‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 131 sur 229 · LETTRE CLXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXI

Moxskionevb,

le ci'oy que vous prendriez la Lune auec lesilents, si vous l’aiiiez

DE MONSIEVR DE VOITVHE

entrepris, le n’ay garde de m’eslnnner que vous ayez pris Diinquer- (luc. Rien ne vous est impossible, le suis seulement en peine de ce que ie diray à vostre Altesse là dessus , et par quels termes extraordinaires, ie luy pourray faire entendre ce que ie conçois d’elle.

Sans doute, Monseigneur, dans l’estât glorieux où vous estes, c’est vne chose tres-auantageuse, que d’auoir l’honneur d’estre aimé de vous. Mais à nous autres lieaux esprits, qui sommes obligez de vous escrire sur les bons succez qui airiuent ; c’en est vne aussi bien embarrassante, que d’auoir à trouuer des paroles qui respondent à vos actions , et de temps en temps de nouuelles louanges à vous donner. S’il vous plaisoit vous laisser battre quelquefois, ou leuer i seulement le siégé de deuant quelque place ; nous pourrions nous ) sauuer par la diuersité : et nous trouuerions quelque chose de beau ) à vous dire, sur l’inconstance de la fortune, et sur l’honneur qu’il • y a à souffrir courageusement ses disgrâces. Mais dés vos premiers » exploits, vous ayant mis auec raison du pair auec Alexandre, et voyant que de iour en iour vous vous esleuez dauantage : en vérité. Monseigneur, nous ne sçaurions où vous mettre , ni nous aussi , et nous ne trouuons plus rien à dire, qui ne soit au dessous de vous. L’eloquence, qui des plus petites choses en sçait faire de grandes; i ,

ne peut auec tous ses enrichissemens, égaler la hauteur de celles < ' •

que vous faites. Et ce que dans les autres sujets, elle appelle Hyperboles ; n’est qu’vne façon de parler bien froide , pour exprimer ce que l’on pense de vous. Et certes , cela est incompréhensible , que V. A. trouue moyen tous les Estez, d’accroistre de quelque chose, cette gloire à laquelle tous les hyuers precedens, il sembloit qu’il n’y eust rien à adjouster : et qu’ayant débuté de si grands commencemens , et en suite de plus grands progrez , les dernières choses que vous faites.se trouuent tousiours les plus glorieuses.

Pour moy. Monseigneur, ie me réjouis de vos properitez, comme ie , dois. Mais ie préuoy, que ce qui augmente vostre réputation pre- ! sente , nuira à celle que vous deuez attendre des autres Siècles : et V que dans vn si petit espace de temps , tant de grandes et impor- J tantes actions , les vnes sur les autres , rendront à l’auenir vostre vie incroyable , et feront que vostre histoire passera pour vn roman à la Postérité. Mettez donc, s’il vous plaist , Monseigneur, quelques iKjrnes a vos victoires , quand ce ne seroit que pour vous accommoder à la capacité de l’esprit des hommes, et pour ne pas passer i plus auant que leur creance ne peut aller, 'fenez-vous, au moins |)Our quelque temps , en repos, et en seurcté : et permettez que la l'rance, qui dans ses triomphes est tousiours en alarme pour vostre

ïA,

Li-rniES

vie , puisse jouir quelques mois tranquillement de la gloire que vous luy auez acquise. Ceptendant, ie vous supplie tres-humblement de croire , que parmy tant de millions d’hommes qui vous admirent, et qui vous bénissent , il n’y en a point qui le fasse auec tant de joye, de zele, et de vénération , que moy, qui suis de V. A.

MoasRioNEva , Le très, etc.

A MONSEIGNEVR D AVAVX.

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