I.KTTRF. CXXXVni
Monsievr,
le vous jure, que c’est par pure force d'amitié que ie vous escris : et pour ne pouuoir m’empescher de vous dire, que ie languis icy, d’y estre si longtemps sans vous. Apres auoir tant souhaitté de sortir d’Italie ; ie m’ennuye à Paris, plus que ie ne faisois h Thurin : et ayant vn bel appartement dans l’Hostel de Crequy, il m’arriue souuent, de souhaitterla chambre de la Graue,etcellede la Noualaise, et quelquefois mesme mon lict de la Souchiere. Ce iour que le vent, et la pluye, me firent le nez d’vne si plaisante sorte; j’eus plus de plaisir que ien’enay icy dans h;s plus belles iourmies : et pour vous faire tout comprendre en vn mot ; ie consentirois d’entretenir quatre heures tous les soirs Madame de Savoye, pour l’honneur de vous voir vne demy-heure tous les iours. Tout de bon, Monsieur, il me semble, queie suis tombé dans vne ereuasse, d’où il faudroit quarante-deux brasses de cordes pour me tirer. Il n’y a que vous qui in’en puissiez oster : et jusqu'à ce que vous soyez de retour, j’y demeureray tousiours criant et heurlant horriblement. 11 ne se passe, sans mentir, point de iour, que ie n’adjouste quelque chose à l’affection que j’ay pour vous : et soit que j’aye eu plus de loisir de reconnoistre, et de considérer les obligations que ie vous ay; ou qu’estant meslé auee les autres hommes, ie eounoisso mieux l'extrême différence qu’il y a de vous à eux : ie vous aime beaucoup dauantage que ie ne faisois dans le voyage, lors que ie vous aimois desia plus que moy-mesme. Pardonnez-moy, Monsieur, si ie vous dis cecy auec des termes si libres : et ne trouuez pas estrange , que parlant auec beaucoup de passion, ie parle vn peu inconsidérément. Auec toute cette liberté, ie vous asseure que j’ay pour vous dans l’ame tout le re-pert que ie suis oblige d’auoir : et que vous hono-
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raiit aussi vcritablemenl que vous le méritez ; ie suis plus que ie ne puis le dire, et autant que ie le dois ,
rostre, etc.
A MOASIKVR Li: PRKSfDEM DE MAISOMS.
LETTRE CXXXIX
Mo.vsievr,
Madame de Marsilly s’est imagim;e que j’auois quelque crédit auprès de vous : et moy qui suis vain, ie ne luy ay pas voulu dire le contraire. C’est vne personne qui est aimée et estimée de toute la Cour, et qui dispose de tout le Parlement. Si elle a bon succès d’vne affaire, dont elle vous a choisi pour luge; et qu’elle croye que j’y aye contribué quelque chose, vous ne sçauriez croire l’honneur que cela me fera dans le monde ; et combien i’en seray plus agréable à tous les honnestes gens, le ne vous propose que mes interests pour vous gagner. Car ie sçay bien. Monsieur, que vous ne pouucz estre touché des vostres. Sans cela ie vous promettrois son amitié. C’est vn bien par lequel les plus seuercs luges sc pourroient laisser corrompre ; et dont vn aussi honneste homme que vous doit estre tenté. Vous le pouuez acquérir justement. Car elle ne demande de vous que la iustice. Vous m’en ferez vne que vous me deuez ; si vous me faites l’honneur de m’aymer tousiours autant que vous auez fait autrefois, et si vous croyez que ie suis,
Vnslre, etc.
A MONSEIGNEVR LE DVC D’ANGVIEN, sur le siicoez de la bataille de Hocroy, n. dc. xliii.
LETTRE CXL
Monsek.^evb,
(!ellc heure, que ie suis loin de Vostbe Altesse, et «pi’elle ne me peut pas faire de charge : it! suis résolu dc luy dire tout ce que ie pense d’elle il y a long-temps, et (pie ien’nuoisosé luy déclarer.
LETTHES
pour ne pas tomber dans les inconueniens , où j’auois veu ceux, qui auoient pris auecque vous de pareilles libertez. Mais, Monseigneur, vous en faites trop , pour le pouuoir souffrir en silence : et vous seriez iniuste, si vous pensiez faire les actions que vous faites, sans qu’il en fust autre chose, ni que l’on prist la liberté de vous en parier. Si vous sçauiez de quelle sorte tout le monde est déchaisné dans Paris à discourir de vous : ie suis asseuré que vous en auriez honte , et que vous seriez estonné de voir, auec combien peu de respect, et peu de crainte de vous déplaire , tout le monde s’entretient de ce que vous auez fait. A dire la vérité , Monseigneur, ie ne sçay à quoy vous auez pensé : et ç’a esté, sans mentir, trop de hardiesse, et vne extrême violence à vous , d’auoir à vostre âge , choqué deux ou trois vieux Capitaines , que vous deuiez respecter, quand ce n’eût esté, que pour leur ancienneté ; fait tuer le panure Comte de Fontaine, qui estoit vn des meilleurs hommes de Flandres, et à qui le Prince d’Orange n’auoit iamais osé toucher; pris seize pièces de canon, qui appartenoient à vn Prince, qui est oncle du Roy, et frere de la Reyne, auec qui vous n’auiez iamais eu de différend; et mis en desordre les meilleures troupes des Espagnols, qui vous auoient laissé passer auec tant de bonté, le ne sçay pas ce qu’en dit le Pere Musnier. Mais tout cela est contre les bonnes mœurs : et il y a, ce me semble, grande matière de confession, l’auois bien ouy dire, que vous estiez opiniastre, comme vn diable ; et qu’il ne faisoit pas bon vous rien disputer. Mais j’auoüe , que ie n’eusse pas creû que vous vous fussiez emporté à ce point-là : et si vous continuez , vous vous rendrez insupportable à toute l’Europe ; et l’Empereur ni le Roy d’Espagne ne pourront durer auecques vous. Cependant , Monseigneur, laissant la conscience à part, et politiquement parlant ; ie me réjoüis auec V. A. de ce que j’entens dire qu’elle a gagné la plus belle victoire , et de la plus grande importance, que nous ayons veué de nostre siecle; et de ce que sansestre Importante, elle sçait faire des actions qui le soient si fort. La France que vous venez de mettre à couuert de tous les orages qu’elle craignoit: s’estonne, qu’à l’entrée de vostre vie , vous ayez fait vue action, dont César eust voulu couronner toutes les siennes ; et qui redonne aux Roys vos Anceslres autant de lustre que vous en auez receu d’eux. Vous vérifiez bien , Monseigneur, ce qui a esté dit autrefois : que la vertu vient aux Césars deuant le temps. Car vous (|iii estes vn vray César, en esprit, et en science, César on diligence; en vigilance, en courage. César, '■/ ppr omnes casas (Xvsar ; vous auez trompé le jugement , et passé l'esperance des hommes.
DE MONSIEVK DE VOITVRE.
Vous auez fait voir que l’experience n’est nécessaire qu’aux âmes ordinaires ; que la vertu des Héros vient par d’autres chemins ; qu’elle ne monte pas par degrez, et que les ouurages du Gel sont en leur perfection dés leurs commencemens. Apres cela, vous pouiiez vous imaginer, comme vous serez bien receu et caressé des Seigneurs de la Cour : et quelle joye les Dames ont euë, d’apprendre, que celuy qu’elles ont veu triompher dans les Bals, fasse la inesme chose dans les Armées; et que la plus belle teste de France, soit aussi la meilleure et la plus ferme. U n’y a pas jusqu’à Monsieur de Beaumont, qui ne parle en vostre faueur. Tous ceux qui estoient reuoltez contre vous, et qui se plaignoient que vous vous inocquiez tousiours , auoüent que pour cette fois-cy, vous ne vous estes pas mocqué : et voyant le grand nombre d’ennemis que vous auez défaits , il n’y a plus personne qui n’apprehende d’estre des vosires. Trouuez bon, ô César, que ie vous parle auec cette liberté. Ileccuez les loiianges qui vous sont dues : et souffrez que l’on rende il César ce qui appartient à César.
A MOXSIEVR LE MARQVIS DE MOMAVSIER,
prisonnier en Allemagne.
LETTRE CXU.
Monsibvr ,
Vous ne seriez pas fasché d’estre pris, si vous sçauicz combien vous estes plaint. Il y a , sans mentir, moins de plaisir d’estre à Paris, que d’y estre regretté comme vous estes : et les plaintes que font pour vous tant d’honnestes gens, valent mieux que la plus belle liberté du monde- Si vous ne pouuez à cette heure demeurer d’accord de cela (car en l’estât où vous estes , vous auez bien la mine de ne pouuoir entendre raison :] ie vous le feray comprendre icy quelque iour ; et auoüer, que vous ne deuez pas mettre entre vos mal-heurs , vn accident qui vous a fait receuoir des tesmoignages de l’affection , de tout ce qu’il y a d’aimables personnes en France. Dans ce sentiment general de tout le monde, il n’est pas CO me semble à propos. Monsieur, que ie vous die à cette heure les miens. Car quelle apparence y a-t-il , que vous me dussiez considérer pariny des Priueesses , des Princes, des Ministres, des Dames,
LKllKES
ot parmy des Demoiselles , qui valent mieux (jiie les Dames , les Ministres, les Princes et les Princesses? Quand vous aurez songé assez long-temps à toutes ces personnes ; le vous suppliray tresliumbleinent de croire, qiril n’y a qui que ce soit au monde, qui pivnne plus de part Ji toutes vos bonnes et mauuaises fortunes que moy ; ni qui soit auec plus de passion ,
Vostrf, etc.
AV MESME