LETTRE CXLVIII
Madahk,
Le long temps....
Madamb,
Si ie ne sçauois iusqu’oii s’esteud vostre boulé....
Madame,
Si rextrcme repentir que....
Madame,
En vérité, l’on est bien empesché, comme vous pouuez voir icy : et l’on ne svait par où commencer à se remettre à son deuoir, quand on a failly si longtemps, et mesmement contre une personne à qui on a de si estroites obligations que ie vous ay, et à laquelle on doit tant de respect, do soin et d’affection. Il y a beaucoup de mois, que îe travaille pour trouuer vne excuse à ma faute, et que ie tasche à vous faire vne belle lettre, dans laquelle ie vous prouue par vingt ou trente raisons, que ie n’ay point failly. Mais ie vous auoüe , que ie n’en ay encore pû trouuer pas vne. le croy mesme que toute l’eloquence, et tous les esprits de nostre Academie, n’en pourroient venir à bout : et c’est tout ce que pourroit faire le vostre. et celui de Monsieur le Marquis ensemble. Aussi, Madame, c’esl à vous deux que ie m’addresse , pour vous supplier de me mander franchement ce que peut dire vn homme qui est en ma place. Ma foy, ie croy que vous y seriez empe.schez, aussi bien que moy. Mais si vous n’auez pas assez d’inuention pour couurir ma faute, ayez au moins assez de bonté pour me 1a pardonner. Vous ne sçauriez
DE MONSIEVU DE VÜITVHE.
l’un et l’autre mieux vérifier piir aucune autre chose, ce que ie dis icy de vous tous les iours; qu’il n’y a point sous le Ciel deux autres personnes, si bonnes, si sociables, si genereuses. le vous supplie, pourtant, de croire qu’il y a fort long-temps que le repentir de mon crime me presse; et que ie ne cherche que les moyens d’en sortir. De sorte qu’à le bien prendre, ie ne suis véritablement coupable que du premier mois. Car tout le reste du temps, c’est la honte qui m’a retenu, et la confusion où doit estre tout homme d’honneur, d’auoir si vilainement failly. Que si tout cecy ne vous adoucit point : ie sçay. Madame, vn autre moyen de vous satisfaire. C’est que dans trois iours ie m’iray mettre entre vos mains, pieds et poings liez : afin que vous me le fassiez comparoir aussi chèrement que ie l’ay deseniy; et que vous donniez en moy vn exemple qui fasse à l’auenir trembler tous les ingrats. Car, enfin. Madame, ie ne veux pas viure phis long-temps dans votre mauuaise grâce, et il n’y a point de péril où ie ne me iette pour vous montrer que ie suis ,
Vostre , etc.
A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.