‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 173 sur 229 · A VIRE · texte numérisé non relu

A VIRE

Cinq ou six fois cette nuit en dormant, le vous ay veuë en vn accoustrement ,

Au prix duquel rien ne me sçauroit plaire : La iuppe estoit d’vne opale tres-claire,

Et vostre robe estoit vn diamant.

Rien n’est si beau dessous le firmament. L’.\stre du iour brille moins clairement :

Et vous passiez sa lumière ordinaire Cinq ou six Ibis.

Que le sommeil nous trompe vainement !

Par auenture en ce mesme moment.

Vous vous tronuiez en estât bien contraire. •Mais à propos, comment va cette affaire ? -\uez-vous bien esté tout doucement ,

Cinq ou six fois?

VVTRE.

Si haut ie veux louer Syluie,

Que toute autre en meure d’enuie.

Sa personne est pleine d’appas.

Les Amours naissent sous ses pas :

Et c’est par eux qu'elle est seruic.

De cent vertus elle est suiuie.

Son cœur tient mon ame rauie :

Et les Conquerans ne l’ont pas Si haut.

Quoy que mon amour m’y conuie, .Ma langue au secret asseruie N’ose [tarler d’vn certain cas.

POÉSIES

le diray seulement tout bas , Que ie n’en vis vn de ma vie Si haut.

AVTRE.

Pour le moins vostre compliment M’a soulagé dans ce moment :

Et dés qu’on me l’est venu faire, l’ay chassé mon apothicaire ,

Et renuoyé mon laucment.

Vous m’auez guery promptement.

Vos mots coulent si doucement , Que chacun d’eux vaut vn clistere .

Pour le moins.

Vous me deuiez ce traitement.

Car ie vous aime vTiiquement :

Et mesme depuis cette affaire, C’est vn peu plus qu’à l’ordinaire :

Cela veut dire infiniment ,

Pour le moins.

AVTRE.

On le m’a dit. Mademoiselle,

Que tous nos cœurs vous retenez.

Pensez- vous pour vostre beau nez , Mettre sur nous vnc gabelle ?

Vous estes fort bonne et fort belle , Et crôy que vous estes puccllc ,

On le m’a dit.

DE MONSIEVR DE VOITVRE

Mais il faut estre moins rebelle ; j

Et ne point faire de querelle Aux Amans que vous surprenez.

Vous en tenez d’emprisonnez ,

Et vous leur estes trop cruelle ,

On le m’a dit.

AVTRE.

En cas d’Amour, il ne faut iamais estre Foible ni lent. Mais faut tousioiirs parestre Prompt , vigoureux , sousmis entièrement , Pleurer, gémir, seruir fidelement.

Donner beaucoup, et de peu se repaistre.

Quant est de moy, si ie me sçay connestre : N’estant auare, audacieux , ni traistre ; le deurois bien réussir aisément ,

En cas d’Amour.

l’ay quelque esprit : et l’on me tient grand Maistre En ces poulets que les Amans font naistre. le fais des vers assez passablement :

Et quelquefois ie parle galamment.

Mais apres tout, ie suis vn panure Prestre,

En cas d’Amour.

AVTRE.

Si vous vouliez qu’on vous parlast d’Amour, le vous ferois cent Rondeaux chaque iour. Car ie vous aime, et mon Ame dolente Toutes les nuits est pour vous miaulante : Et l’on l’entend en chaque carrefour.

POÉSIES

N ous pouuez tout sur Monsieur de Tricour ;

Et l’on m’a dit , que Monsieur de Beaujour, Pour vostre Amour auroit l’ame bnislante,

Si vous vouliez.

Les deux bcautcz qui régnent au Faux-bourg , Et celle-là du petit Luxemt>ourg ,

N’échauffent point mon humeur froide et lente. Mais de vos yeux l’ardeur étincelante M’embraseroit ; cela s’entend tousiours,

Si vous vouliez.

AVTRi:.

le ne sçaurois faire cas d’vn Amant, Qu’autre que moy gouuerne absolument.

Car chacun sçait, que i’ayme trop l’empire. Ce n’est ainsi qu’il me falloit escrire.

Vous n’y sçauez que le haut Allemand.

le veAx qu’on soit à moy parfaitement :

Et quand ie fais quelque commandement , le n’entends pas que l’on me vienne dire : le ne sçaurois.

le vous rendray le mesme compliment :

Et quelque iour quand voudrez longuement Veiller icy, ie vous diray sans rire :

Ma mere entend que chacun se retire.

Ne pensez pas m’arrester vn moment ; le ne sçaurois.

AVTRE.

L’Amour, qui de tous sens me priue..

Fit ma raison vostre captiue !

Quand vn soupçon pris par mal-heur Me combla l’esprit de douleur,

Et d’vne tristesse excessiiic :

Vne humeur ialousc et craintiue Se mit dans vostre ame plaintiue ;

Et pensa chasser de mon cœur L’Amour.

Mais si iamais cela m’arriiie ; le consens que l’on me poursuiue Par toute sorte de rigueur, le ne veux plus viure en langueur.

Meure la ialoiisie, et viue L’Amour !

AVTRE.

Penser, que pour ne vous déplaire, le me veuille iamais distraire D vn dessein, où i’ay tant de droit :

C’est estre iniuste en mon endroit , Et de plus, vn peu téméraire.

Philis, depuis deux ans m’éclaire.

Elle est mon Ange tutelaire.

le l’aime plus qu’on ne sçauroit Penser.

le vous demande en cette affaire.

Pardon de vous estre contraire.

Vn autre s’en contenteroit.

Cependant vous faites le froid.

Ma foy, c’est trop : allez vous faire Penser.

AVTRE.

Pour vos beaux yeux, qui me vont consumant, L’Amour n’a point de peine et de tourment. De feu cuisant, ni de cruel martyre,

Que de bon cœur ie ne voulusse élire Et qu’on ne doiue endurer doucement.

Tout l’Vniuers n’a rien de si charmant.

Et s’il estoit sous mon commandement , le quitterois volontiers son empire,

Pour vos beaux yeux.

Toute la Cour vous sert également.

Mais quant à moy si ie vay vous aymant ,

Ne croyez pas que par là ie desire Cette faueur oü tout le monde aspire.

Car ie vous aime, et vous sers seulement , Pour vos beaux yeux.

AVTRE.

Pour vous seruir, i’ay pû me dégager D’vne autre amour, et désiré changer Vn logement qui pourroit me suffire :

Et sans preuuir si mon sort seroit pire, le n’ay point eu regret de déloger.

En quatre iours i’ay sceu déménager :

Dessous vos loix i’ay voulu me ranger : Et quitterois derechef vn Empire ,

Pour vous seruir.

Mais si cela ne vous peut obliger :

le changeray sans beaucoup m’affliger.

Car i’ay le cœur tout fait comme de dre.

DE MONSIEVR DE VOIÏVRE

Doux et traitable : et s’il faut vous le dire, le suis volage, inconstant et leger.

Pour vous seruir.

AVTRE.

Six Roys prièrent l’autre iour Tyrcis de leur faire la cour.

Mais il soulRoit vn vent de Bise, .

Qui perçoit iusqu’à la chemise.

Cela le fit demeurer court.

Il a le ventre d’vn tambour.

Ce qui le rend tant soit peu lourd, Et fait que parfois il méprise Six Roys.

Il ne fait point cas de l’Amour.

Quand on l’appelle il fait le sourd.

Mais pour presler son entremise En quelque fascheuse entreprise , Il ne le foroit iamais pour Six Roys.

.WTRE.

A vous oüir. Chapelain, chapeler, l’ay bien iugé que vouliez quereller ;

Et que de plus, vous estes temeraire,

Quand vous osez vn si grand aduersaire Sans plus de force, au combat appeller.

Lors que sa plume au Ciel le fait voler, Qii’aiiec les Dieux il ose se mesler :

l'OÉSIES

Penseriez-vous-, qu’il se voulust distraire A vous oüir?

Ne prétendez ainsi vous signaler :

Vous ne sçauriez ses efforts égaler.

Croyez-nioy donc, laissez-le dire, et faire, Et quand il parle, apprenez à vous taire. Car par justice à luy conuient parler ;

A vous oüir.

AVTRE.

A MONSEIGNEVR I.E MARESCHAI. DE BASSOMPIERRE (i).

Un petit mot, qu'on m’a porté De vostre part, m’a conforté :

Et m’a fait reprendre la lime.

Pour faire encore quelque rime.

En estant par vous exhorté.

le ne comprens vostre bonté :

Et crois aucc difficulté,

Qu’vn si grand esprit en estime Vn petit.

le vous le dis sans vanité :

Le mien est bien fort limité.

Mais le coeur est net et sans crime : Et possible assez magnanime.

Aymez-moy donc par charité,

Vn petit.

(I) François de Bassompicrrc fut l'homme le plus aimable et le plus recherché de son temps. Il mourut en 1046.

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IIK MilNSIFVK DK VniTVUK.

AVTRE.

A I.VV-MESMF..

Dans la prison, qu| vous va renfermant , Vostre grande unie agit incessamment :

Et ce diuin esprit que rien n’enserre.

Vole par tout, sans erreur tousioiirs erre, S’estend, s’éleue, et va plus aisément.

Vous parcourez l’vn et l'autre élément, Vous penetrez iusques au firmament :

Et visitez le Ciel, l’Onde et la Terre,

Dans la prison.

Vous ne gênez vostre cœur vainement.

Vous connoissez et voyez sainement Tout ce qui brille, et qui n’est que de verre. Vous possédez la paix durant la guerre. C’est estre heureux, et libre entièrement Dans la prison.

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