‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 108 sur 229 · I.ETTRK CXLIX · texte numérisé non relu

I.ETTRK CXLIX

Madame,

l’auois raison de m’opiniastrer à mon chemin de Valenton. Cét autre si droit, par lequel on m’asseuroit que ie ne me pouuois perdre, quand ie le voudrois ; ie m’y perdis hier trois fois en ne le voulant pas. Comme ie fus aux murailles de Breuane ; au lieu de prendre à droit, ie pris à gauche, et ie m’en allay droit comme vn jonc, à vn village qui estait à deux grandes lieuës hors de mon chemin. le ne sçaurois pas dire comme cela se fit. Mais j’auois estrangement dans l'imagination Mademoiselle d’Angennes, et Mademoiselle de sainct Maigrin ; et ie les voyois comme deux Ardens , qui marchoient tousjours deuant moy ; et qui m’csciairoient en me perdant. le vous supplie pourtant. Madame, de ne leur en point faire de réprimandés. Car j’aurois peur qu’elles ne me fissent pis vne autre fois : et mon dessein est de n’auoir rien à demesler, auec cette sorte de personnes-là ; et de souffrir toutes choses, plùtost que d’estre mal auec elles. Tant y a, que ie suis icy arrivé aussi seure-

nient, que si j’eusse eu vostre laquais auec iiioy. le n’ay point Irouué de loups en chemin, ny aucun des hazards que vous craignez pour moy : et ie n’ay couru de fortune , que par les personnes que j’ay laissées auprès de vous. le vous asseure, Madame, que ce iour-cy ne SC passera |ias sans que ie soiihaitte beaucoup de fois de voir le chenal Griffon, et vous, et d’estre de la promenade que vous ferez, le suis,

Voslr<‘, etc.

A mademoiselle de rambovillet.

l.ETTBK CL.

.Madehoisf.llk,

Sans mentir, on n’est iamais en repos, quand on aime quelque chose autant que ie vous aime. l’auois tousiours fort appréhendé vostre voyage. Mais ie croyois qu’il ne m’en arriueroit point d'autre mal, que le plus grand ennuy du monde : et comme j’estois desia assez affligé, de n’auoir pas l’honneur de vous voir, la nouuelle qui nous est ici venue de Merloii, m’a mis en vne bien plus grande peine. Quand cét accident ne feroit point d’autre mal, que d’auoir séparé vne si belle compagnie : c’en seroit desia vn assez grand, et duquel j’aurois assez de peine à me consoler. 11 me semble, qu’il y a longtemps que la petite verole, n’a rien fait de si insolent que cela ; et que comme elle n’a osé faire du mal an visage de Madame, elle ne deuoit pas non plus toucher à ses plaisirs , ni à ses divertissemens. le me consolois des ennuis que j’auois icy, par les joyes que ie sçauois que vous auiez de delà ; et ie n’osois estre tout à fait triste en vn temps où l’on me disoit, que vous dansiez tous les iours. A cette heure, il ne me reste pas vne pensée, qui me puisse plaire : et ie vous asseure que Mesdemoiselles du Vigean, ne se sont iamais tant ennuyées dans leur grenier, ni ailleurs, que ie m’ennuie dans Paris. Mais voyez, ie vous supplie. Mademoiselle , jusques où me porte mon desespoir. le me résolus de m’en aller à cheual en trois iours à Blois : et cela c’est presque comme si ie m’allois jetter la teste la première dans la riuiere. le ne s^ay si j’en reuiendray. En tout cas, faites-moy tousiours l'honneur de m’aimer, mort ou vif : et .souiieiiez vous que ie fus, ou que ie suis,

Vostrr , etc.

ÜK MONSIEVK DE VOITVRE.

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A LA MI-SME

LF.TTBK eu.

Mademoiselle ,

Vous estes admirable de vous plaindre de la solitude, apres auoir emmené auecque vous tout ce qu’il y auoit de plus beau et de meilleur dans Paris : et de vouloir que nous vous consolions , quand vous nous auez osté toute sorte de consolation. Si j’estois auprès de la belle Princesse auec qui vous estes, ie vous enuoyerois les lettres que vous me demandez, et de ses moindres paroles, ou de ses plus petites actions, ie dissiperois les plus grandes melancholies. Si vous vous divertissez auec elle aussi mal que vous dites : il faut que l’accident qui est arriué à Merlou, l’ait rendue toute vne autre personne qu’elle n’estoit; et qu’elle soit bien plus changée de la petite vérole de Madame sa belle-sœur, qu’elle ne l’a esté de la sienne. Cependant, Mademoiselle, ie vous donne aduis que toutes les maisons de Paris sont à cette heure des maisons des champs , aussi bien que la vostre ; et en vérité il y en a beaucoup où il n’y a pas si bonne compagnie. Toutefois, si vne personne qui s’ennuye auec Mademoiselle de Bourbon, se peut diuertir, de sçauoir des nouuelles de Madame de la G., ie vous en diray tant que vous voudrez. Car il n’y a plus quasi qu’elle que ie connoisse icy, et ie vous rempliray deux grandes feiiilles de papier, des bonnes choses que ie luy ay oûy dire. C’est , sans mentir, vne jolie Dame ; et en vérité vne des plus charmantes et des plus agréables qui soit à cette heure icy. lugez , Mademoiselle, si ie puis estre fort diuertissant, en vn temps où ie suis si mal diuerty : et si vous ne deuez pas trnuuer bon que ie m’en ' aille à Blois, le plus vistc que ie pourray; et que ie ne vous die autre chose, sinon que ie suis,

Vostre, etc.

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