‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 148 sur 229 · I.KITIUS · texte numérisé non relu

I.KITIUS

trouiier apres disner nii vuiis me conimaiulez , quelque mullietir qui nj’eii puisse arriuer. le sçay bien (|uc vostre logis n’est pas vn lieu de seureté pour inoy ; et que sous l'ombre de l’amitié que vous me fuites riionnnur de me promettre, il n’y a personne aujourd'liuy, de qui ie doiue craindre tant de mal que de vous. Mais BU moins, souuenez-vous, s’il vous plaist, de ne me laisser pas souffrir trop long-temps. Si vous voulez deuenir bonne, comme vous dites, commencez à l'estre on cette occasion. Et sans mentir, l’obeissance auengle que ie vous rends , vous y oblige en quelque sorte; et la franchise auec laquelle vous voyez que ie me remets entre vos mains. Qnoy que ie connoissc bien à quoy vous me destinez; ie veux neantmoins rendre contente, tant qu’il me sera |K)ssible, la personne que vous desirez qui le soit à mes despens : et ie vous promets que ie tieiidray son aff(*ction sccrelte, sans en tirer aucune vanité. .Mais ie ne syay, si ie me pourray taire de vostre conlidence.

A I.A ME.SME

i.f.tthh: lit.

C’est le vray moyen de redoubler mes peines, que de me faire entendre que vous en auez. El inoy, qui jnsqu’icy ay supporté les miennes auec tant de patience ; ie doute si ie pourray souffrir les vostres. Mais de quelque sorte que ce soit, ie ne piii.s trop endurer, puis que c’est pour l'amour de vous : et les deux mots, que dans vostre billet vous auez adjoustez hors du rang <les autres, me doinenl tout rendre supportable; et me feroienl courir gayement au martyre, le croy que vous-mesme n’en doutez pas; et que vous estes assez asseurée de ma resolution : puis qn’apres m’auoir adiierty du mal que vous me voidez faire, vous attendez ((ne de moymcsnie j’aille le receuoir; et qu’apres disner ie me rende volontairement en vn lieu, oii mes peines doinent estre redoublées. Celte menace pourroil donner de la crainte à vn antre; et feroit songer vnpius sage que moy à se mettre eu sauueté. Mais quelque péril que j’y voyc, il n’y a pas de moyeu de ne vous point obéir; ni qu’ayant riionneiir de vous connoistre si bien que ie fais, ie me puisse empesclier d’estre,

Vosire , etc.

UK MONSIEVR ÜK VOITVRK.

A I.A MESME

LETTRE IV

J’ay oublié tout ce que ie deuois dire à la '*” auec qui vous me vouliez accorder : et si ie vous asseure que ce n’est pas pour auoir dormy depuis, le suis fasché de n’auoir pas eu plus de soin d’une personne, qui in'auoit esté recommandée de si bonne part : et que ne liiy pouuant donner aucune place en ma volonté, elle n’en ait pas eu dauantage en ma mémoire. C'est la partie de mon ame. dont ie luy pouuois le plus iusteinent faire part. Car c’est celle qui est la plus contraire au iugement; et qui a le soin des choses passées. Mais si ie luy dis quelque chose d’obligeant apres disner, elle ne se pourra pas plaindre que ie ne luy parle que par cœur : et ie sens le mien si esloigné de tout ce que j’ay à lui dire, que si vous ne me secourez tanlost, vous verrez que ie ne sçauray pas, non plus que vous, ni les mots, ni les temps. Mais pleust à Dieu, que vous ne sceussiez pas celiiy de vostre partenient; et que vous ne in’en pussiez encore aujourd’huy rien apprendre. Car. sans mentir, ie n’ay pas l’esprit assez fort pour en souffrir seulement l’imagination : et cette pensée estuuffe en moy toutes les autres. Quand ie songe que demain vous ne serez plus icy, ie trouue estrange qu’aujourd’huy ie sois au inonde : cl ie suis prest d’auoüer avec vous, qu’il y a de la fiction en cette amour que ie fais paroistre, quand ie pense que ie respire encore, et que ce déplaisir n'acbeue pas de me tuer. D'autres ont perdu la parole et se sont confinez aux solitudes de la Thebaide, pour de moindres mai-heurs que le mien. Mais si j’auouë que ie ne pourrois pas m’aller plaindre de mon mal si loin de vous : ie suis, ce me semble, excusable de ii'aller pas chercher vn hermitage aux deserls d’Kgypte ; puisque j’espere trouuer place en celuy que vous allez bastir. Il n’y a que celte esperance qui me puisse arresterau monde : et ma vie ne tient plus qu’à cette pensée, le ne sçay pas si tout ce que ie dis icy est dans les bornes de l’amitié passionnée. Mais vous ne poiiuez dire, que ie parle à vous trop clairement ; veu que vous pouuez tousiours donner deux sens à toutes mes paroles : ny vous plaindre, si ie ne vous escry pas dans les termes que vous disiez: puis que ie n’ay pas veu encore celuy qui me le doit apprendre. Tand'is qu’il m’est permis de faillir, et que ie puis dire quelque chose de mes sentiments ; ie vous jure auec la raesme affection que ie fis hier, que la seule folie que ie

li:ttres

feray au nioiulf, eu sera d’aimer lotisiours la plus aimable qui fiil iamais, cl que ie veux bien auoir vostre haine, dés le iour que vous aurez mon amitié.

A LA »rESME.

LETTRE V

le sens bien que la fin de mes iours approche ; et que ie suis à la veille du plus grand mal-heur qui m’arriuera iamais. Cependant ie trouiie mon esprit en vn estât plus tranquille, que ie n’eusse osé i’esperer : et au milieu de mille pensées qui m’aftligenl, j’en trouue encore quelqu’vne qui me console. Dans l’étonnement où ie suis, ie ne puis voir la cause d’vn euenement si extraordinaire. Mais ie connois bien que vous produisez en mon ame, ie ne sçay par quels moyens, des effets dont ie ne voy pas la cause : et que vous faites que mon emur se resioüisse, sans que mon esprit sçachc pourquoy. Tant y a, que ie suis aussi résolu de mourir, que s’il me restoit quelque chose il esperer apres cela : cl quelque cruelle que soit la mort que me va donner vostre absence ; ie suis préparé .à la souffrir, comme si c’esloit vn passage à vne meilleure vie. Il medéplaist seulement, que celte personne à qui vous me preslez quelquefois, ne me permette pas d’acheuer mes iours en repos : et que ie sois contraint de partager entre vous et elle, les dernicres heures qui me restent. Cela me persuade, ce que ie n’auois pù encore bien croire, que nous voyons tous à l’heure de la mort, nostre bon et mautiais Ange ; et que nous auons en ce moment, de bonnes et de fascheuses visions. Mais ie vous supplie trcs-humblement, si vous ne me haïssez pas encore, de ne me pas délaisser en cette extrémité : et de prendre soin d’vne ame, qui ne peut estre saunéc que par vous; et qui scroit tourmentée à iamais, si vous l’auiez abandonnée.

A LA MESME

LETTRE VI

Il estoil temps que ie songeasse à ma conscience. El ce fut heii-

DE MONSIEVR DE VÜITVRE

reiisemeni pour moy, que ie fis liier vue partie de nia confession.

Car ie n’auois point encore esté si malade qu’aujourd’huy ; et mon mal augmente de sorte, que si j’eusse différé dauantage, ie croy que ie fusse mort en mauuais estât. Au moins dans l’accès où se troiuie mon esprit, et dans les inquiétudes qui l’afnigent : ie voy bien que les rêveries le vont prendre : et ie n’espere pas que ie puisse joüir encore vne heure de mon bon sens. Ce qui me le persuade le plus, c’est que parmy les déplaisirs et les ennuis qui me deuroient accabler, ic ne puis estre extrêmement triste ; et que ie me trouue moins affligé que de coustume, quoy que ie sois au pire estât, où ie me vis iamais. le perdis l’autre iour ainsi vn de mes amis, à qui l’excez de son mal en osta le sentiment. Les songes le \ faisoient rire dans les angoisses de la mort : et ses imaginations luy donnoient du repos, pendant que la fievre le tuoit. le vous supplie de ne me point enuier vne fin pareille ù celle-là : et puis qu’il ne me reste pas encore huit iours à viure, souffrez que ie les acheuc en cette sorte. Cela estant, j’aduouë que vous estes plus pitoyable que ie ne croyois : et moy plus heureux que ie n’auois espéré. Car vne si folle entreprise que la mienne, ne deiioit pas auoir vn siiccez si bon : et apres auoir fait vne si grande faute, ie n’esperois pas d’en mourir si tost, ny si doucement. le vous demande pardon, le pensois ne vous escrire que ce qui touc.hoit vostre amie : et ie viens de m’apperceuoir que ie ne vous en ay pas dit vn mot. le vous supplie tres-humblcment d’ordonner d’elle et de moy, ce qu’il vous plaist ; et que ie sçache quand vous voulez que j’en aille oüir l’Arrest. le vous siipplierois que ce fust dés ce soir. Mais j’ay crainte de vous estre importun : et ie ne sçay pas oii ie vous trouuerois apres disner.

A LA MESME

LETTRE Vit.

Si c’est aujourd'huy que ie dois donner du contentement à 1a personne que vous me recommandastes hier : ie vous supplie de m’enuoyer ce que vous voulez que ie luy donne ; ou de ne trouuer pas mauuais, que ie ne fasse point de largesse aux autres, d’vn bien dont les plus panures sont plus riches que moy. le n’auois pas eu encore de si mauuaiscs heures, ipie les douze dernieres que j’ay

Mti

LEiTni:s

passées : et depuis (|ue ie ii’ay eu l’honneur de vous voir, j'ay eu si pou de repos, que ie vous asseure qu’il y a eu des Feiiillans qui ont esté mieux couchez que moy. Cét homme îi qui vous laissastcs hier le poignard dans le cmur, a eu vne meilleure nuicl. La crainte, le regret, le desplaisir, et tout ce qu'il y a de poisons froids dans l’amour, n’ont cessé de me déchirer l'esprit: et le sommeil, qui pour quelque temps m’en a voulu diuertir, a esté proprement pour moy l’image de la mort, puis qu’il m’a tousiours fait voir celle de vostre absence. En cét estât où ie suis, ie ne croy pas que vostre amie puisse estre fort contente de mon entretien, si ce n'est que son amour se soit tournée en haine ; et qu’il ne luy reste plus de passion, que celle de la vengeance. Si cela est, elle troiiuera en moy vne satisfaction toute entière ; et sera bien aise do voir qu’elle n’est pas encore la plus misérable du monde, le vous prie pourtant, en quelque humeur que vous la voyez, de ne me laisser pas si seul auec elle, que quelqu’vn ne nous puisse séparer : et de considérer, qu’il n’y a point de seurelé pour moy ; soit qu’elle m’ayme, ou qu’elle me haïsse. le vous supplie Ires-humblement. de ne me point refuser cette faueur. Afin qu’au moins, si ie l’ay que ce ne soit pas vne autre que vous, qui me donne la mort ; et qu’il n’y ait que mes soûpirs, et l’ennuy de vostre absence, qui m’estouffent. le ne sçay ■ pas si vous commencerez par cellc-cy, à luy monlrer les Lettres que ie vous escris. Mais ie ne m’en plaindray pas, pourveu que vous me permettiez apres cela de partir à l'heure mesme, et de me .sauner en Espagne. Car c’est un rcmede, que ie pense qui est propre à toutes sortes de maux : et si vous auez permis à quelqu’vn de s’y retirer pour fuir la fièvre : vous me deuriez excuser, si j’y allois pour éuiter la mort. Mais dans la inisere où ie suis, ie m’estonne que ie puis auoir cette pensée : et cette imagination, ce me semble, est trop gaye, pour tond)cr en vn esjnit si affligé que le mien. Toutesfois, puisque vous saunez tous les ans la vie à vn homme: et que vous m’asseuriez hier, que vous faisiez toutes les bontez qui ne vous coustent rien : pourquoy ne puis-je pas espercr, que ie seray {>eulestre celuy à qui vous ferez cette gnice ; et que vous ne me laisserez pas mourir, puisque vous le ponuez empescher si aisément ?

DE MONSIEVR DE VOFTVRF

A LA MliSME.

LETTRE Vm.

le croyois qu’il n’y eust que vous qui me pussiez donner de mauuaises nuicts. Mais ie trouuay hier vne Dame, qui m’a fait passer celle-cy sans dormir, et qui me perça le cœur si sensiblement, que ie n’ay j)oint eu de repos depuis que ie l’ay veuib Sans dessein, comme ie eroy, de m’assassiner : elle me dit, que vous deuiez partir demain ; et qu’elle auoit appris celte nouuelle de vostre bouche.

S’il est ainsi, j’ay, ce me semble, quelque raison de me plaindre de vous (m’ayant retranché la moitié de ma vie ;) que sans l’auoir nierité, vous abrégiez mes iours douant le temps. Vous trouuerez, vii jieut-eslre, estrange, qu’vn homme si malheureux que moy, se plaigne qu’on ne le laisse pas assez viure : et que ie me tourmente, de ce que l’on me veut deliurer trop tost de tous mes maux. Mais ie voy bien, qii’encore les plus misérables aiment la vie : et puisque ie ne dois perdre la mienne, qu’eu me séparant de vous : ie croy que ce n’est que la sorte de mourir qui m’estonne , et que ie suis excusable d’auoir peur d’vnc si cruelle mort. Cette pensée ne m’a pas laissé fermer l’œil depuis hier : et si ce iour me dure autant que la nuict que ie viens de passer : ie ne deurois appréhender vostre JIV absence que comme vu malheur, qui ne me peut venir, que d'icy X à cent ans. Mais vn si fascheux accident, se doit prouoir d’aussi loin que cela : et s’il n’auoit à ni'arriucr qu’à la fin du monde; ie commencerois dés cette heure à le craindre. Ncantinoins, levons supplie de ne laisser pas de me dire ce qui en est : et puisque c’est toute la grâce (|ue vous me pouuez faire, aduertissez-moy de l’heure et du iour de ma mort : afin qu’au moins ie me puisse rcconnoistre auparauant; et que j’aye loisir de m’y préparer.

A LA MESME

LETTRE IX

le peiisois (jiie la lettre que ie vous enuoye auec celle-cy, arrivc'i-oit aussi-tost (|ue vous : et qu’elle attendroit long-temps chez M*“ déliant (lu’il vous souuinl d élie. Mais j’ay esté contraint de la

aO.

LETTRES

garder jusqucs à cette heure : et ie n’ay pû trouuer le logis de celuy à qui ie la deuois donner, que deux heures apres qu’il fut party. le crois que vous aurez sçeu les nouueaux sujets d’aflliction qui me sont arriucz depuis; et qu'il n’est pas besoin que ce soit moy qui vous donne toutes les mauuaises nouuelles. le vous diray seulement, que ie ne suis gueres plus heureux en mes amitiez, qu’en mes passions; et que la fortune me frappe par tous les endroits, où elle me peut blesser. Neantmoins, pour me toucher viuement de ce malheur, il ne falloit pas qu’elle me l’enuoyast apres vostre parlement : et si elle vouloit que ce dernier coup me fust sensible , elle me le . deuoit donner deuant que de m’auoir assommé. Et en cela , vous pouuez voir combien peu de chose c'est que l’amitié, quand elle n’est pas passionnée. Car cét accident, qui en vn autre temps m’auroit percé le cœur; et que ie voudrois encore auoir racheté de tout ce qui me reste de bien au monde ; n’a pù me rendre plus triste que ie l’estois : et de tant de larmes que j’ay répandues depuis, ie ne sçay, si mon amy en a eu jKtur luy vne toute entière. Aussi, à dire le vray, puis qu’il deuoit demeurer icy, et qu'il n’auoit pas d’esperance d'aller où vous estes : ie ne puis m’imaginer que l’on luy ait fait grand tort, de luy auoir osté la liberté, et de luy défendre la conuersation du reste du monde, quand il ne pouuoit plus auoir la vostre. Il me semble bien plus injuste, que l’on me retienne icy prisonnier comme les autres ; et que ie sois arresté sans que personne m'accuse. Toulesfois, j’aduouë que les plus criminels ne le sont pas tant que moy : et quand ceux-cy auroient conspiré contre l'Estat, et l’authorité du Roy, j’ay fait encore vne entreprise plus hardie que celle-là; pour laquelle ie voy bien qu'il faut que ie meui-e.

A LA IlIESME.

LETTRE .\

Vous pouuez estre asseurt-e, que la tristesse, ni l'amour, ne feront iamais mourir personne, puisque l'vn ou l’autre ne m’ont pas encore tué : et qu’ayant esté deux iours sans l’honneur de vous voir ; il me reste quelque apparence de vie. Si quelque chose ni’auoit fait résoudre à vostre eloignement : c’estoit la creance que j’auois que j’en serois quitte pour en mourir; et qu’vnc si forte

DE MONSIEVR DE VOITVRE

wn

douleur que celle-là, ne me laisseroit pas languir long-temps. Cependant ie trouue, contre mon esperance, que ie dure beaucoup plus que ie ne l’auois imagine : et quelques coups mortels que j’aye, ie croy que mon ame ne se peut détacher de mon cœur, pource qu’elle y void vostre image. C’est le .seul prétexté que ie ' trouue pour la garentir de lascheté : et ie ne voy que cette raison qui la doiuc retenir si long-temps en vn lieu, où elle souffre tant de peines. Depuis l’heure que vous me vistes tirer à quatre cheuaux.et deschirer en pièces en me séparant de vous ; ie vous iure, que ie n’ay pas eu encore le moyen d’essuyer mes yeux : et bien qu’ils ne connoissent plus les couleurs, ni la lumière, ils ne me seruiront pourtant iamais si fidèlement qu’ils font, puis qu’ils m’aydent à pleurer vostre absence. Dans les tourmens et la langueur où ie suis, il me semble que ie sois resté tout seul sur la Terre : ou que l’on m’ait transporté en ce coin du Monde, où l’on ne void gueres plus soutient le Soleil, que nous ne voyons icy les Cometes; et où la plus courte nuict dure trois mois. Encore le mal-heur ne feroit pas tout ce qu’il peut de pis contre moy, si celle où ie suis maintenant ne duroit pas daiiantagc : et ie doute, si apres ce temps-là, ie pourrois esperer de reuoir le iour. Mais iugez, ie vous supplie, *** à quel poinct ie suis réduit ; que n’estant encore qu’à l’entrée d’vne si longue et si fascheuse nuict, ie commence déjà à compter les heures, et ie sens passer chaque moment auec impatience. Que si dans les tenebres qui me couurcnt , il y auoit au moins quelques inlerualles de repos, et que ie pùssc quelquefois faire de beaux songes ! Mais tant extrauagantes que soient mes resuerics, clics ne le sont iamais assez pour me rien proposer d’agreable : et mes pensées ne sont raisonnables qu’en cela, qu’elles ne me promettent iamais de bien. En cét estât, ie pense que ie vous puis iurer, que le plus mal-heureux homme du monde, est auiourd’hiiy celuy qui ^ >

vous honore le plus : et sans mentir, il seroit impossible que ie pùsse tant viure, si ie n’esperois bientost d’en mourir. Mais ie voy bien qu’il ne me reste pas encore quinze iours à plaindre vostre absence ; et que ma vie et mes maux ne peuuent durer que jusque-là. Cette esperance me fait souffrir plus patiemment l’vn et l’autre : et ie croy que vous n’estes pas faschée que ie l’aye ; puisque vous voulez bien que j’espere tout ce que ie dois esperer. Au moins, ie ne puis expliquer plus auantageusenient pour moy, les dernieres paroles que vous m’auez dites : et de quelque costé que ie tourne la veuë, ie ne voy pas que ie puisse iamais attendre mieux. Neanmoins, vous qui voyez bien plus clair, et beaucoup plus loin que ie ne fais :

LEITRES

ie vous supplie, diles-moy si ma folie deuoit auoir vue fin plus heul’cuse que celle-là ; et ce qu’il fut arrivé de nioy, si j’eusse vescu dauanlage.

A l.A MESMi:.

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