‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 112 sur 229 · A MONSEIGNEVR LE MARESCHAL DE GRAMMONT · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEVR LE MARESCHAL DE GRAMMONT

sur la mort de Monsieur son Perc.

LETTRE CLVll.

Monseigsevb ,

Il est arriué vne chose estrange sur le sujet de vostre affliction : (|u’estant l’homme du monde, qui auez d’aussi véritables amis; ie n’en ay veu pas vn qui vous ait plaint : et que tout ce qu’il y a d’honnestes gens en France, ayant pris tant de part dans la gloire que vous venez d’acquerir, il n’y ait eu personne qui en ait pris dans vostre niauuaise fortune, le ne sçay pas quelle raison ils donneront pour cela ; ni quelle excuse ils pourront alléguer de ne vous pas plaindre. Pour moy, Monseigneur, qui vous connois jusques dans l’àme, et qui sçay combien exactement vous vous acquittez de tous les deuoirs de toutes sortes d’amitiez : ie suis asseuré, que vous auez receu vn extrême déplaisir. Et sçaehant, combien vous estes bon frere, bon parent et bon amy : ie ne doute point, que vous ne soyez aussi bon lils; et qu’ayant perdu vn pere, qui a esté regretté, inesme de tons ceux qui ne le connoissoient pas, vous n’ayez esté louché d’vne tres-sensible affliction. Cela est d’autant plus àloüer en vous, que les hommes d’aujourd’huy sont très esloignez d’auoir de pareils ressentiments. Cette tendresse d’ame, n’est pas moins estimable, que la fermeté que vous venez de monstrer dans les plus extrêmes périls. Et qu’en vn siecle, oii les exemples de bon naturel .sont si rares, vous soyez affligé d’vne perte qui vous rend vn des plus riches hommes de France : cela, sans mentir, est admirable, et an-dessus de tous vos exploits. Mais, comme il peut y auoir de

(I) l.'édiliim (le IfiHI poiio : </M( nous (ic liouuiiim....

DE MONSIEVK DE VOITVKE. 329

l’excez dans les meilleures choses : vostre douleur, qui a esté iustc jusqu’à cette heure, ne le seroit plus, si elle duroit dauantage. Il y auroit de la messéance, qu’vn homme que la France tient pour vn de ses Héros, s’aflligeast comme les autres hommes : et vous témoigneriez, de ne pas faire assez de cas de la vertu et de la gloire ; si vous pouuiez auoir vne longue tristesse, en vn temps, où vous faites de si glorieuses actions, et où vous receuez des applaudissemens de tout le monde. le vous ay oüy loiier tout haut, aiiec beaucoup d’affection, par la Reine; j’ay veu faire la mesmc chose à vn homme, qui a quelque crédit auprès d’elle ; vostre réputation augmente tous les iours : et vostre bien ne diminue pas. Car on dit , qu’en argent et poulaille, vous aurez d’oresnauant quelque chose d’assez considérable. Si parmy tout cela , vous ne pouuiez vous consoler : ie conuois vn de mes amis qui auroit plus de raison que iamais, de

s’escrier. Quelle A dire le vray. Monseigneur, il y auroit du

trop : et j’y trouuerois quelque chose à redire; moy, qui d’ailleurs, ne sçaurois rien desaprouuer, de ce que vous faites, et qui suis passionnément , et aueuglément,

Voxire, etc.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE CLVIll.

Madeuoisellb,

le ne sçaiiois gueres ce que ie faisois, quand apres auoir en la force de gronder si longtemps, ie m’accommoday auec vous la veille de vostre départ : et cela me fait bien voir ce que vous m’auez dit beaucoup de fois, que ie n'ay gueres de jugement. Vous ne sçauriez croire combien cette paix-lù me cousle de trouble, et de desordre, et quel bien ce me seroit, que d’estre encore mal auecque vous. Iamais absence ne m’a paru si longue , que celle-cy qui ne fait que commencer. le sens à cette heure toutes les choses que ie vous escriuois autrefois : et il me semble que Paris, et la France, et tout le monde, sont allez à Rouen auec vous. Considérez, ie vous supplie. Mademoiselle, vous qui vous estes mocquée de moy toutes les fois que ie vous ay dit, (jue rien ne m’estoit si contraire que de veiller : combien d'inquiétudes, de desplaisirs, et de p<'inos j’aurois éuitées, si le Vendredy si’pliestne d'Avril , ie inc fusst' couché à niinnil , et coin-

LirmiEs

bien ie deurois soubaitter d’auoir esté bien endonny les deux dernières heures que j'ay passées auecque vous. C’est, sans mentir, vne bizarre destinée, que celle qui veut, que ni loin ni prés de vous, ie ne sois iamais en repos :

Ni sin ti , ni contigo ,

Puede viuir t’I Mundo.

Ayant pourtant essayé beaucoup de fois de l’vn et de l'autre : ie trouueque la douleur de ne vous point voir, est la plus sensible de toutes, -et que vous ne me faites iamais tant de mal , que lors que vous n’y estes pas.

A LA MES.ME

Page 1