‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 178 sur 229 · A MADAME LÀ PRINCESSE · texte numérisé non relu

A MADAME LÀ PRINCESSE

Dieu garde en ioye et en liesse, La plus estimable Princesse ,

Qui iamais au monde ait esté.

Dieu garde la plus grand’ bonté, La vertu la plus agréable.

POESIES

Et l’ame la plus adorable ,

Le cœur le plus ferme et loyal ,

L'esprit le plus grand et Knyal ,

Et la beauté la plus parfaite ,

Que iauiais la Nature ait faite.

Dieu garde, enfin, pour dire mieux.

Le plus beau chef d’œuurc des Cieux,

La grâce, et la gloire du Monde,

Celle qui, n’a point de seconde ;

Que les ieux, les ris, les Amours,

Les Vertus, qui plaisent tousiours.

Et les Grâces au teint de roses, Accompagnent en toutes choses.

A lire ce commencement.

Vous pouiiez iuger aisément.

Quand ma lettre iroit sans adresse,

O grande et diuine Princesse !

Que ce discours n’est point party.

Pour la Princesse de Conty :

Mais qu’à vous seule on peut l’écrire.

Car tout ce que ie viens de dire.

Selon le iugement de tous,

.Ne se peut dire que de vous.

Aussi depuis la triste absence.

Dont tous nos maux ont pris naissance ; Au milieu de nostre tourment ,

Nous vous lotions incessamment :

Et c’est en ce mal-heur funeste.

Le seul entretien qui nous reste.

Car en toute autre occasion,

Nostre Ame est en confusion.

Toute nostre ioye est perdue ;

Et nostre raison confondui;.

Toutes choses vont de trauers.

Et nous paroissent à l’enuers.

Le sort qui changea les visages De nos laquais et de nos pages Est partout, et le plus souuent Les moiilin.s vont contre le vent.

m; M0Nsii;vK de voitvhe.

L’air est partout remply d orages,

Le Ciel n’est iamais sans nuages ,

Tous les Astres sont obscurcis,

Iæs ioiirs de moitié raccourcis :

Et, ce qui plus d’ennuy me donne ,

L’Hyuer arriue auant l'Automne.

Le mauuais temps dure tousiours ;

L’on ne trouue plus dans le Cours Pas vne personne agréable ,

Pas vn visage raisonnable.

Point de tourte par le chemin.

Quand on deuroit mourir de faim ;

Tous les carosses sont sans franges,

Remplis de figures étranges.

Enfin , l’on ne voit plus icy Qu’ûbiets de crainte et de soucy.

La ville, depuis vostre perte,

Elst mélancolique et deserte :

Paris est à moitié pery,

Et tout le monde est en Berry.

Au milieu de tant de trauerses.

Et tant d’infortunes diuerses ;

Nos courages sont accablez ,

Et nos contentemens troublez.

Nous auons perdu, la parole,

Mesme pour les Curez de Mole.

.Nous n’aymons plus les Ponbretons :

Et si queUjuesfois nous chantons.

Nos voix dolentes et cassées Chantent, Que n'estes- voua lassées !

Mais d’un accord tant inégal ,

Qu’on diroit que nous chantons mal.

L’autre iour, venant de Suréne,

Nous dismes au bord do la Seine,

Tant que le beau chemin dura:

Pues quxso xni suerte dura ;

Et n'eusmes iamais le courage.

Seulement d’y faii'e vn passage.

Nos (luitarres et nostre voix ,

Ne charment plus comme autresfois ;

POÉSIES

Nous n’aymons plus les promenades, Les Musiques, les Serenades :

Et allons passé ce gros d’eau Sans chanter vn seul air nouiieaii ; l-ünfin. Madame, en vostre absence Tout nous déplaît et nous oiïense,

Et vostre seul éloignement Nous a changez entièrement.

Desia Monsieur de Chaude-bonne N’a pliisTame belle ni bonne ;

Et dedans' ses afflictions.*

Il méprise ses comparons- Il n’ayme plus d’estre bien-aise.

Et ne dit rien qui ne déplaise.

Sa femme, l’Aymabie Paulet,

A le cœur d’vn rossignolet Auec la voix d’vne lyonne,

Et ne sçauroit plaire à personne.

Madame Aubry, tout à la fois A perdu l’esprit et la voix-;

Elle est tousiours tremblante et pasie.

Ne parle que du linge sale,

Aymé les champs plus que Paris,

Et se couche entre cinq et six.

La grande Fée en qui rayonne L’honneur de Savelle, et Vivonne,

N’a plus guère de maiesté.

De iugement, ni de beauté :

Et la rauissante Lucine,

N’est belle, ni de bonne mine.

N’a plus tous les cœurs de la Cour,

Ni tous les attraits de l’Amour.

Enfin, la fille ni la Mere,

N’ont plus cét éclat or^naire.

Qui les alloit cnuironnanl :

Et sont toutes deux maintenant.

Tant cét ennuy les rend moins belles, Comme deux personnes mortelles.

Mais ic connois vn Cardinal Qui s’en treuiie encore plus mal ;

Il est deiieiiu tant saunage.

UE MONSIEVH ÜE VOITVKE.

Il n’entend plus nostre langage,

Et parle vn jargon si ronfus,

<Jue inoy-mesme ne l’entends plus :

Il hayt les femmes et les filles,

11 ne sçayt plus iouër aux quilles ,

Il ayme qu'on liiy porte honneur Et qu’on l’appelle Monseigneur,

Et l’amc pesante et tardive Ne«fl)piioist plus homme quiviiie.

Prend le Louur^ pour le palalo,

'Les dames pour de grands laquais; Et l’on jureroit, j^iioy qu’il face.

Qu’il vient de boire de la glace.

Bref, toutes choses en ces lie»ix.

Depuis le iour que vos beaux yeux En ont emporté la lumière.

Ont perdu leur forme première.

Fors, que Monsieur de Guéménez Porte encor le plus plaisant nez Qui soit dessus nostre horizon ,

El que, sans cause et sans raison , Tousiours encore on me tourmente Conune quand vous estes présente.

Mais si la parfaite bonté.

Qui suit tousiours vostre beauté,

Et si la iustice. Madame,

Est encore en vostrt belle Ame; Venez dissiper nos malheurs,

Chassez jes mortelles douleurs,

Dont nos âmes furent blessées.

Dés que vous les custes laissées;

Et par vn bien-heureux retour Rendez ia ^|<i,.ndeur à la Cour, L’ornant de ses bcaiitez extrêmes,

Et venez vous rendre à nous-mesmes.

Soyez sensible à l’amitié,

Et, s’il vous plaist, ayez pitié De nostre funeste auanture.

Et du pitoyable VOITURE.

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