‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 138 sur 229 · LETTRE CLXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXVIII

N’ayanl osé, par respect, escrirc iusqu’icy à Vostre Altesst: : j’ay vn e.xtrénie regret d’y estre contraint , par vne si funeste occasion, que celle qui m’y oblige à cette heure, le ne doute pas. Madame, qu’ayant perdu Monseigneur vostre |>ere, dans le temps que vous receuiez le plus de preuues de son affection , cette perte ne vous soit infiniment sensible : et que n’estant pas accoustumée à receuoir de pareils coups de la fortune , celuy-cy ne vous ait extrêmement touchée. Mais j’espere que cette justesse d’esprit, qui ne vous a jamais pt'rmis de rien faire, ni de rien dire, que dans la vraye mesure qu’il le falloit ; vous seruira en ce rencontre : et que vous réglerez vostre douleur et vos larmes comme vous auez sceu regler toutes les actions de vostre vie. A dire le vray. Madame, il est bien juste qu’vue personne aussi celeste que vous , s’accommode aux volontez du Ciel i et qu’ayant tant receu de luy, vous souffriez qu'il vous oste quelque chose. Encore semble-t-il qu’il ait voulu prendre le temps de vostre absence pour cela , et qu’il ait pennis que ce malheur soit arriué pendant (lue vous estiez éloignée : pour ne faire pas voir à vos yeux le deüil qu’il vouloit mettre dans vostre maison, le prie Dieu qu’il y remette bien-tost la joye, par vostre retour : et qu’il nous rende la Paix, et V. A. sans qui pei-sonne ne sçauroit plus viure, et qui sont les deux choses du monde les plus désirées, particulièrement de moy, qui suis,

Madame, Vostre, etc.

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