X. Libellusde canone mystici libaminis
Les copies de ce petit traité sont tellement nombreuses que la nomenclature on occuperait plusieurs
(1) Edition de Paris, 1624, t. X.
pages. Cependant, parmi toutes celles que nous avons rencontrées, deux seulement nomment l'auteur Hugues de Saint-Victor, et ces deux copies, aujourd'hui conservées dans les n°* 499 de l'Arsenal et 1090 de la Mazarine, sont Tune et l'autre du xv" siècle, Elles ne doivent donc inspirer aucune confiance. La fausseté de cette attribution ayant été depuis longtemps soupçonnée, EUies Dupin a cru devoir en proposer une autre. Pourquoi, s'est-il demandé, Robert Paululus, remis en possession du précédent opuscule, ne serait-il pas aussi l'auteur de celui-ci î A cette question nous avons d'abord à répondre qu'aucun copiste de notre Libellus ne l'a donné, même au XV* siècle, à Robert Paululus. La proposition d'Ellies Dupin n'est donc, en fait, qu'une conjecture. Hâtonsnous d'ajouter qu'elle n'est pas heureuse. Il suffit, en effet, de comparer un instant les deux écrits pour juger qu'ils ne sont pas de la même plume. Autant le premier est simple, autant le second Test peu.
Là des explications banales, mais claires, méthodiques, sur les cérémonies de l'Église; ici des antithèses subtiles et quelquefois obscènes, des pointes du plus mauvais goût, et tous ces faux ornements de la rhétorique sacrée, qui, déparant les meilleurs écrits, ne peuvent faire valoir les médiocres. Ce dernier opuscule n'est certainement pas de Robert Paululus, si, comme on peut le croire, il est l'auteur du premier. Il a été, d'autre part, attribué par quelques copistes à saint Thomas, et cette attribution encore plus invraisemblable n'a pas été sans faire fortune. Jean de Tritenheim Ta crue fondée et les éditeurs de saint
Thomas ont admis la pièce dans le recueil de ses Œuvres (1). Voilà déjà trois auteurs hypothétiques. Oudin en nomme un quatrième. Il existe, dit-il, en Angleterre, des copies de ce traité sous le nom de Jean de Cornouailles. Nous ne le contestons pas, mais nous avançons avec plus d'assurance qu'il en existe au moins une sous le nom de Pierre Lemangeur (2). Une autre a-t-elle été vue quelque part offrant celui de Guillaume, abbé de Saint-Thierry? Gela est probable, puisque dom Tissier s'est cru le droit de publier l'œuvre sous ce nom dans la Bibliothhque de Cîteaux (3). Un septième auteur nous est enfin désigné par les n«« 15988, 16499 de la Bibliothèque nationale et 372 de Douai, Richard de Saint- Victor. Eh bien, toutes ces attributions sont pareillement fausses. Ainsi que nous l'avons clairement, pensons-nous, démontré, cette œuvre peu louable est d'un Richard. Mais ce Richard n'est pas le chanoine de Saint-Victor; c'est un chanoine de Prémontré, son contemporain, dont la résidence habituelle était le prieuré de Wedinghausen, au diocèse de Gologne. On trouvera les explications que nous avons données sur cette question d'histoire littéraire dans le tome XXIV des Notices et extraits des Manuscrits, deuxième partie, p. 145 (4).
(1) Edition de Tannée 1660, t. XX, p. 369.
(2) A la bibliothèque Bodleienne, sous le n» 115 des cad: Laud. miscell.
(3) Biblioth. Cistere,, t. IV, p. 59.
(4) Nous avons cité ce titre du n© 302 de Troyes : Sermo de Ca^ none, foetus in capiMo Clarœvallensi a quodam canonico de ordine Prxmonstratensi. De nouvelles recherches nous ont fait trouver le
XL Miscelleaneorv/ïïi libri.
Ce sont des fragments théologîques ou didactiques, qui n'ont entre eux aucun rapport, et que les manus* crits nous offrent tantôt séparés les uns des autres, et tantôt réunis, mais jamais dans le même ordre. Les éditeurs de 1648 en ont formé deux cahiers, qu'ils ont ensuite' partagés en plusieurs livres. Oudin perd son temps à prouver que cet arrangement n'est pas l'ouvrage de notre chanoine; on le sait de reste. Quelques copistes ont d'abord rapproché tels ou tels fragments; d'autres sont venus ensuite augmenter ce recueil et lui imposer divers titres : Hugonis Flores, Distinciiones, Miscellanea, Plurima puhhra dicta; plus tard on y a joint d'autres morceaux épars, et même des sentences détachées des principaux ouvrages du Victorin. C'est ainsi que les Mélanges ont été composés. Oudin ajoute que plusieurs de ces fragments sont mal attribués à Hugues de Saint- Victor, et il en réclame quelques-uns au nom de saint Bernard. Les Mélanges renferment huit cent vingt-sept titres, ou chapitres. Or, puisqu'un grand nombre de traités ont été, même contre toutes les vraisemblances, insérés dans les Œuvres du chanoine de Saint- Victor, on admet sans difiSculté, que, parmi ces huit cent vingt-sept chapitres, composés pour la plupart de quelques phrases bien ou mal assemblées, il en faut peut-être resti-
même titre dans le n*" 15692 de la Bibliothèque nationale, fol. 153, et dans un volume de la Bibliothèque Laurentienne décrit par Bandmi, Catàl,. bibl, Laurent,, t. IV, col. 301.
tuerplus d'un à saint Bernardet à d'autres écrivains du même temps (1). Mais Oudin est bien plus exigeant. Parce qu'il peut signaler à bon droit, dans les Mélanges, divers fragments faussements attribués au chanoine de Saint- Victor, il les retranche tous de ses Œuvres. Nous protestons.
C'est une protestation que les auteurs de V Histoire littéraire ont déjà faite. Ils maintiennent d'abord dans les Mélanges trois lettres qui faisaient partie du premier livre dans l'édition de 1648 et qui forment un recueil à part dans l'édition de 1854 (2). Ils revendiquent en outre pour Hugues de Saint-Victor un opuscule publié sous son nom, à Louvain, et sous ce titre : De triplici vitio, triplici peccato et triplici remedio (3). Or cet opuscule, commençant par Triplex vitiumjtripleœpeccatum, triplex remedium, est le chapitre xxxiii du quatrième livre des Mélanges^ deuxième partie (4). Ils soutiennent aussi que le petit traité sur la nourriture d'Emmanuel, De cibo Emmanuelis, qu'on lit au chapitre ii de la première partie des Mélanges <c est de la façon de notre auteur (5). » L'observation est juste, et nous regrettons qu'elle le soit, car il y a dans ce petit traité tant d'offenses au bon goût qu'on •n'y peut rien prendre au sérieux. D'ailleurs les ma-
(1) Ajoutons que plusieurs de ces chapitres sont des pastich s dont on ne veut pas supposer que Hugues soit Tauteur. Le titre 47 du troisième livre nous offre un de ces pastiches. L'original est un sermon de Geoffroy Babion, publié par Beaugendre sous le nom d'Hildebert : HUdeb. Opéra, col. 211.
(2) HUt. liitér. de la Fr., U XII, p. 25.
(3) Ibid,, p. 26, 52.
(4) Livre VI de Tédit. de 1854.
(5) HisL litUr. de la Fr., t. XII, p. 70.
nu^crits sont tous d'accord pour l'attribuer à notre prieur (1). Enfin les auteurs de VHistoire littéraire ajoutent qu'on pourrait certainement réclamer en son nom beaucoup d'autres pièces confondues dans les Mélanges, mais qu'ils sont inhabiles à discerner (?). Or, ^ps auteurs de VHistoire littéraire en savaient plus à cet égard qu'ils n'en croyaient savoir. C'est ce que nous allons montrer.
Ils nous invitent à rechercher, dans le n** 2049 de la Bibliothèque nationale, un opuscule, suivant eux inédit, dont le titre est De sacrificio offerendo et dont tels sont les premiers mots : Quid rétribuant Domino pro omnibus quse retribuit mihi (3) ? Nous le trouvons, en eflfet, dans le manuscrit indiqué, et encore ailleurs, notamment dans les n°^ 14294 de la même bibliothèque, 173, 463, 471 deLaonet 13, 43, 47 du collège Merton, à Oxford, où il a pour titre De judicio faciendo. Oui, sans doute, Hugues de Saint- Victor en est l'auteur, comme les manuscrits l'attestent; on le reconnaît d'ailleurs aux signes les moins équivoques. Mais cet opuscule n'est pas inédit ; c'est un fragment imprimé dans les Mélanges, au chapitre xii de la première partie.
Dans un autre volume de la Bibliothèque nationale, sous le n® 6785, VHistoire littéraire nous signale une lettre, dont l'objet est l'éloge de la vie solitaire, qui
(1) Bibl. nation., nw 2566, 15692, 16530; Mazarine, 433; Douai, 360, 361 ; Bruges, 156. Voir aussi Bandini, Catal bibl. Laurent., t. IV, col. 609.
(2) Hist. Uttér. de la France, t. XII, p. 70.
(3) Ibid., p. 60.
210 LES OEUVRB» IHB
commence par ces mots : ïnsipientem àoctus interro' gas (I). Elle existe encore dan» les n**» 2532 et 14294 de la même bibUof&èqœ. On nous l'indique aussi dans les n«» 953 de la Mazarine, 173, 463, 471 de Laon, 102& de Vienne, 13 du collège Merton et 77 du collège Saint-Jean-Baptiste, à Oxford. Les copies de cette lettre sont en effet très nombreuses, et la plupart nous offrent le nom de l'auteur. Mais elle n^est pas, comme on le prétend, inédile. C'est le chapitre lxxiv de la première partie des Mélanges, intitulé : De mc^ gna peccatoris respiratione et dubiorum circa conscientiam decisione. A qui rapporter l'invention de ce titre barbare? Peut-être aux é^teurs; les manuscrits nous offrent celui-ci, plus simple et plus clair : De oblivione prœteritorum malorum. Cette épître est convenablement attribuée au prieur de Saint* Victor. Il y a beaucoup de verbiage ; cependant on y trouve quelques sages maximes. Elle finit bien par ce conseil : a II n*est pas surprenant que l'homme soit troublé par les afflictions,car il est homme ; mais, s'il ne maîtrise pas son trouble, voilà ce qui a lieu de surprendre, car il est doué de raison. Si donc il est troublé, qu'il ne parle pas, qu'il contienne sa langue, qu'il ferme sa conscience, qu'il ait la discrétion de ne pas manifester au dehors ce qu'il a eu faiblesse de laisser naître au dedans. » Il n'y a rien là de banal ; ni la pensée, ni le style. Hugues de Saint-Victor est du reste l'auteur que désignent sept des manuscrits cités; dans un seul, celui de Vienne, la pièce est anonyme.
(1) But. littér. de la France, t. XII, p. 60.
Mais il s'en faut bien que les auteurs de VHisioire littéraire aient mentionné toutes les petites œuvres, qui, dispersées dans les manuscrits, ont trouvé place dans les Mélanges. Quelques manuscrits, notamment l'ancien volume de Saint- Victor qui est devenu le n"" 433 de la Mazarine, offraient aux éditeurs de l'année 1648 des recueils déjà formés. Ils en ont distrait quelques pièces, qu'ils ont cru devoir publier à part, et leur en ont subtitué d'autres, qu'ils avaient trouvées ailleurs. Mais cela ne veut pas dire que ces pièces intercalées aient été sans raison mises par eux au compte de notre chanoine. Nous pouvons en citer, pour exemple, un Certain nombre qui manquent dans le n® 433 de la Mazarine et qui portent le nom de Hugues en des manuscrits très dignes de confiance. Ainsi, pour nous en tenir au premier livre, le chapitre I, De judicio boni et malt, est à part dans les n°» 14303 et 15695 de la Bibliothèque nationale et 393 de l'Arsenal ; le chapitre vi. De triplici pace^ dans lé n° 460 de Berne ; le chapitre xLvm, De duobus civitatibus^ dans le n^ 2532 de la Bibliothèque nationale et le n*» 212 du collège Corpus Christi, à Oxford ; le chapitre xLix, De officio et potestate prsBlatorum, dans le même numéro de la Bibliothèque nationale ; le chapitre Lxxvi, Quomodo sapientia vincit malitianij dans les n°» 14506 et 16366 de la même bibliothèque ; le chapitre lxxxii, De quinque statibus mutabilitatis humanâBj dans les mêmes volumes et, en outre, dans les n°' 2527, 14294 de la même bibliothèque ainsi que dans len° 360 de Douai; les chapitres lxxviii et lxxix, De sex modis operandi et De fuga a vitiis, dans les
no« 2532, 14506 de la Bibliothèque nationale et 292 de la Mazarine ; le chapitre lxxxxv, De tribus lods, dans les n^' 173, 463/471 de Laon et 365 de Douai; le chapitre lxxxxvi, De duobus discipuliSy dans le n? 554 de Troyes et dans le n** 116 du Catalogue imprimé de Soissons ; le chapitre xcxix. De gratitudine beneficiorum Dei^ dans le n° 554 de Troyes (1); le chapitre CLXi, De duplici cibo^ dans les n®* 173, 463, 471 de Douai, 953 de la Mazarine et 13 du collège Merton ; le chapitre glxix, De quadripartito Dei judicio, petit traité, presque entièrement composé de phrases empruntées au Dialogue de sacramentis legis naturalis et scriptœ, dans le n® 3007 de*la Bibliothèque nationale ; le chapitre clxxi, Quod amor Dei sit vita cordis^ dans les n°« 14294 de la Bibliothèque nationale, 173, 463, 471 de Laon, ce chapitre n'étant lui-même qu'un fragment du traité De substantia dilectionis; le chapitre glxxii, De humilitdte^ dans les n°* 2527, 14294 de la Bibliothèque nationale, 173, 462 de Laon, 43 du collège Merton; le chapitre glxxiii, De tribus naturis ignis, dans le n° 360 de Douai; le chapitre GLXxiv, De duabus piscinis, ou De ratione anim^, dans le n® 173 de Laon. Ce sont là de petits écrits sur diverses matières, qu'on ne peut, contre le témoignage des plus respectables manuscrits, retrancher, par simple fantaisie, des Œuvres de notre chanoine. Composés, d'ailleurs, et rédigés dans sa manière, dans son esprit, ils portent généralement une em-
(1) L'auteur du catalogue de cette bibliothèque {CataL des man. des départ., t. II, p. 240} suppose à tort que cet opuscule est inédit.
preinte qui n'est pas commune. Oui, sans doute, il est possible, il est probable que des pièces de toute provenance ont été successivement introduites dans ces Mélanges tant de fois remaniés; mais n' hésitons pas à dire, malgré Casimir Oudin, que les principaux chapitres de ce recueil sont incontestablement du prieur de Saint- Victor. Pour notre part, ce que nous reprocherons aux éditeurs de 1648, ce n'est pas tant d'avoir inséré dans les Mélanges quelques fragments réclamés, peut-être à tort, au nom de saint Bernard, que d*avoir laissé dans les manuscrits, où ils attendent encore la lumière, divers autres opuscules de notre chanoine qui 'auraient aisément trouvé place dans ce. vaste ensemble de pièces mal assorties.
Ces éditeurs sont-ils d'ailleurs vraiment coupables de quelques larcins faits à saint Bernard ? Il est bien plus certain que les éditeurs de saint Bernard ont introduit dans ses Œuvres plusieurs pièces dérobées à notre chanoine ; celle-ci, par exemple, intitulée De septem donùDomini, et qui commence par ces mots : Prima gratta est timor Domini; qui hanc habet odit omnem iniquitatem. Horstius l'ayant publiée sous le nom de saint Bernard, Mabillon a cru devoir I9, reproduire (1); mais il l'a reproduite au titre d'œuvre suspecte. Elle n'est pas, en effet, de saint Bernard ; elle est du prieur de Saint-Yictor. C'est évidemment cet écrit que désigne Jean de Tritenheim sous le titre de De septem donis, et non pas le fragment intitulé, dans les Allégories, De septem donis Spiritus
(1) Opéra S, Bernardi; Edit. de Mabillon, t. II, col. 757.
SancH^ ce fragment étant trop peu considérable pour avoir mérité d'être mentionné dans un catalogue sommaire comme celui de Tabbé de Spanheim. C'est aussi, pensons-nous, le même écrit qui figure au second des catalogues publiés dans le Bulletin des Comités (1), et nous rectifions ici Terreur que nous avons commise dans les notes de ce Bulletin, où nous avons supposé que le traité De septenis pouvait être, sous un autre titre, le traité De septem donis. Ce sont deux ouvrages très différents. Ils sont différents quant à la matière ; mais le style de l'un est le style de l'autre, et les catalogues les attribuent justement au même auteur. On trouvera ce traité De septem donis Domini, joint à d'autres œuvres de Hugues, dans les n»» 12261, 13422 et 14366 de la Bibliothèque nationale.
Ainsi qu'on Ta vu, le nombre sept a, dans les écrits de notre chanoine, un rôle important. Ce n'est pas néanmoins une raison suffisante pour lui rappor* ter toutes les digressions mystiques qu'il a plu de partager en sept chapitres ou paragraphes. Les rédacteurs de YHistoire littéraire se sont, par exemple, gravement trompés en rangeant parmi ses œuvres inédites un opuscule intitulé De septem gradibus quibus pervenitur ad sapientiam, et par eux signalé dans le n« 688 de Saint-Victor. Le n° 688 de Saint- Victor est aujourd'hui le n« 905 de la Mazarine, et l'opuscule vu par les auteurs de VHistoire littéraire s'y trouve encore, mais sous le nom de saint Augus-
(1) Juin 1851, p. 185.
tin, nullement sous eelui de notre prieur. Cet opuscule est, en effet, un simple chapitre du traité De. doctrina christiana^ livre IL
Nous ne consentons non plus à joindre aux Mélanges un court traité. De corporeet sanguine Domini, que les auteurs de V Histoire littéraire nous signalent dans le n® 2531 de la Bibliothèque nationale, où, disentils, il commence par : Quoniam tota hvmana natura in anima et corpore corrupta erat{i). En effet, Tœuvre est anonyme dans le manuscrit cité. Le titre donné par Y Histoire littéraire est, à la vérité, Hugonis sen^ tentiade corpore et sanguine Domini ; mais c'est un titre de fabrique récente ; le manuscrit ne l'offre pas.
Voici maintenant quelques pièces dont nous devons reproduire les titres, mais sur lesquelles nous n'avons pas de suffisantes informations.
Dans le n* 27 de Douai se lit un autre opuscule sur l'eucharistie, intitulé Hugo de corpore Dominiy qui commence par ces mots : Sacra Scriptura diversis modis. Cet opuscule nous est inconnu. Nous ne connaissons pas mieux le suivant, qui nous est signalé par les catalogues dans les n«* 1165 et 1561 de Vienne : Hugo de domo Domini ; et dont tels sont, dit-on, les premiers mots : Homo ad hoc conditus fuit. Ni le suivant : De confessionibus audiendis, commençant par Cum répètes a proximo tuo, que les auteurs de V Histoire littéraire disent avoir rencontré, sous le nom de Hugues, dans le n° 724 de Saint-Victor (2).
(1) Hi$t. littér, de la Fr., t. XII, p. 60. (2)76i(f.,p. 54.
Ce volume n'a pas été transmis à la Bibliothèque nationale. Est-ce, par hasard, le n^ 986 de la Mazarine ? L'opuscule est, en effet, dans ce volume, mais il y est anonyme. Nous ne savons donc sur quoi se fonde une attribution d'autant plus douteuse que les éditeurs de Tannée 1648 ne Tout pas admise, bien que possédant le manuscrit cité, où, dit-on, Hugues est nommé. C'est avec la même réserve que nous mentionnons ici deux écrits indiqués par Sanders et d'après lui par les auteurs de V Histoire littéraire (1). Le premier, dont on nous laisse ignorer et le titre et l'objet, commence, dit-on, par ces mots : Homo^ cum in honore esset non intellexit. C'est peutêtre un sermon, et nous en connaissons plusieurs dont tels sont les premiers mots, entre autres un de Pierre Lemangeur (2). Le second, intitulé Gnothosolitos (3) M. Hugonis, et commençant Nostis, carissimi, nous est aussi trop vaguement indiqué.
Ayant résolu d'examiner chacune des pièces en observant Tordre suivant lequel elles se succèdent dans Téditionde 1854, nous avons maintenant à parler des Annotatio7ies elucidatoriae in quosdam Psalmos. Pourquoi les nouveaux, éditeurs ont-ils séparé ces notes sur quelques Psaumes des autres notes sur TAncien Testament, et les ont-ils intercalées dans les Mélanges, dont elles occupent tout un livre, le deuxième î C'est là ce que nous ne nous expliquons pas, et nous ne saurions approuver cet arrangement
(1) Hist. litlér, de la France, t. XII, p. 61. ^
(2) Patrologie, t. GXGVIII, col. 1836.
(3) Sans doute Gnotiseauton»
arbitraire, que rien ne justifie. Les anciens bibliographes sont, en efiFet, d'accord avec les anciens copistes quand ils citent les notes sur les Psaumes après les notes sur les livres des Rois.
La place que les nouveaux éditeurs leur ont assignée pourrait faire croire qu'ils ne les ont pas crues justement attribuées au prieur de Saint-Yictor. S'ils ont eu cette opinion, disons d'abord qu'elle est mal fondée. Vincent de Beauvais, Jean de Tritenheim, Sixte de Sienne mentionnent à bon droit ces notes sur les Psaumes, qui se- trouvent, en effet, sous le nom de notre chanoine dans plusieurs manuscrits du XII'' siècle (1). Mais ce ne sont pas, comme les éditeurs les intitulent, des notes explicatives, elucidatonx ; ce sont des gloses morales d'un style très recherché. Cette manière d'interpréter les Psaumes n'ayant pas été goûtée par les rédacteurs de V Histoire littéraire^ ils ont blâmé Tauteur de n'avoir pas su mieux contenir, en cette occasion, son penchant naturel pour l'allégorie, et d'avoir ainsi plus d'une fois offensé les règles du bon goût. Ces règles ont-elles été faites pour les mystiques? Il ne semble pas; ils ne les ont, du moins, jamais reconnues. Mais nous allons plus loin, et nous n'hésitons pas à déclarer qu'un des chapitres signalés parles rédacteurs de V Histoire littéraire nous est suspect d'hérésie. Dans ce chapitre est reproduit le compte rendu d'un vieux procès entre l'homme. Dieu et le diable, procès où le diable et Dieu figurent comme se partageant l'empire du monde (2). C'est le
(1) Notamment les no» 365 et 366 de Douai.
(2) Miscellan,, lib. II, cap. vui.
TtW LES OEUVRES DE
pur manichéisme. La doctrine des deux principes n'est-elle pas au fond de la doctrine chrétienne ? Le devoir d'un théologien est, du moins, de le dissimuler. Le choix des termes est donc ici d'une grande importance. Saint Augustin disputant contre Faustus est presque manichéen ; il est presque pélagien dans son ardente polémique contre les sectateurs deManès. Ce qui le protège contre l'imputation d'hérésie, c'est la prudence de son langage. Tous les manuscrits des notes sur les Psaumes ne contiennent pas cet étrange intermède. On le rencontre, il est vrai, dans le n® 14403 de la Bibliothèque nationale ; mais c'est un volume du xiv* siècle, et on le cherchera vainement dans l'exemplaire que renferme le nP 1848 de la même bibliothèque, antérieur d'un demi-siècle, pour le moins, au n® 14303. Les éditeurs Tont-ils plus goûté que les critiques? On peut le croire, car ils l'ont trois fois inséré dans leur recueil : dans le traité des Sacrements, au livre premier, partie VIII, chapitre IV, dans ces notes sur les Psaumes et dans le dialogue intitulé De sacramentis legis naturalis et scriptœ. C'est dans ce dialogue qu'il est, croyons-nous, bien placé. Il est regrettable, sous d'autres rapports, que les éditeurs n'aient pas connu ou n'aient pas consulté le n« 1848 de notre ancien fonds latin. Ce n'est pas un texte complet, puisqu'il finit au psaume 84 ; cependant il offre plusieurs gloses inédites.
Nous avons encore à faire une remarque à propos de ces notes. Les rédacteurs de VHistoire littéraire ont, disent-ils, rencontré dans le fonds latin de la Bibliothèque nationale, sous le n« 3307, un opuscule
MmnOEi JDfi SiUMïVVIGTOR 219
inédit de notre chanoine, intitulé : De disciplina Dei^ qui commence par ces mots : Est quidam finis bomùs et est quidam finis malus (l). Hugues de Saint- Victor est, en effet, l'auteur de cet écrit ; mais c'est le chapitre XXX des notes sur les Psaumes, et ce chapitre n'est pas un de ceux qui manquent dans l'édition.
Que Ton soit enfin averti que ces notes n'ont aucun rapport avec un ample commentaire sur les Psaumes dont une partie seulement occupe tout le n® 2522 de la Bibliothèque nationale. L'auteur de ce commentaire est nommé frater Hugo ; mais ce n'est pas Hugues de Saint- Victor. Pour le prouver il suffit d'en citer une phrase que nous lisons au fol. 9, col. 4. Très libre en ses propos sur le compte de ses contemporains, l'auteur censure ainsi les mœurs des religieux et des moines exempts : Bonorumpatrum nonvolunt imitari obedientiam, himtilitatem et paupertatem, scilicet apostolorum, beati Benedicti, beati Antonii et beati Bernardi. Saint Bernard n'ayant été canonisé qu'en 1174, Hugues de Saint-Victor, mort au plus tard en 1141, n'a pu le qualifier de bienheureux. Le frère Hugues, auteur de cette glose, est Hugues de Saint- Cher. La copie contenue dans le n« 2522 commence au psaume 77.