‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 127 sur 229 · LETTRE CLXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXVII

Monseigxevk,

Vostre Altesse n’a rien fait en toute cette campagne de si hardy, que ce que ic fais à cette heure. Car sçaehant à quel point vous estes délicat ; combien il y a peu de lettres qui vous plaisent ; j’enlrcprens de vous en faire vne, sans avoir rien de bon, ni de plaisant à vous dire. Que ie meure , si ie n’aymerois mieux estre obligé à tuer six hommes de ma main , ou à me tenir auprès de vous , à repousser vne sortie des ennemis. Cette action , pourtant , Monseigneur, où il paroist tant de hardiesse : ce n’est que la peur qui me l’a fait faire. l’ay tâché tant que j’ay pû à m’en exempter : et plùtost que de vous écrire vne lettre ordinaire, j’auois résolu de ne vous écrire point du tout. Ce qui eust esté sans doute le plus court, et le meilleur. Mais Madame de Montausier, que j’ay consultée là dessus , m’a intimidé : et m’a dit que ie ne m’y ioüasse point ; que vous n'estiez {>as vn homme à qui il faloit manquer, et que quelque mine que vous en fissiez , vous m’en voudriez mal dans vosire cœur. Or, Monseigneur, d’estre mal dans ce cœur, dont toute la terre parle : ie vous auouë que ie n’ay osé m’y hazarder. Cette crainte a sur-monté l’autre, qui me retenoit : et j’aime mieux vous laisser voir, que j’ay moins d’esprit que vous n’auez pensé ; que de vous donner lieu de douter que ie manque de zele , et de respect poiu- vous. Et certes il scroit bien estrange, que moy, qui ay tousioui-s aynié Achille cl Alexandi-e, que ie n’ay iamais vous ni connus , et pour les choses seulement rpie j'en ay leués , manquasse de passion |Knn- vostre .Vltessr?, de qui nous voyous tous les iours

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tantdfi mcrneilles , et dont j’ay receu tant d'honneur et tant de grâces. le vous asseurc, Mouscigueur, que les sentimeus que j'ay pour elle , sont au point où ils doiuent eslre, et que ie ne puis exprimer ni le plaisir ni la peine

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