A MADAME LETTRE V
Il faut croire que les Procès vous plaisent bien fort, puisque vous lie svauriez vous emjiescher d’en faire sans cesse à la personne que vous aymez le mieux, et à vn misérable qui fait aujourd’huy pitié h tout le monde, si ce n’est à vous, l’attendois de la consolation de vos lettres. le ii’en ny oiiiiert pas vne qu’miee vne esi>erauce cer-
DE MONSIEVH DE VOITVRE.
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taine de I routier ma guérison dedans. Cependant, il s’est trouué (|u’elles m’ont tousiours laissé plus triste, que ie ne l’estois , auant que de les auoir reçues ; et que depuis tant de ioiirs que ie ne vous vois point, ma fièvre, ni les douleurs qui m’ont osté le sommeil, ne m’ont pas fait tant de mal que vous. Si j'estois de vostre humeur, j’aiirois dequoy entretenir long-temps ce commerce de plaintes perpétuelles; et nous-nous escririons tous les ioin^ vn poulet pour nous quereller. Mais j’aiiouë que c’est un slile auquel ie ne me plais pas tant que vous : et puisque vous ne me donnez pas sujet de vous rien mander de plus agréable ; je ne vous puis rien dire à cette heure, si ce n’est, Adieu.
BIIXET A I.A ME.SME-
C’est chez-vous, qu'il faut que ie cherche tout ce que i’ay perdu : et ie pense, que ie ne puis rien desirer, que ie n'y retrouue. le vous prie de ehercher parmy la poussière de vostre Cabinet, la lettre (jue i'escriuis à Monsieur de Balzac ; ou bien, si vous ne voulez pas vous donner tant de peine, ie vous prie de m’en faire vistement une meilleure. En réeompense, Madame, ie vous eiuioye de tout mon cieur le bon iour; et ie vous prie de vous asseurer de ma bienveillanee.
A MADAME
t.ETTRE VI.
le serois rauy d’auoir reeeu deux grandes pages de vous, et de si bonnes paroles : n’estoit, (|ue ie Iroiiue qu’il y a des plaintes me.slées , et qu’én m’assurant de vostre affection, vous témoignez de douter lie la mienne. C’est me faire beaucoup de bien, en me l■epl■oellanl que ie ne le mérité pas : et cela est proprement un* baiser la main, en me tf'uaillani le cœur. Ha 1 M. ie vous en conjim\ ne ni’onlragez pinsdela sorte, on dites-moy ce qu’il faut que ie face, le souffrirois plnstost, que vostre cor vous fist crier; et j’aymeniis bien mieux vous eiiteudic plaindre de l’t‘.sloiiiac. C’est signe toute-
NOVVELLES LETTRES
fois qtiela fiéuren’est pas grande, quand elle permet qu’on sc plaigne de la teste : et ie voy bien que vos autres maux ne vous traitent que doucement, puistpie vous sentez celuy-là. Encore suis-je bien aise de voir, que pour reprendre quelqiies-vnes de mes actions, vous soyez contrainte de rechercher ma vie si auant ; et que la demie re faute que vous me reprochez, il y a quatre ans que ie l’ay faite. Mais ie vous prie, pour nostre repos, oublions le passé ; et qu’vu e nuit bien espaissc couure tout ce temps-là de ses ombres. S’il s’y est passé quelque mal-heur, qui puisse estre reproché à cette belle afféction que nous auons fait naistre depuis, bêlas ! j’en ay peut-estre plus de regret, que ie n’y ay eû de faute. Ne tournons donc plus la veuë de costé-là : et ie vous prie ne regardons point derrière nous. Ce n’est pas que ie craigne, que vous me connoissiez coupable, ou que vous trouuiez quelque chose contre moy. Mais il me déplaist seulement d’estie accusé de ce crime. La recherche en cela me tient lieu de suplice; et le soupçon m’en fasche|autant qu’vne cx)ndamnation. Car enfin, l’histoire que l’on vous a faite, est fausse, ou au moins bien malicieusement changée : et ces impatiences qui vous offensent tant, et auec raison, purement controuuées. La Fortune, et non pas mon dessein, fit rencontrer ces deux femmes : et le déj.it de celle, à qui, de vray, j’auois conté quelque chose de ce que l’autre m’auoit dit, la fit parler malgré moy là-dessus, sans que seulement ie les voulusse écouter. Il me fasche , que celle qui vous a fait ce conte, soit venuë à bout de son dessein ; et qu’elle vous ait fait du mal , et à moy aussi. Mais, ie vous prie, donnez-moy du repos : et croyez-le pour tousiours. Quand ie n’ay point esté à vous, i’ay esté à moy : et vous estes la seule au monde que i’aye iamais aymée. le n’estois né que pour vous : et mon coeur ne s’est jamais esmû pour vn autre. Que si lors que vous ne l’auez pas tousiours eû tout entier, j’ay pris pour moy la part que vous m’en laissiez : en tout cas, il n’a iamais esté partagé qu’entre nous deux. Aussi ne veux-je point du pardon que vous me donnez : et ie vous prie de m’excustîr, si ie refuse quehiue chose de vous. Car ie m.y, que vous serez bienaise, que ie n’en aye que faire. C’est peu que ie vous ayme, et que ie voiis ayme plus que moy-mesme. Car vous le méritez trop ; et le plus ingrat homme du monde, en feroit autant que moy. Mais si pour quelque ehose, vous me deuez sçanoir gré : c'est de ce que ie n’aymay, et n’aymeray iamais rien que vous; et ()ue ie vous respons du jrass»!, et <lé l’auenir, auec autant d’as.seurance (jue du présent ; et que vous jugeant .seule au monde digne d’amour, ie vous ay remis entre les mains vn esprit libre et généreux, qui n’a iamais daigné
DE M0N8IEVK DK VOITVRE. (M»7
seruir que vous, et qui ne reconnoistra iamais d’autre maistresse. Hé ! pourquoi ne vous en puis-je enuoyer le portrait , aussi bien que de mon visage. Il vous sembleroit bien plus beau que l’autre. Sans doute vous le regarderiez plus volontiers. le sçay bien que vous y verriez beaucoup de traits qui vous plairoient; et que vous y remarqueriez des bcautez, que ie no vous puis dire. Car quand il n'y en aiiroit point d’autres : au moins vous y verriez les voslre.s mieux peintes, que nulle part ailleurs : et tout auprès, vous y apj)erceuriezla vérité de ce que ie vous dis, si entière, et si naïue, que cette veuë ne vous seroit giieres moins agréable. .Mais puisque cela ne se peut, et qu’il n’y a point de peintre |)our cela : ie vous envoyeray celiiy que vous me demandez, le faisois difficulté d’y faire commencer si-tost, car celte absence m’a tellement changé, que si l’on me lire bien, ie ne seray pas reconnoissable. 11 est vray, que c’est peut-estre de la sorte que vous m’aymerez le mieux, et que pour vous sembler moins beau, vous ne m’en trouucrez pus moins agréable. Ne grondez donc plus : ie yous le donneray. -Mais, encore vne fois, ne grondez donc plus ; et que vos lettres soient U>utes lK>nnes, comme elles sont toutes belles. Ce n’est pas assez que j'uye escrit à M.'*' Et elle mérité bien, quelque chose de meilleur que cela. Mandez-moy quoy, ie vous en prie. Car autrement j’y serois enipesché ; et possible ie (‘hoisirois mal. Mais que ie suis content du |Miiilet que ie hiy ay donné, puis que cela vous a fait dire, l’y ay iKjnne part i'» mon.... Aussi vous en reniercie-je |H)ur.... Helas, que vous estes aymable ! et que vous auez tort apres cela de douter, qu’vn homme, dont vous auez bonne opinion, puisse iamais rien aymer que vous. Allez, vous estes vne méchante ! et ic vous ferois eiiœrt! bien des reproclu‘s là-dessus. Mais la nuit est plus qu’à deiiiy passée ; et ie ne vous puis dire Adieu. le m’eu vais l’acheuer, sans doute, auecî moins de re|K)s, que ie ne l’ay cuininencé«‘ : si ce n’est que cét enlreliiMi du soir, me donne quelque bon songe, llelas ! il y a déjà plus d'un mois, etc.
NOVVF.LLKS LKTTRKP
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