‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 106 sur 229 · LETTRE CXI.VI · texte numérisé non relu

LETTRE CXI.VI

MoasiEVR ,

Ce n’est pas que ie trouue mauuais que vous soyez aussi paresseux que moy. Mais pource que vous ne l’aucz pas accoustumé, et qu’il y a long-temps que ie n’ay receu de vos lettres : j’ay peur que vous n’ayez pas eu la demiere que ie vous ay escrite , dans laquelle ie vous répondois à tous vos mots de Poitou, et vous disois mon nuis, sur les passages de Saluste, et d’Ausone. Si vous voulez doresnavant autant de temps pour faire vos réponses, que j’ay accoustumé d’en prendre : ie n’ay rien à dire contre cela. Neantmoins, il me semble, qu’il n’est pas iuste qu’il y ait vne mesme réglé pour vous et pour moy : nous ne sommes ,

Nec cantaro pares, nec respondere parati.

L’autre iour ie dis à Monsieur de Chauigny le passage de Tcrence , hem allerum : et que vous me l’auiez proposé, et l’explication que vous y donniez, et que pour moy ie n’y en trouuois pas. Le lendemain il me dist qu'il croyoit qu’il y falloit mettre vn interrogant. Ex homitie hune natum dicas? Croiriez-vous que celuy-là soit né d’vn hommef Ne prendriez-vous pas ce bnital-là pour vne beste ? Pour moy, cela ne me déplaist pas : et ie doute seulement, si vn homme qui parle tout seul peut vscr d’interrogant, comme s'il jwr-

(I) D'autres éditiuns portent : te 1.1 décembre.

DE MONSIEVR DE VOITVRE

loit à vnc Iroisiôme personne. Mandez-nioy, s’il vous plaist, vostre aduis là-dessus. Car ie luy ay dit, que ie vous escrirois le sien : et nous attendons vostre réponse. Consultez aussi Monsieur de Balzac sur cela. le monsireray à Monsieur de Chauigny vostre réponse, et la sienne, si vous me l’enuoyez. le luy dis l’autre iour les Vers que Monsieur de Balzac a faits pour Monsieur Guyet. 11 les trouua admirablement beaux : et me parla de luy auec vne estime très-haute, et vne affection extrême : me loüant son esprit , son humeur, ses ouurages, ses potages (car il dit aussi qu’il en a mangé;) comme j’ay accoustumé de les loüer moy-mesme, et d’aussi bon cœur. C’est en vérité, \ti homme de tres-rare esprit, et qui aime passionnément tous ceux qui en ont ; et peut-estre qu’il tesmoignera à nostre amy qu’il se souuicntde luy, lors qu’il s’y attend le moins. Adieu, Monsieur, ie suis,

Vostre, etc.

A Paru le M Novembre.

A MONSIEVR DE CHAVEROCHE (I).

LETTRE CXLVll.

Morsievb,

Sçaehant combien vous aimez les procez , et combien vous m’aimez aussi : ie croy que ie vous feray vne priere qui ne vous sera pas désagréable, en vous suppliant de tout mon cœur, de vouloir prendre la peine de vous instruire de l’affaire de ma sœur, de l’aider de vostre conseil, et de l’assister de vostre crédit. le vous l’addressc comme à vn des hommes du monde en qui ie me confie le plus; et qui la peut mieux conseiller en cette occasion. le croy que Mademoiselle de Ramboüillet ne vous refusera pas de solliciter pour vous et pour elle. (Car ie fais desia vostre affaire de la sienne) et si vous la prenez à cœur comme ie l’espere, ie ne doute pas qu’elle n’en ait toute l’issûe qu’elle peut desirer. En recompense, ie vous promets que de ma vie ie ne vous appelleray Pourceau , et que ie vous donneray la première Chapelle qui sera à ma nomination. Car de vous dire, que cette obligation augmentera la passion que j’ay de vous

(1) Il était iatendant de madame de Ramiiouillet. « Il alloit et renoit tant • a Yére», (|u'on le nomma le poiircrriu de l’alibaye. « (Tallemant.)

u:riKi;s

scriiir ; ce scroit vous tromper, puisqu'il est vray, qu'il y a ilesia long-temps que ie suis autant qu’il se peut ,

Encore une fois, Monsievr, ie nous supplie tres-hiimlilement de faire rage.

Mo.nsibvb, Vostre,etc.

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