A.MOVREVSES ET DE GALANTERIE
ÜE
MüNSIEVK DE VOITVRE.
LETTRE I
Florice, quittons le noir, ie vous en prie : ou s'il faut que nous soyons eu deiiil, que ce ne soit que pour nostre absence, l'ay receu vos excuses auant que vous les eussiez faites, et vous deuez penser, que ie ne eroyois pas que vous eussiez failly ; puisque i’auois eu le courage de vous accuser. l'ay cherché mieux que vous tout ce qui faisoit à voslre descharge : et pour dire le vray, ma cause estoit trop mesléc auec la vostre ; et j’auois trop d’interest en vostre innocence, |>ourne la pas bien défendre. Car si vouseussiez esté trouuée coupable ; j’en eusse eu la peine le premier : et personne n’en ciist esté puny si cruellement que moy. Mais de plus, j’ay vne trop haute opinion de ma fortune, et de vostre courage ; pour douter (|ue l'vn ou l’autre puisse tomber si bas. Il est indigne de vous et de moy, de craindre qu’vne affection si bien iointe, se demente en (|uelque sorte : et c’est un crime entre nous deux, d’imaginer seulement, qu'il soit possible. Si l’vn de ces deux, dont ie vous ay fait des reproches, aiioit attendu le iour en vostre chambre ; ie croirois que vous eussiez voulu prendre vne nuict toute entière jiour le quereller ; etquand ie l’aurois ven entre vos bras, ie penseroisque ie vous aurois prise pour vne autre, ou que vous l’auriez pris pour moy. Enfin, ierne défieroisplustostde la fidelité de mes yeux, que de la vostre : et ie me persuaderois plus aisément d’auoir esté trompé d’eux, t|ue de vous. Non, l’entretien de cesdeux hommes, ne me fera iamais
LETlIltS
3VHi
resvcr:el quand ii:i aiunienlesté un sieclucnlkTaufcvuus, ie iiccroimis [>as qui- vous eussiez esté un qiuu't d'hcuix; auceeux. Mais encore ditcs-inoy, apres que le premier s’en fui allé, deiiieurastes-vous seule aiiec raulre ; et voslre femme de chambre ne monla-l-elle pas aussi-tost "f Sont-ils sortis à ce voyage d’auprès de vous, aussi satisfaits que les autres fois? Kl leur auez-vous encore laissé toutes ces belles espérances, auec lesquelles seules ie les liens plus riches, (jue s’ils possedoient tous les autres biens du monde ? le m’informe (uirieusemenl de ces particularitez. Car ie s^'ay bien qu’elles ne me peuuent estre que bien agréables ; et sans doute celte entreveuë iindonneroil plus de sujet de contentement que de plainte, si j’en auois vue parfaite connoissiuice. Mais cependant, ils vous virent, tandis (|ue j’eslois à trente lieués de vous : et au niesinc temps, que ie me trouuois seul en ma chambre, à plaindre cette absence : ils estoient dans la vostre, et vous entendoient parler. Peut-estre mesme, qu’ils vous ont veu rire ; et que vous donnastes sujet à l’vn d’eux d’auoir cette nuit-là quelque agréable songe. Ha ! Florisse, que c’est vue Iraistresse passion, que la jalousie : et qu’elle se glisse aisément en nous, au dcsceu de noslre raison ! le sçay bien que vos erreurs passées vous obligent à de fascheuses conséquences, et que vous est»» contrainte de faire beaucoup d’actions contre vostre coeur, et le mien, si vous ne voulez faire courre fortune à une chose que vous tenez bien chere. Mais si vous s^auiez quel coup cela me donne ; et combien ces pensées me touchent: peut-estre qu’vnc autre fois vous mettriez toute autre chose au hazard, plustost (|ue ma vie. Ktapies cela, vous me reprochez que ie n’ay pas esté assez diligent à vous enuoycr mon portrait. En vérité, voudriez vous (juc ie fusse arriué pour faire vn tiers auec ces deux ; et que j’eusse esté présent, pour estre tesmoin des contentemens qu’ils reçoiuent auprès de vous? Sans mentir, ie ne croy pas mesme (pie ma peinture l’enst pû souffrir : cl c’eiist esté me faire mourir en effigie. Encore ie |iense que j’en eusse senty quelqueeliose d’icy ; et sans doute j’en fusse tombé en langueur, comme ceux que l’on tué de cent lieués loin, en ne piipianl que leur image. Mais quand cette eonsideration-là n'y seroil point ; vous ne denriez pas souhailtcr de voir mon portrait, en l’estât oii les premiers iours de cette absence m’auoient mis. Il n'y a jmis d’assez mauuaises couleurs dans toute la peinture, pour repres<‘nter celle que la tristesse m’auoit donnée : et ie ne voy pas qu’il y eusl apparence de peindre nu vif vn homme qui estoil plus que demy mort. Vous en eussiez troiiué vu autre que celuy que vous auiez veu si content auprès de vous. Et si l'on m'eiist bien peint , vous ne
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m’cussiez pas reronmi. Car à nioy-mosnio, ie n’pstois |ws rcconnoissable : ot i» peine ponuois-ie passtir pour vne maunnise eopie de eeluy que j’estois il y a quelque temps, Mais i’espere que bien-lost vous me verrez plus riant et plus gay. Car ie commente à me r’asserener le visage : et si le Peintre n’y oublie rien, vous y verrez vne esperance de vous aller trouuer bien-tost api-es mon portrait. DisjMwez-vous aussi de me receiioir plus gayement : et que les recommandations de la Demoiselle au bon esprit, ne vous en empeschent pjis, si vous jouissez encore du vostre. le ne luy enuoyay pus mes baise-mainsj ie luy renuoyay ceux’ qu’elle m’auoit faits par trois differentes personnes. Et ie ne l’eusse pas entrepris, si ie n’eusse craint de vous offenser, en retenant quelque chose d’elle. Encore en eussiez -vous esté aduertie, si ie n’eusse eu peur de vous ennuyer vn quart d’heure par vn fascheux ressouuenir comme celuy-là. El la mesme considération qui vous a empeschee de me dire cette autre nouuclle, que j’ay sceué d'ailleurs, m’a fait taire de celle-cy. Mais puis que nous sçauons tout l’vn de l’autre ; et que le mauuais Démon qui nous séparé, veut encore nous rendre présentes toutes celles de nos actions qui nous pcuucnl offenser : ie vous prie, trompons sa malice, et le preuenons en cela. Les choses auront tout vn autre visage, quand nous le sçaurons par nous-mesmes : et pour moy, ie vous iure qu’il ne m’éehapera iamais rien qui en apparence vous puisse faschcr, dont aussi-tost ie ne me confesse à vous. Promettez-moy le mesme, ie vous prie, et me dites comment vous auez pf» sçauoir que J'eusse fait des recommandations à cette personne; et par quel chemin vous auez trouué cehiy qui m’auoit appris les nouuelles dont ie me suis plaint à vous. Car sans mentir, j’en suis en peiiie : et pour moy, ie croy que vous auez quelque Genie auprès de moy, qui vous donne atluis de ce qui s’y passe. Mais puis qu'il vous dit tout, demandez-luy si ie vous aime : et qu'il vous die combien de fois ie soupire tous les ioursiiour vous.