ET MADEMOISELLE C
LETTRE CLII
Madame et Mesdemoiselles,
Sans mentir, vous estes bien cruelles, d estre vendes troubler
LETIHES
mon rc|K)S si à coiiti’f-lenips : et il faut que vous soyez bien destinées à me tourmenter, puis que les grâces mesmes que vous me voulez faire me nuisent, et qu’il ne me vient iamais bien de vous, qu’afin que j’en aye apres plus de mal. Il n’y a pas fort long-temps que j’eusse donné toutes choses pour receuoir vne lettre comme celle que l’on me vient d’apporter : et elle est venue en vne saison, qu’il n’y a rien que ie donnasse pour ne l’auoir point receuë. l’ay regret. Madame , d’estre contraint de respondre ainsi à l’honneur qu’il vous a pieu de me faire. Mais les Demoiselles qui sont auecque vous, sont si présomptueuses; que ie sais que si ie mets icy des douceurs, elles les prendront toutes pour elles ; et la compagnie à laquelle vous vous estes jointe , m’oblige à vous parler plus rudement que ie ne voudrbis. Trouuez donc bon, s’il vous plaist, et elles aussi, que ie vous die, que les mécontentemens que vous me laissastes en partant, auoient fait vn si bon effet dans mon esprit, que, sans mentir, vous n’y estiez plus. Au moins vous n’y faisiez plus les desordres que vous auiez accoustumé d’y faire, le souffrois vostre éloignement , auec beaucoup de patience : et j’attendois vostre retour dans vne parfaite tranquillité. le commençois à croire qu’il y auoit dans le monde quelques autres choses que vous, qui fussent aimables. Il me sembloit que quand vous seriez reuenuës, ie serois bien trois ou quatre mois sans vous voir, et sans en mourir. Et pour vous dire le vray, ie vous haïssois vn peu plus que ie ne vous aimois. Comme ie me resioüissois d’vn si grand amendement, vostre lettre est venuë renuerser en vn moment, tout ce que ma raison auoit fait en beaucoup de temps, et auec beaucoup de peine. Vous auez comme par un effet de magie , changé mon esprit auec vn certain nombre de paroles : et le characterc tout seul des chose.s que vous auez escrites, m’a rendu tout autre que ie n’estois. le m’estonnerois dauantage de celte merueille , si ie ne sçauois que des personnes où il y en a tant, en peuuent bien faire quelques-vnes : et si ie n’auois connu par d’autres expériences, que dans tout ce qui vient de vostre part, il y a certains poisons, et ie ne sçay quels enchantemens secrets, dont on ne se peut garder. Cependant , il est vray qu’il ne me pouuoit rien arriuer de plus dangereux que cette demy faueur que vous m’auez faite : qui a assez de force pour m’osterde c.olere; et qui n’en a pas assez pour me rendre content. De sorte qu’en l’estât où ie suis, ie ne vois pas quel party ie dois prendre : et ne puis auoir, ni la satisfaction de vous haïr comme ie deurois , ni le plaisir de vous aimer comme ie voudrois. Dans cét embarras où se Irouue mon esprit, ie ne puis pas bien démeslci
DE MO.NSIEVH DE VOITVRE.
s«.‘s sentinicns, ni iuger de quel costé il se tournera. Ce que ie vous puis dire, c’est qu’il me semble que j’ay assez d’enuie de vous reiioir : et que ie crains que ie ne sois assez foible pour retomber entre vos mains. Si cela arriue, traittez-moy mieux que vousn’auez fait. Car, enfin, tant de dépits font vn mauuais effet à la longue : et •sjins mentir, ce seroit dommage, que ie ne fusse pas auec la mesme (xission, et le mesme respect que par le passé,
Madahb et Mesdemoiselles, l'ostre, etc.
.V MADAME L’AllBESSE D’YERE,
pour la remercier d'vn (3iat qu'elle liiy auoil enuoyé. I.ETTRK C1.1II.
l’cstois desia si fort à vous, que ie pensois que vous deuiez croire qu’il n’estoit pas besoin que vous me gagnassiez par des presens : ni que vous fissiez dessein de me prendre comme vn Rat, auec vn Chat. Ncantmoins j'auoüe que vostre libéralité n’a pas laissé de produire en moy quelque nouuelle affection : et s’il y auoit encore (piclque chose dans mon esprit qui ne fust pas à vous , le Chat que vous m’auez enuoyé , a acheué de le prendre , et vous l’a gagné entièrement. C’est, sans mentir, le plus beau et le plus agréable qui fust iamais. Les plus beaux Chats d’Espagne, ne sont que des Chats bnislez au prix de luy : et Rdminagrobis mesme ( vous sçauez bien. Madame, que Rominagrobis est Prince des Chats) ne sçauroit auoir meilleure mine, et ne sentiroit pas mieux son bien, l’y trouue seulement à dire ; qu’il est de tres-difficilc garde ; et que pour vn Chat nourry en religion, il est fort mal disposé à garder la closture. Il ne voit point de fenestre ouuerte, qu’il ne s’y veuille jetter. Il anroit desia vingt-six fois sauté les murailles, si on l’auoit laissé faire : et il n'y a point de Chat séculier qui soit si liliertin, ni plus volontaire que luy. l’espere pourtant que ie l’airesteray par le bon traittement que ie luy fais, le ne le nourris que de fromages et de biscuits. Peut-estre, Madame, qu’il n’estoit pas si bien traitté chez vous. Car ie pense que les Dames d’Yere ne laissent pas aller les Chats aux fromages, et cpie l’austérité du Couuent ne permet pas que l’on leur fasse si honiu' rhere. 11 rnmmenrr desia ,’i s'appriuoiscr. Il me pensa
LETIKES
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liier emporter vne main en sejoiiant. C’est, sans mentir, la plus jolie beste du monde. Il n’y a personne en mon logis qui ne porte de scs marques. Mais quelque aimable qu’il soit de sa personne ; ce sera toiisiours en vostre considération que j’en feray cas : et ie l’aimeray tant, pour l’amour de vous, que j’espere que ie feray changer le proiicrbe; et que l'on dira d’oresnauant. Qui m’aime, aime mon Chat. Si apres ce présent , vous me donnez encore le Corbeau que vous m’auez promis; et si vous voulez m’enuoyer un de ces iours Poncetfe dans vn panier : vous vous pourrez vanter, de m’auoir donne toutes les bestes que j’aime, et de m’auoir obligé de tout point d’estre toute ma vie,
Vostre, etc.
.MüNSlEVR DE MAVVOY,
pour le remercier de la terre Sigeice qu’il luy auoit euoyée.