‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 119 sur 229 · A MONSEIGNEVR LE DUC D'ANGVIEK · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEVR LE DUC D'ANGVIEK

LETTRE CLXVn.

Monsibvb,

Si ie n’ay pas esté si prompt à me réjouir auecque vous , d’vn succez qui vous a cousté Monsieur le Marquis de Pisany : ie pense que vous ne le trouuerez pas estrange , et que vostre Altesse me pardonnera , si en cette occasion , j’ay esté plustost sensible au déplaisir qu’à la joye. le ne crois pas, Monseigneur, moy qui mettrois volontiers ma vie pour vostre seruice : que ceux qui l’ont perdue en

(1) Michel Particelti, seigneur d’Emery, Italien d'origine. Il devint surintendant des Hnances.

■il.

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vous semant , Tayenl mal employée. Mais ie voudrois de bon cœur estre en leur place : pour ne me voir pas si mal-heureux , que d’estre obligé de pleurer dims vne de vos victoires. Cependant , Monseigneur, ayant receu vne des plus rudes afflictions dont ie pouuois estre touché : ce ne m’est pas vne petite consolation , que vous soyez sorty si heureusement et si glorieusement, de tant de périls , et que le Ciel ait conserué vne personne , en laquelle ie puis mettre tout le respect et tout le zèle, que ie pourrois auoir voué à toutes celles que ie sçaurois iamais perdre. le prie Dieu , Monseigneur, qu’il garde vostre vie plus soigneusement, que vous ne ferez ; et qu’il me donne le moyen de témoigner à V. A. combien, et auec quelle passion ie suis,

Vostre, etc.

A MONSKIGNEVR LE MARESCHAI- DE GRAMMONT.

lÆTTIlE a.XVIll.

Monseigxevb ,

Dans raffliction de la mort de Monsieur le Marquis de Pisany, qui est la plus grande , que j’aye eue de ma vie, ie ne laissay pas de sentir celle de vostre prison : et depuis , en vn temps , où ie ne me croyois pas capable de joye, j’en ay receu de la nouuelle de vostre liberté. Encore, dans les déplaisirs où ie suis , est-ce quelque consolation pour moy, de voir que toutes mes passions ne soient pas infortunées, et que la fortune ne m'oste pas gencralemenl toutes les personnes qui me sont les plus cheres. le ne connoistrois pas. Monseigneur, vne des meilleures qualitcz qui soient en vous, et combien , sur tous les hommes du monde , vous estes capable de la vraye et parfaite amitié : si ie croyois que ce malheur- là ne vous cust pas touché autant que moy. Et quoy que vous deuiez estre endurcy, il y a long-temps, à cette sorte d’accidens, et accoustumé à perdre les amis que vous estimez le plus : ie suis asseuré que la perle de celuy-cy, vous a esté extraordinairement sensible, et que vous iugezbien que vous n’en auez iamais fait, que vous deuiez regretter dauantage. Pour moy, qui connoissois les plus secrets sentimens de son cœur, et qui sçay qu’il n’a iamais au monde rien tant aimé , ny tant estimé que vous : ie manquerois à ce que ie dois à sa mémoire, et à l'intention quej’ay de suiure

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ÜE MONSIEVH ÜE VüITVHE. 311

tüusioiirs toutes les inclinations et les volontez qu’il a eues, si en sa considération ie ne m’efforçois de me donner à vous encore plus que jamais; et d’adjouster quelque chose à l’affection dont ie vous ay honoré toute ma vie. le ne croy pas, Monseigneur, que ce soit vne chose possible. Mais il est de mon deuoir de faire tout ce que ie poiirray pour cela : et de vous protester, que si la passion que j’ay pour vous ne peut augmenter, au moins elle ne diminuera iamais ; et que ie seray tousiours également ,

Münsbionevr, Vnstre, rie.

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