‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 13 sur 229 · VIK DE VOITI KE · texte numérisé non relu

VIK DE VOITI KE

ment blessé à la joue droite, sans que >a balle pénétrât fort avant dans la chair. L’assassin eut le temps de se sauver ; on lui tenait un cheval tout prêt, et il n’y eut qu’un laquais de Puylaurens qui le poursuivit quelque temps sans pouvoir l’atteindre (1). Monsieur demanda justice de cet assassinat au marquis d’Ayetonne , mais on ne put jamais en découvrir l’auteur. Gaston parut toujours persuadé que le coup parlait de Chanteloube, ennemi déclaré de Puylaurens.

Voiture ne cherchait qu’à se faire oublier : lorsqu'il ne jouait plus, il reprenait sa correspondance avec ses amis de Paris, i;t, toujours sur la brèche lorsqu’il s’agissait de la langue française , il envoyait le plaidoyer suivant à mademoiselle de Uamhouillet contre ceux qui demandaient la suppression du mot car.

Mademoiselle,

Car estant d’vne si grande considération dans nostre I.angue ; j'approuue extrêmement le ressentiment que vous auer. du tort qu'on luy veut faire : et ie ne puis bien esperer de l'Academie dont vous me parlez , voyant qu'elle se veut establir par une si grande violence. En vn temps où la Fortune joue des Tragédies par tous les endroits de l'Europe ; ie ue voy rien si digne de pitié, que quand ie voy que l'on est prest de chasser et faire le procez à vn mot , qui a si vtilement serai cette Monarchie ; et qui dans toutes les broüilleries du Royaume , s'est tousiours monstre bon François. Pour moy, ie ne puis comprendre quelles raisons ils pourront alléguer contre vne diction qui marche tousiours à la teste de la raison, et qui n'a point d'autres charges que de l'introduire. le ue scay pour quel iuterest ils taschent d’oster à Car, ce qui lui appartient , pour le donner à Pour-ce que ; ni pourquoy ils veulent dire auec trois mots , ce qu'ils peuuent dire auec trois lettres? Ce qui est le plus à craindre. Mademoiselle, c'est qu'apres cette injustice, on en entreprendra d'autres. On ne fera point de difDculté d'attaquer VaU; etie ne scay si 5i, demeurera en seuretc. Ue sorte qu'apres nous auoir osté toutes les paroles qui lient les autres , les beaux esprits nous voudront réduire au langage des Anges : ou, si cela ne se peut , ils nous obligeront au moins , à ne parler que par signes. Certes, j’auouc qu'il est vray ce que vous dites, qu’on ue peut mieux connoistre par aucun autre exemple, l'incertitude des choses humaines. Qui m'eust dit, il y a quelques années, que j'eusse deû viure plus longtemps que Car; j'eusse creu qu'il m’eust promis vne vie plus longue que celle des Patriarches. Cependant , il se trouue qu'apres auoir vescti onze cens ans plein de force et de crédit; apres auoir esté employé dans les plus importants Traittez, et assisté tousiours honorablement dans le Conseil de nos Roys : il tombe tout d’vn coup en disgrâce , et est menacé

(I) Voir la-dessus il/lsfoire de Louis XIII, par le [htc Ciriffel.

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d'vne flu violente, le n'attens plus que l'heure d'entendre eu l'air des voix lamentables , qui diront , le grand Car est mort : et le trespas du grand Cam ni du grand Pan , ne sembleroit pas si important ni si estrange. le sçay que si l'on consulte là-dessus vn des plus beaux esprits de nostre siecle , et que j'ayme extrêmement , il dira qu'il faut condamner cette nouueauté ; qu’il faut vser du Car de nos peres , aussi bien que de leur terre et de leur Soleil ; et que l'on ne doit point chasser vn mot qui a esté dans la bouche de Charlemagne, et de Saint Louis. Mais c'est vous principalement , Mademoiselle , qui estes obligée d’en prendre la protection. Puisque la plus grande force, et la plus parfaite beauté de nostre Langue, est en la vostre : vous y deuez auoir vne souueraine puissance ; et faire viure ou mourir les paroles comme il vous plaist. Aussi crois-je que vous auez desia sauué celle-cy du hazard qu'elle couroit ; et qu’en l'enfermant dans vostre lettre, vous l'auez mise comme dans vn azyle , et dans vn lieu de gloire, où le temps ni l’enuiene la sçauroient toucher. Parmy tout cela , ie confesse que j'ay esté estonné de voir combien vos bontez sont bizarres : et que ie trouue estrange, que vous, Mademoiselle, qui laisseriez périr cent hommes , sans en auoir pitié ; ne puissiez voir mourir vne Syllabe. Si vous eussiez eu autant de soin de moy, que vous eu aupz de Car ; j’eusse esté bien-heureux malgré ma mauuaise fortime. La pauureté, l'exil, et la douleur ne m’auroient qu’à peine touché Et si vous lie m’eussiez pü oster ces maux , vous m'en eussiez au moins osté le sentiment. Lors que j’esperois receuoir quelque consolation dans vostre lettre , j’ay trouué|qu'elle estoit plus pour Cor, que pour moy ; et que son bannissement vous mettoit plus en peine que le nostre. l'auoüe. Mademoiselle , qu’il est iuste de le defendre. Mais vous deuiez auoir soin de moy aussi bien que de luy ; afin que l’on ne vous reproche pas que vous abandonnez vos amis pour vn mot. Vous ne respondez rien à tout ce que ie vous auois escrit. Vous ne parlez point des choses qui me regardent. En trois ou quatre pages , à peine vous souuient-il vne fois de moy : et la raison en est Car. Considerez-moy dauantage vne autre fois , s'il vous plaist : et quand vous entreprendrez la defeuse des affligez , souuenezvous que ie suis du nombre, le me seruiray tousiours de luy-mesme pour vous obliger à m’accorder eette grâce : et ie vous asseive que vous me la deuez. Car ie suis, etc.

, La cause qu’il embrassait devait triompher, et bientôt il lui fut jxissiblc de la défendre de plus près, car son exil allait finir.

Richelieu, que la présence du frère du roi sur les terres d’Espague embarrassait beaucoup, fit, à l’endroit de Puylaurens, une tentative qui, cette fois, eut un succès décisif ; et peu a|>rès deux traités étaient signés, l’un avec Gaston , l’autre avec son favori. Monsieur devait, jiour la validité de son mariage, s’en rapporter à la décision des lliéologieiis français. Puylaurens renonçait à toute intrigue avec

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les cours étrangères, et s’engageait à déterminer le duc à consentir à la dissolution de son mariage dans un délai qui ne devait pas excéder deux mois. En retour on le nommait duc et pair, et il était convenu que, huit jours après sa rentrée en France, il épouserait mademoiselle de Pontchâteau, nièce du cardinal. Les deux traités faits, signés et ratifiés. Monsieur, suivi de quelques gentilshommes, s’évadait de Bruxelles le dimanche 8 octobre , et, après avoir crevé plusieurs chevaux, il arrivait sur la contrescarpe du fossé de laCapelle, où il était reçu par le baron du Bec.

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