‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 128 sur 229 · A LA REYNE DE POLOGAE (I · texte numérisé non relu

A LA REYNE DE POLOGAE (I

LETTRE CLXXVIH.

Madame, tjl

Ce que ie considéré le plus, du présent que m’a enuoyé Madame • la Marquise de Sablé , et de l’adresse auec laquelle Votre Majesté . me l’a fait prendre , et m’a fait désobéir à la Reyne , sîins me rendre coupable : c’est le prétexté qu’il me donne de prendre la hardiesse de vous escrire , et le moyen que j’ay par là de vous faire souuenir de moy, sous ombre de rendre à Vostre Majesté les tres-humbles remercimens que ie luy dois. le vous diray donc , Madame , que le plus auarc homme du monde, ne fut iamais si ayse, que l’on Rry fist du bien , que ie l’ay esté , de celuy que ie viens de receuoir de V. M., et que ie me suis trouué en cette occasion beaucoup plus intéressé , que ie n’eusse cru de le pouuoir estre. A dire le vTay, l’honneur de receuoir des marques de la bien-veillance d’vne des plus grandes Reynes du monde, et , ce que j’estime dauantage, de la plus accomplie personne que j’aye iamais veué : est vu interest, dont les ames les mieux faites peuuent estre gagnées. Et tous les Roys de la Terre n’ont rien à donner qui soit de ce prix-là. le souhaitte. Madame, que toutes les liberalitez que vous ferez, soient toiisiours aussi bien employées, ie veux dire aussi-bien reconnues, et qu’entre tant de millions d’hommes qui obeïsseut à V. M. il s’en trouue quelques-vns qui prennent autant de plaisir que moy, à publier ses loiianges, et à la bien faire connoistre à tous les autres.

Cela estant, V. M. aura bien-tost sur tous ses sujets, le mesme empire qu’elle a eu jus(|u’à cette heure, sur toutes les ames raisonnables qui l’ont approchée. C’est cét empire. Madame, qui est ne

(1) lx)uisc-M.iric de r.onz.iBUc, liHc du duc de Novers et de Maiitouc, naquit on 1612. Elle fui siicctssivcinoul ta fomine de deux rois do Polouiio, et mourut à V.irsovio, lo 10 iii.Ti Ifiu;.

DE MONSIEVa DE VOITVRE.

auec vous; que vous auiez deuant que vous eussiez de Sceptre, ni do Couronne, et qui, si vous me permettez de le dire, est beaucoup plus estimable , et plus absolu , que celiiy que la fortune vous a donné. le prie Dieu que V. M. joiiis.se long-temps de l’vn et de l’autre, auec toutes les prosperitez qu’elle mérité : et que ie sois assez heureux, vne fois en ma vie, pour vous voir dans vostre gloire, et ptmr vous pouuoir dire moy-mesme, auec combien de respect, de passion et de zele, ie suis.

Madame, de Votre Majesté,

Le tres-humble, etc.

A MONSEIGNEVR LE DVC DE f,A TRIMOVILLE.

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