‹ Les œuvres de Hugues de Saint-Victor: essai critiqueChapitre 34 sur 39 · VIII. Speculvm de mysteriis Ecclesix · texte numérisé non relu

VIII. Speculvm de mysteriis Ecclesix

Dans un grand nombre de manuscrits ce/ livre est simplement intitulé : Spéculum Ecclesiœ ; ce qui l'a fait confondre avec le Spéculum Ecclesiœ du cardinal Hugues de Saint-Cher. Hain paraît avoir commis

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cette erreur (1). On trouve même dans quelques manuscrits le Spéculum du cardinal sous le nom du prieur (2). Pour distinguer les deux ouvrages il suffit de citer les premiers mots de Tun et ceux de l'autre. Le Spéculum souvent imprimé sous le nom de notre prieur (3) commence par : De sctcramen- Us ecclesiasticis ut tractarem; celui qu'on réclame à bon droit pour le cardinal, par : Dicit apostolus ad Ephesios : Induite, vos, armaturam Dei. »

Ces mots De sacramentis ecclesiasticis ut tractarem sont le début d'un prologue où l'auteur sollicite l'indulgence du lecteur. Plus habitué, dit-il, à discuter des problèmes logiques qu'à composer des discours suivis sur les vérités de la religion, il a fait de grands efforts pour accommoder son style à la matière qu'on Ta prié de traiter. On ne s'explique guère Hugues de Saint- Victor parlant de lui-même en ces termes. L'ou\Tage paraît, toutefois, d'un théologien novice, qui n'a pas encore fait une étude sérieuse des traditions liturgiques. Casimir Oudin a donc cru devoir en disculper Hugues de Saint-Victor et le donner à quelque compilateur du xiv* siècle. Mais ses raisons n'ont pas convaincu les auteurs de V Histoire littéraire. Ils ont supposé que cet ouvrage d'un logicien encore inhabile en théologie avait été composé par Hugues de Saint-Victor dans sa jeunesse, et ils

(1) Repertor. bibliogr., n«8990.

(2) Bibl. nat. man. lat. n» 14558, f. 184, 191 ; provenant |le Saint- Victor.

(3) M. Morel-Fatio (Bibl. de VÉcote des Charles, 188*2, p. 489) en cite une édition de Gagliari, de Tannée 1493, que M. Hain n*a pas connue.

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ont mis les imperfections signalées par Oudin sur le compte d'un génie trop pressé de se produire. Les manuscrits nous sont ici d'un faible secours. Hugues dé Saint-Victor est, en effetjl'auteur nommé dans les n^ 14558, 14589, 15315 et 15988 de la Bibliothèque nationale, ainsi que dans les n®' 79 d'Amiens et 12205 de Munich ; mais l'ouvrage est anonyme dans le plus grand nombre des manuscrits, parmi lesquels il suffit de citer les n^' 3549, 3702, 11529, 11579, 12312, 13576, 14589, 14937 de la Bibliothèque nationale et 608 de Metz. Quelle raison a pu porter M. Jules Delpit à l'inscrire, dans le catalogue des manuscrits de Bordeaux, sous le nom d'Innocent III (1) î Nous Tignorons, mais nous savons que cette inscription est fautive. L'ouvrage n'est pas non plus, comme Oudin l'a cru, d'un compilateur qui vivait au xiv* siècle, puisqu'un des manuscrits indiqués, le n** 11579 de la Bibliothèque nationale, est du xii*. Mais, à cela près, tout est douteux. Les manuscrits anonymes étant les plus anciens, on ne saurait ne pas suspecter une attribution relativement nouvelle. Nous la suspectons donc, quoiqu'un des vieux catalogues l'ait admise; mais nous la suspectons sans la rejeter.

Outre le Spéculum de mysteriis Ecclesix l'auteur de ce catalogue donne au prieur de Saint- Victor un dL\xiv& Spéculum Ecclesix dont l'auteur ne paraît pas moins incertain (2). C'est un ouvrage inédit, qui commence par ces mots : Quare septuagesima celébratu/r, et finit par ceux-ci : Comprobattim esse

(1) Cat. des man. de Bord., n» 308.

(2) Bullet. des Corn., 1851, p. 188/

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perhibetur. Les manuscrits de ce questionnaire liturgique sont très nombreux (1) et sont intitulés : Quastiones et responsa de festis et ritibus EcclesùB^ Interrogationes in ecclesiasticisofficiis, Tractatus de disciplina clericorum^ De ratione divinorum officiorum, enfin, le plus souvent, Liber Quare. Un seul a pour titre Specvr lum Ecclesix; c'est le n^ 16369 de la Bibliothèque nationale, ancien 1455 de la Sorbonne, et comme c'est aussi le seul, à notre connaissance, qui nomme l'auteur Hugues de Saint- Victor, il ne nous inspire qu'une fstible confiance. La conformité de la matière, car il s'agit encore ici des cérémonies de l'Église, aura pu faire confondre ce livre avec le précédent, et Ton s'explique facilement que cette confusion, imputable à quelque ancien copiste, ait ensuite persuadé le rédacteur de l'un de nos catalogues qu'il devait inscrire sous le même nom deux Spéculum Ecclesix. Ayant ignoré, comme il paratt, la plus récente de ces attributions, le P. Fortuné deSaint-Bonaventure suppose que l'auteur du Liber Qua/re pourrait bien être, forsan, Alain de Cîteaux, c'est-à-dire Alain de Lille (2). C'est une simple conjecture. Et que vaut-elle 1 Ce que vaut toute conjecture qui n'est appuyée d'aucune preuve.

Nous admettons volontiers, pour ne pas contredire le critique portugais, que le latin du Liber Quare n'est pas exempt de gallicismes. L'ouvrage est donc.

(!) Il nous suffira de mentionner ici les n»» 9614, 11579, 12312, 13576, 14417, 14500, 14808, 16369, 18216 de la Bibliothèque nationale; 91, 149, 608 de Metz ; 136 d*Alcobaça; 9594 a de Munich.

(2) Comment, hibl. Alcobac.j p. 103.

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nous le voulons bien, d'un Français ; mais pourquoi ce Français serait-il Alain de Lille? Une note écrite au premier feuillet de notre n^ 11577 est ainsi conçue : Alibi intitulatur liber iste : Liber Quart Symonis. Quel est ce Simon ? Fabricius, d'abord consulté, nous renvoie aux bibliographes de l'ordre de Saint-Dominique, et ceux-ci nous parlent, à la vérité, d'un certain Simo Gallus, signalé par le catalogue de la bibliothèque de Saint-Marc comme auteur d'un Speaulum Ecclesiâd pro rudibus ecclesiasticis ; mais il3 ne nous fournissent aucun autre renseignement sur son livre (1). Est-ce le Liber Quare ? Non sans doute. En efifet, c'est au xv* siècle qu'ils font vivre leur Simo GalluSy auteur du Spéculum Ecclesix pro rudibus ecclesiasticis^ et, parmi les copies citées du Lib^r Quare^ au moins une porte les marques du xu®. La note que nous avons reproduite concerne donc un autre Simon, si, toutefois, elle n'est pas erronée. Quoi qu'il en soit, cet autre Simon nous est tout à fait inconnu.

IX. De cœremoniiSj sacramentis, officiis et observation nibus ecclesiasticis libri très.

Quelle raison ont eu les éditeurs de la Bibliothèque des Pères de publier, les premiers, ce gros livre de liturgie sous le nom du prieur de Saint-Victor î Voilà ce que nous ne devinons pas. Aucun manuscrit, aucun catalogue n'autorise cette attribution, et l'on ne peut certes pas alléguer, pour la justifier, quelque

(1) Quetif etEchard, Scnpt. ord. Prssdicat, 1. 1. p. 904.

ressemblance de style ; Tauleur de ce livre a précisément, en ce qui regarde le style, les défauts opposés à ceux du Victorin. C'est un compilateur scrupuleux, qui s'est proposé de ne rien omettre et n'a rien omis; mais dans tout son livre il n'y a pas une phrs^e bien tournée, il n'y a pas Un trait d'esprit. Il n'était pas d'ailleurs, chanoine régulier ; il était, nous le tenons de lui-même, prêtre séculier (1). Ainsi nous le voyons, au chapitre xn du premier livre, faire des mariages. Il s'exprime encore plus clairement au chapitre xxxii du même livre : Septem sunt, dit-il, ordines mini" strantimn in Ecclesia, videlice$ ostiarii^ lectores, exor^ cistB, acolyti, subdiacones^ diacones, presbyteri. Nos érgo, fratercarissime, qui universos ordines accepimuSj omnium eorum ministerium et significantiam scire, et eis vitam et mores nostros coaptare dehemus, ut vita concordet cum nomine etprofessio appareat in opère, Len^ 11579 de la Bibliothèque nationale donne cet ouvrage à Robert Paululus, prêtre d'Amiens, qui vivait dans les dernières années du xn* siècle. Or, ce manuscrit est d'autant plus digne de confiance qu'il est du même siècle et qu'il vient de Gorbie, au diocèse d'Amiens. Mais nous n'insistons pas sur une erreur depuis longtemps signalée. Les éditeurs de Tannée 1854 l'ont eux-mêmes reconnue.

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