X .WTRE
L’avtre iour au Palais des Cieux ,
Kn vne teste soleinnelle.
Où la triomphante Cylielle,
Traittoit ensemble tous les Dieux :
Apres maints discours serieiix.
Sur la Regcnce vniuerselle.
Tout en rond la troupe immortelle Prit du Nectar délicieux.
Lors on proposa par la table.
Laquelle csloit plus suiiliaitahlc •>u d'Angcli(|ue, ou (le Cvpris.
490 POÉSlliS
Les Dieux furent pour la Pucelle ;
Et Venus la mere des Ris,
N’eut que Moine et Vulcain pour elle.
-WTRE.
Des portes du matin l’Amante de Ceplialc,
Ses roses espandoit dans le milieu des airs :
Et icttoit sur les deux nouuellement ouuers,
Ces traits d’or et d’azur, qu’en naissant elle estale
Quand la Nymphe diuine, à mon repos fatale. Apparut, et brilla de tant d’attraits diuers ;
Qu’il sembloit qu’elle seule esdairoit l’Vniuers,
Et remplissoit de feux la riue Orientale.
Le Soleil se liastant pour la gloire des Cieux ,
Vint opposer sa Rame à l’éclat de ses yeux ,
Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore.
L’onde, la terre, et l’air s’allumoient à l’entour. Mais auprès de Philis on le prit pour l’Aurore ;
Et l’on creut que Philis estoit l’Astre du iour.
.VYTKE
A MONSEIGNKVH LE CABDINAI. MAZARIN.
la romédir des Machines.
Quelle docte Circé, quelle nouuelle Annide Fait paroistre à nos yeux ces mii-acles diiiersî Et depuis (|uaiid les corps par le vague des airs Seauenl-ils s’éleuer d’vn moiiuemenl rapide ■>
UE MONSIEVR DE VOITVRE
Où l’on voyoit l'azur de la campagne humide,
Naissent des fleurs sans nombre, et des ombrages vers. Des globes estoillez les palais sont ouuers.
Et les gouffres profonds de l’empire liquide.
Dedans vn mesme temps nous voyons mille lieux ,
Des ports, des ponts, des tours, des iardins spacieux , Et dans vn mesme lieu, cent scenes differentes.
Quels honneurs te sont deus, grand et diuin Prélat ,
Qui fais que désormais tant de faces changeantes Sont dessus le Theatre, et non pas dans l’Eistat?
CH.\NSON,
SVH VSE BELLE VOIX.
Lors que Relise veut chanter.
Et que le bruit pour l’escouter.
Est d’accord auec le silence,
L’esjirit plein de contentement , S’abandonne au rauissement.
Et suit de ce transport la douce violence.
L’ame qui se veut esmouuoir,
Gede à l’agreable pouuoir De sa voix pleine de merueiiies :
Et pour mieux oüir ses accens ,
Elle quitte les autres sens ,
Et se vient toute rendre à celuy des oreilles.
Cliere fieine des matelots,
Mscueil agréable des flots,
Mort ensemble douce et cnielle :
Sirenes, filles d’Achelois,
Cessez de nous vanter vos voix.
Car celle de Itclise est plusdouw et plus belle.
POÉSIES
Vostre clianl autrefois perdoit Le Nocher qui vous enleiidoit ;
Son plaisir estoit son naufrage.
Mais la voix de cette beauté,
Dont tout le monde est enchante,
Est bien moins périlleuse, et plaist bien dauanlage.
Elle peut charmer les douleurs.
Et des plus sensibles mal-heurs Oster la funeste pensée.
Elle donne vn plaisir parfait :
Et n’en estre point satisfait.
Est manquer de raison, ou bien l'auoir blessée.
Le plaisant murmure des eaux,
L’agreable chant des oyseaux.
Les luths d’Amphion et d’Orphée ,
Vn rossignol et ses appas,
Vn cygne proche du trespas,
Dixissent à cette voix vn superhc trophée.
La belle musique des Cieux,
Et ce qu’à la table des Dieux Apollon chante sur la lyre.
Les diuins concerts des Neuf Sœurs, Cedent à ses moindres douceurs :
El ma Muse se taist ne pouuaut bien les dire.
AVTRE.
Mes yeux, quel crime ay-ie commis.
Qui vous rende mes ennemis.
Et qui vous oblige à me nuire?
Pourquoy cherchez-vous en tous lieux, Vous par qui ie me dois conduire, L’obiet qui seul me j)eul dcslriiire '? Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux
DE MONSIEVR DE VOITVHE
Vous sçauez bien que vos plaisirs.
M’ont cousté cent mille désirs.
Et qu’ils sont autheurs de ma peine ; Et contre moy séditieux,
Charmez de l’éclat qui vous meine.
Vous ne voulez voir que Climene :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
Loin d’elle vous mourez d’ennuy :
Et moy ie ne meurs aujourd’huy.
Qu’à cause que vous l’auez veué.
Les fers vous semblent glorieux , Sous qui mon ame est abbatut-,
Vous aimez celle qui me tué :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
f Vous m’apprenez que ses beautez ’t Passent les celestes clartez ;
I Que des nuits In blanclic Courriere Luit d'vn éclat moins radieux ;
Et qu’au milieu de sa carrière Le Soleil a moins de lumière :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
C’est vous qui donnez le poison Qui chasse ma foihle raison.
Qu’en vain maintenant ie reclame.
Et vous, qui trop audacieux , letlez le desordre en mon ame,
La perdez, la mettez en flame :
Quel mal vous ay-ie fait , mes yeux ?
AVTRE.
U’amovr sous sa loy.
N’a iamais eu d’AmantpIiis heureux que moy. Beny soit son flambeau ,
Son carquois, son bandeau !
le suis amoureux :
Et le Ciel ne voit |niint d' Amant plus heureux.
POÉSIES
Mes iours et mes nuits
Ont bien peu de repos, et beaucoup d’ennuis.
In me meurs de langueur, l'ay le feu dans le cœur, le suis amoureux r
Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux. Mortels déplaisirs
Qui venez trauerser mes iustes désirs !
le ne crains point vos coups.
Car, enfin, malgré vous, le suis amoureux, etc.
A tous ses martyrs.
L’amour donne en leurs maux de secrets plaisirs, le chéris ma douleur :
Et dedans mon mal- heur, le suis amoureux , etc.
Les yeux qui m’ont pris,
Payeroient tous mes maux auec \ti souris.
Tous leurs traits me sont doux ,
Mesme dans leur courroux, le suis amoureux, etc.
Cloris eut des Cieux,
En naissant, la faueur et l’amour de.s Dieux : le la veux adorer :
Et sans rien esperer, l'en suis amoureux, etc.
Souuent le dépit
Peut bien, pour quelque temps, changer mon esprit, le maudis sa rigueur.
Mais au fond de mon cœur, le suis ammireux , etc.
Estant dans les fers De la belle Cloris, ie chantay ces vers.
Maintenant d’vn suiet,
Mille fois plus parfait , le suis amoureux , etc.
DE MUNSIEVU DK Vun VIlK.
La seule beauté .
(Jui soit digne d’amour, tient ma liberté :
Et ie puis désormais Dire mieux que iamais :
le suis amoureux ,
Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
AVTRE.
le me tais et me sens brûler.
Car l’objet qu’adore mon ame.
Est si parfait , que ie n’en puis parler,
Sans faire voir à tous le suiet de ma flame.
Si ie dis, que dans l’Vniuers Celle pour qui ie meurs, n’eut iamais de pareille. Qu’elle est de tous les yeux l’amour et la merueille. Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
Si ie dis que dans ses beaux yeux
Cét archer qui m’y fait la guerre.
Forge des traits qu’il garde pour les Dieux, Mesprisant désormais tous les cœurs de la terre ;
Et que dans le fort des Hyuers,
Quand la rigueur du froid efface toutes choses,
^Son teint paroist tousiours plein de lys et de roses : Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
Que si ie parle dignement
De son esprit incomparable,
Dont la grandeur partage esgalement Auecque sa beauté le titre d'adorable :
Si ie puis dépeindre en mes vers Combien son ame est grande, et genereuse, et belle : De tant de qualitez qu’on ne trouue qii’cn elle.
Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
Mais, sans parler de sa beauté.
De son esprit, ny de ses charmes;
496 POÉSIES
Si ie tlescris comme sa cniautc Mesprise désormais les soûpirs et les larmes : Et que ceux qui sont dans ses fers N’en recenrent iamais vn regard fauorable. Que le Ciel n’en voit point de plus inexorable : Qui ne deiiinera la beauté que ie sers?
AYTRK.
Los trois plus grandes Deesses, f
Dont Paris sceut les débats, (
Ont disputé des appas Contre vne de nos Princesses.
Mais en voyant sa beauté.
Venus mesme l a quitté.
Les Grâces ont eu querelle Sur qui tient 1e premier rang ,
Et qui vient de meilleur sang D’elles ou Mademoiselle.
Tout le Ciel sollicita.
Mais la belle l’emporta.
Les plus sçauans en la Sphere ,
Doutent depuis quelques ans,
Où l’Astre qui fait les temps Tient sa demeure ordinaire ;
Si le Ciel est son séiour.
Ou le petit Luxembourg.
Au Cours du Bois de Vincennes,
Le Soleil a disputé De lumière et de beauté,
Auec la belle d’Angennes.
Mais le Soleil le iKudil ,
Aux rayons qu’elle épandit.
UE MONSIEVR DK VOITVRE.
Au milieu de sa carrière Voyant l’éclat de ses yeux ,
En vain le flambeau des deux Fit redoubler sa lumière.
Car auecquo tous ses feux , (Ju’eiist-il fait seul contre deux ?
Dans le tonds d’vn Ijois antique Vn rossignol disputa Sur vt, re, mi, fa, sol, la,
Auec la belle Angélique :
Mais le rossignol perdit ,
Au doux son qu’elle épandil.
Sur le chemin de Charonne, Amour, tout chargé de traits,
A disputé des attraiu Auec la belle Baronne.
Mais le panure enfant perdit Aux charmes qu’elle épandit.
AVTRK.
Nosti-e Aurore vermeille Sommeille.
Qu’on se taise à l’entour :
Et qu’on ne la réueille Que pour donner le iour.
Vostre l)eauté diuine Assassine
Nos cœurs par ses beaux yeux :
iVest la belle Lucine,
Le Chef-d’œuure des deux.
En vous, belle Iulie, S’allie
IMJÉSIliS
La grâce cl la l)Outé,
Et la vertu remplie D’attraits et de Ih*8iiIc.
Vous estes accomplie,
Iulie,
Plus belle que l<; ioiir ;
El chacun vous publie L’ornement de la Cour.
La Iwauté d’Angelique Est vnique :
Et ses yeux nos vainqueurs Ont vu secret magique.
Pour gagner tous les cœurs.
.WTRK.
Ce n’est |>as sans raison Qu’on dit que ie vous admire ;
Et pour moy ie n’en puis dédire Monsieur de Saint-Brisson (I ).
Coralle, vos beaux yeux forcent toutes les âmes A brusier, à brusier de leurs llammes.
Tout ce qui part de vous,
A des grâces si charmantes.
Que les âmes les moins aimantes En ressentent les coups.
Coralle, etc.
Vos yeux seroyent vainqueurs De l’esprit le plus farouche.
Et dès que vous ouurez la bouche Vous ouurez mille cœurs.
Coralle, etc.
(I) Séguicr de Saint-Krissun était picvôt de la \ille de Paris.
UE MUiNSlEVK DE VOITVKE. ift»
Vostre teint en tous lieux A tousiours des fleurs écloses :
Et l’Amotir couché dans des i-oses Y fait la (fuerre aux Dieux.
Coralte, etc
Puis que si puissamment, Vos attraits que rien n’efface , Ont touché mon Ame de glace :
On peut dire hardiment,
Coralte, etc.
Il ne se (tasse iour De ceux qu’on vous voit paroistre , Que vos attraits ne focent naistre Quelque nouvel amour.
Aminte, etc. (I)
Vous tenez aux tourments Tousiours des cœurs plus de mille ; Et dans la cour et dans la ville Vous auez des amans.
Aminte, etc.
Les enfans au berceau.
Rient à vous comme aux Anges :
Les vieillars chantent vos louanges lusques dans le tombeau.
■Vniinte, etc.
Il ne reste sinon
Qu’icy l’on vous dresse vu temple.
Desia des Prestres ie contemple,
Qui chantent vostre nom.
Aminte, etc.
(I) Ce couplet et le suivant ne se trouvent point dans les éditions ordinaires des œuvres de Voilure. Il est assez diflicile de s'expliquer pourquoi, dans la seconde moitié de cette pièce, le nom d'Aininte a été substitué à celui de Coralte; tel est pourtant le texte adopté par Conrart. Peut-être ces deux noms s'appliquaient-ils à la même personne, à l'hotel de Rambouillet.
Pour moy, ie ne croy pas, Quoy que vous me puissiez dire.
Que rien m’oste de vostre Empire, Si ce n’est le trespas.
Amin te, etc.
Quand vous m’auriez chassé :
Dans l’Amour qui me transporte, l’irois chanter à vostre porte,
D’vn ton triste et cassé :
Aminte , vos beaux yeux forcent toutes les aines A brusler, à brusler de leurs flammes.
AVTRE.
Pavois de l’Amour pour vous.
Charmante Syluie!
Mais vos iniustcs courroux Ont refroidy mon enuie.
le sçais aymer constamment.
Mais si l’on n’ayme également ,
Ma foy, ie m’en ennuye.
Vostre bouche, et vos beaux yeux.
Les Roy s de ma vie,
Et vostre ris gracieux,
Auoient mon ame asseruie..
Vous m’auiez gagné le cœur.
Mais quand on a trop de rigueur.
Ma foy, ie m’en ennuye.
l’approuue vn feu bienheureux Qui deux Ames lie,
Et tient deux cœurs amoureux Sans i>eine et mélancolie, l’ayme les douces Amours.
Mais pour souspirer tous les iours , Ma foy, ie m’en ennuye.
DK MO.NSIEVR UK VOITVUE.
L’Aniour sur vn autre Amour Volontiers s’appuye.
l’ayme sans aucun destour.
Mais si ic vois qu’on me fuye,
Et qu’on se plaise à m’ouyr Pleurer, tourmenter et gémir;
Ma foy, ie m’en ennuye.
l’approuuc vn cœur enflammé,
Qui se glorifie
D’aymer, sans qu’il soit aymé;
Et son plaisir sacrifie, le le fais bien quelquefois :
Mais quand cela passe trois mois .
Ma foy, ie m’en ennuye.
Vous exercez sur mou cœur Trop de tyrannie, le ne vis plus qu’en langueur.
C’est vne peine infinie.
Que de viure en vous aymant :
Et pour vous parler franchement , Ma foy; ie m’en ennuye.
Si vous pensez honnorer Vne Ame transie.
Qui meurt pour vous adorer,
Pour moy ie vous remercie, le ne veux point tant d’honneur :
Cardez-le à quelque grand Seigneur, Ma foy, ie m’en ennuye.
Faire des vers en en batteau ,
Ce seroit folie.
Car par la fraischeur de l’eau le sens ma teste assaillie.
Vous n’aurez donc que cecy.
Il fait mauuais escrire icy.
.Ma foy, ic m’en ennuye.
l’OÉSIKS