Somme des Sentences i^)^ la même définition des quatre sortes de crainte dont il est parlé dans les livres saints. En la recherchant ailleurs, ils l'auraient encore trouvée dans le Traité des Sacrements (3) et dans les Mélanges (4). Il est évident que cet opuscule n'est pas

(1) Jean de Jandun, Tractatus de laudibus Parisius, cap. ii.

(2) Tract. III, c. xvii.

(3) Lib. XI, part. XIII, cap. xvi.

(4) Prima part., lib. I, c. cxciii; secunda part., lib. IV, c. xxxii.

d'un ancien Père, puisque l'autorité des anciens y est plusieurs fois invoquée ; d'autre part, il ne peut être d'un écrivain récent, puisqu'on en possède des exemplaires qui portent la marque du xii" siècle (l). EnQn, il est écrit dans cette langue tout à la fois vive et emphatique, pleine d'images, d'antithèses et de jeux de mots, qui est la langue particulière de notre cha* noine, il est mis à son compte par Vincent de Beauvais (2) ainsi que par d'autres auteurs d'anciens catalogues (3), il se présente sous son nom dans la plupart des manuscrits (4), et dans aucun nous ne l'avons rencontré sous un nom différent.

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