VI. De Verbo incarnato collationeSy seu disputationes très
Les manuscrits offraient aux éditeurs de Tannée 1648 trois conférences séparées sur Tlncarnation.Ils en ont fait un seul ouvrage,en trois chapitres.
Le premier de ces opuscules, qui a pour titre De tribiùs Silentiis ou De triplici Silentio^ et qui commence par Dum médium silentium tenerent omnia, est attribué communément, sans contestation, à Hugues de Saint- Victor. « Il est, nous disent les auteurs de Y Histoire Littéraire, copié presque mot à mot des Questions sur VÉpître aux Galates (2). » Nous avons classé les Questions sur les Épttres de saint Paul au nombre des ouvrages faussement attribués au chanoine de Saint- Victor ; allons-nous donc ici nous rétracter? Gela nous coûterait peu; nous savons, en effet, qu'en ces matières Terreur est trop facile. Mais ce sont les auteurs de V Histoire littéraire qui se trompent. Qu'on se laisse conduire à la page des Questions où ils ont retrouvé, disent-ils, tout le
(1) Bibl. naUonale, no 16297. f. 178.
(2) Uist. litt., t. XII, p. 25.
traité sur le Triple Silence, et Ton n'y verra que deux phrases répétées. Encore n'est-il pas certain que ces deux phrases appartiennent soit à Fauteur des Questions, soit à l'auteur du traité sur le Triple Silence : elles paraissent être d'un ancien Père. Le témoignage des manuscrits est d'ailleurs formel. A la vérité, l'opuscule est anonyme dans les n**» 12261 et 18096 de la Bibliothèque nationale, 11 de Ghâlonssur-Marne, 1277 des Cod. Laud. miscelL, à la Bodleienne, et 2575 de Munich; mais Hugues de Saint- Victor en est partout ailleurs l'auteur désigné (1).
Pour ce qui regarde le second opuscule, commençant par Verbimi caro factum est, les auteurs de VHistoire littéraire le lui donnent sans difficulté, quoique la plupart des manuscrits soient anonymes ; mais il lui contestent le troisième, dont tels sont les premiers mots : Omnia per sapientiam Dei facta sunt. C'est, disent-ils, un ouvrage « manifestement supposé ». Cet adverbe est énergique; mais nous cherchons en vain où les auteurs de VHistoire littéraire ont découvert la preuve manifeste de la supposition qu'ils condamnent. Dans presque tous les manuscrits qui renferment les deux premiers opuscules, nous lisons le troisième, et celui-ci ne s'éloigne plus ou moins de ceux-là que pour se rapprocher davantage des autres écrits du Victorin. n finit, il est vrai, dans le texte imprimé, par une phrase qu'on ne s'explique guère. Après une cita-
(1) Voir les n»» 2531, 3007, 15692 de la Bibliothèque nationale et 433 de la Mazarine. Voir aussi Bandini, Catal, biblioth. Laurent,, t. IV, col. 611.
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tion du Magnificat y on lit : De qvno ante Allegorias in Evangeliimh Lucx eœplicatio posita est. Ayant refusé les Allégories à notre chanoine, les auteurs de ï Histoire littéraire auront vu leur critique comproniise par ce simple renvoi, et, pour ne rien changer à leurs précédentes conclusions, ils auront préféré contester au même docteur le troisième opuscule sur l'incarnation. Mais la phrase que nous venons de citer ne prouve ni pour ni contre l'authenticité des Allégories, puisqu'elle est, non de Fauteur, mais de quelque éditeur. Nous pouvons, du moins, affirmer qu'on ne la trouvera dans aucun manuscrit de Paris^
Casimir Oudin nous paraît avoir ici mieux apprécié les vraisemblances que les auteurs de Y Histoire littéraire. C'est ainsi qu'il s'exprime sur les Colla" tiones : Habent omnino eamdem venam ac stylum ûc cetera collectanea Miscellaneorum^ ut rmllus negabit. Oui, la véritable place des trois opuscules est dans les Mélanges^ et c'est, en effet, à cette place que nous les offre le n** 14303 de la Bibliothèque nationale.
Jean de Tritenheim paraît attribuer à notre chanoine un ^quatrième opuscule sur l'Incarnation. Cependant c'est une indication trompeuse, les premiers mots cités par Jean de Tritenheim nous renvoyant au livre II des Sacrements, première partie, chapitre vi. Mentionnons enfin un cinquième traité sur la même matière, indiqué par les Bénédictins (1) dans le n® 816 de Saint- Victor, aujourd'hui 14868 de la Bibliothèque
(1) HUt. liitér., t. XII, p. 56.
nationale, où il commence par ces mots ; De Verbi Incamatione tractaturi, primo videamus quare solus Filius sit incarnatus. Mais il n'est aucunement certain pour nous que cet opuscule soit de notre chanoine, la note qui le lui donne étant une note récente. Nous ferons la même observation sur quelques extraits qui nous sont offerts par le môme volume sous ce titre : Questiones et expositiones quxdam. Ces questions se retrouvent sans aucun nom d'auteur dans le n"" 14&07 de la Bibliothèque nationale.
VIL De filia Jephte.
Quoique cette dissertation sur le vœu de Jephté n'occupe pas un grand nombre de pages, elle parait encore trop longue, car elle n'apprend rien et n'offre même aucune occasion de louer l'auteur. Il condamne d'abord les sacrifices humains, et, après produit plusieurs textes pour établir qu'ils n'ont jamais été bien reçus par le Dieu de Moyse, il paraît admettre que toute la légende de Jephté n'est qu'une allégorie. Les manuscrits de cette dissertation sont très rares. Nos anciens catalogues et Jean Tritenheim ne la mentionnent pas. Cependant la critique ne l'a pas encore disputée au prieur de Saint- Victor.