LETTRE CL.XXXIX
MoNSEIGNEVn,
Ce n’est que pour m’acquiter de mon devoir, et non pas pour vous consoler, que j’entreprens de vous écrire, le connois trop bien
LETTRES
l’estenduë et les lumières de vostre esprit, pour m’imaginer que l’on vous puisse dire aucune raison pour cela , que vous ne voyez pas mieux que tout autre. Et puis , Monseigneur, ie crois qu’vn esprit qui est occupé à donner le repos à toute l’Europe , ne se laissera pas mettre en desordre pour la mort d’vne personne ^ quelque importante qu’elle puisse être; et que la fermeté de vostre ame, éprouuée en toutes sortes d’occasions, ne vous manquera pas en celle-cy. Mais la bien veillance que vous m’aucz tousiours fait l’honneur d’auoir pour moy, m’obligeant de in'interesser dans tout ce qui vous regarde : j’ay creu. Monseigneur, qu'il estoit de mon dcuoir de vous tesmoigner la part que ie prens dans vostre desplaisir, et de vous renoiiucller la protestation que ie uous ay faite beaucoup de fois, d’estre auec toute sorte de respect,
MoasEiONEVB, Vostre, etc.
A MONSIEVR COSTART,
Trois iours apres qu'il se fut mnequé de quelques fautes que l'Autheiir auiiit faites en parlant Latin à vn Ambassadeur.
LETTRE CXC
Si vales benè est. Ego autem vereor vt valeas. Hcri enim , si non ægro , at certé anxio animo domum te recepisti. Neque ego me hercule sine molestia eram , quando te felicitatis mea* et conscium et authorem , in his ærumnis videbam versari. Scio quàm morosi sint qui amant, et quàm omnibus vel minimis offensis obnoxij. Sed si te noui, is es, qui citissimè sanari potes. Fortassis quidem iam liæc nox, et Catullus tuus tibi dédit consilium , et vt destinâtes obdures, suasit. Quomodo igitur te habeas, quà mente sis, tranquillâ aut sollicitA? vigilaris-ne lassus , an naso tantum vigilaris? fac me certiorem. Ego, mi Costarde, tibi persuadeas velim, me à nullo plus velle amari, quàm à te : et si ita placet, mandatunim huic inimica; nostræ (quidni enim mea est si tua?) vt res suas sibi babcat : Tu quid velis , vide : et me ama.
le vous supplie de corriger ce lheme : et de me dire franchement, si de la sixicsme,où vous m’auez veu ces iours passez, ie puis monter à vne plus haute classe, le suis ,
Vostre , etc.
DK MONSIEVK DK VOITVIÎi:.
AV MESME
LETTRE CXCl.
Uenè cxoluisti , ini Costaixle , quod mihi de te promiserani : te pro onyce , cadum redditurum , et cadum quidem simileni illi Sulpitiano, spes donare nouas largum, amaraque ciirarutn eluere efTicacein. Ilia enim tua epistola , quam tu ponderosam , ego magni ponderis nomino , nescio quomodo me inuitum , et renitentem , in tanta dolendi causa , gaudere compulit : et quod non tempus , non litteræ, non ipsa quæ poterat esse luctus satietas, fecerant, tua lepida,faccta, lepidissiina , facetissima, omnibus Atticis, Romanis, nostris salibus condita, fecit allocutio.
Me voilà desia au bout de mon latin. Aussi, Monsieur, à dire le vray, ie ne sçay pas mesme assez de fraiiçois pour vous bien expliquer, et vous faire entendre, comme ie voudrois, les véritables ressentimens que j’ay, du soin que vous prenez de nioy, et de l’affection que vous me tesmoignez. le n’ay rien veu dans vostre lettre qui ne m’ait touché le coeur : et tout m’y plaist extrêmement , hors les louanges que vous m’y donnez. Car, pour en parler franchement, vous faites vu peu trop valoir.
Et crassum vuguentum , et Sardo cum mrlle papauer.
Quand mesme mon nardus vous auroit plù : (c’est vnc belle question, s’il faut dire mon nardua, ou ma nardus) quand, dis-je, il vous auroit plû , le reste de la lettre , s'il m’en souuient bien , ne valoit gueres : et elle auoit esté escrite à la haste.
Quid quod olet grauius mistum diapasmate virus.
Pour le passage de Terence , que vous me reprochez d’auoir passai sans en rien dire : ie pense que ie l’ay fait , parce que ie n’y voyois point de difficulté. Gnaton veut faire entendre à Thrason, qu’ayant oüy dire plusieurs fois cette bonne repartie , sans que l’on en dist l’Autheur, il auoit crû alors, que c’estoit vn de ces bons mots , qu’on choisit sur plusieurs qui se sont dits dans la suitte des temps, et dont on se souuient pour estre excellons : et ne veut pas dire , (|ue luy entendant raconter que c’estoit luy qui l’aiioit dit, il ne le crût pas; mais qu’auparavant cela, il l’auoit cru vn dit Ancien. Audieras?(ii\. S.rpè: et fertvr in primis. le ne vois pas ce qui vous
LElTRlîS
a là embarrassé. Pour moy, j’ay peur que vous ne l’entendiez pas : puisque vous y faites tant de finesses , et que vous ne soyez de eeux ,
Qui faciunt nœ intvlligendo, ut nihil intelligant.
Mais sans mentir, c’est vne grande hardiesse , et mesme vne ingratitude, de parler ainsi à un homme, qui m’écrit tant de belles choses. En vérité , j’apprens plus dans vos lettres , que ie n’ay appris dans tous les liures que j’ay iamais leus. Et si ie suis lUagister cœnæ, vous estes Magisler scholæ, et pour dire en meilleur latin, Lndi Magister : et c’est comme ce que disoit Cicéron d’Hircius et de Pansa; Hireivm et l’nnsam habeo discendi discipulos, camndt magistros. Mais ie vous prie, continuez à me donner de grandes leçons : c'est à dire , faites tousiours de grandes lettres.
Parcentea ego dexteras
Odi.
Mais il n’en faut pas demeurer là. Car sparge rosas, vient encore bien : et ne pensez pas vous en excuser sur la poussière et la stérilité de la Philosophie , et de la Théologie. Ces sciences-là deuiendront fleuries entre vos mains , pro carduo , et pro paliuro foliix acutis, iurget mollis viola, et pvrpureus hgaeint/ius.
Quidquid catcaueria hic rosa liet.
Vous faites Jlorés par tout. Mais ne croyez pas me contenter en m’enuoyant de celles de Seneque. Il me semble que c’est, comme si on m’en enuoyoit des halles, le les veux cueillies plus à l’écart, per deuia rura, et vn peu plus naturelles,
El flores terræ quos ferunt solutœ.
Pour vous dire le vray, ie n’ay pas grand goust p<iur cét Autheurlà. Vostre Latin m’a plù dauantage que le sien : et J’ay pris plus de plaisir aux choses que vous in’auez dites de vous mesme, qu’à celles que vous m’auez alléguées de luy. Mais dans le contentement d’auoir de vos lettres, il arriue bien souuent, que le plaisir que j’ay à les lire, augmente le regret que j’ay de ne vous point voir : et me fait mieux sentir quelle perte c’est pour moy; que d’estre loin d’un homme qui escrit de ces choses-là, et qui m’en diroit de pareilles tous les matins, s’il estoit icy.
nicdin de fonte Icixirum ,
Surgit amnn aliqiiid , qimd in ipsis lloribiis .mgat.
Üli iMONSIEVR DE VOITVRE.
Pour ce qui est de Pline ; ie m’estonne de ce qu’il fait tant de cas du bon mot de son Sénateur : et m’étonne aussi de ce que vous louez tant celiiy de Montagne :
Dimium patienter vtrùmque.
Pour l’amour de vous, ie ne veux pas dire le reste; Monsieur Pauquet dit de meilleurs mots que ces Messieurs-là. Celtiy que vous m’auez mandé de luy, m’a fait rire de bon cœur, l’ay veu toutes les lettres que vous auez escrites icy et à .\ngoulesme. Elles m’ont semblé admirables, le ne puis m’empescher de vous dire, que la demy page où vous me parlez de Monsieur de P“* m’a semblé tout comme si Petrone l’auoit escrite. Adieu, Monsieur.
le vous auois desia escrit cette lettre. Mais ayant veu par celle que vous auez escrite à Madame la Marquise de Sablé, que vous ne l’auiez pas receuë, ie m’en suis ressouuenu du mieux qu’il m’a esté possible. Si vous la receuez deux fuis, au moins, ie suis asseuré que vous ne la lirez qu’vne. le suis,
Voslre, etc.
AV MESME