I.ETTHE VIII
MoNSIEVB, f
l'altendois aiioc impatience des noiiuelles de ma qiiaisse : pour ce que i'esperois, quelle ne vieudioit pas sans vne de vos lettres; et qu’en me faisant s<,'auoir de vos nouuelles, vous me donneriez moyen de vous en dire des miennes, le n’eusse pas attendu jusqu’à cette heure, si i’eusse sçeu oii vous eserirc. Mais quelle asseurance peut-on auoir, de rencontrer vn homme si peu arresté, et qui SC laisse emporter à tous les vents ? Il vous arriue quelquefois de faire cinq cens lieues, en ne bougeant de chez vous : et sans changer de maison, vous changez de climat, et de Royaume. Cette pensée trouble souueut mon repos. le crains qu’il ne puisse pas y auoir beaucoup de constance auec tant de legereté : et il me fasche d’aiioir lousiours le meilleur de mon bien sur la mer. le n’en ay point, ic vous asseure, que j’estime tant, que la part que vous m’auez «lonnée en vous. Mais comme c’est un bien que la fortune m’a procuré, j’apprehende qu’elle ne me l’oste. le n’entends plus de grands vents qui ne me fassent jieur ; et que ie ne craigne qu’ils vous soient contraires. Les Pirates d’.Mgerine font pâlir au milieu de Rru.xelles : et ie me trouuois beaucoup plus asseuré; lorsque j’eslois au milieu de rOcean, et que ic voyois vostre vaisseau tous les iours. le \oudrois bien, que vous me tirassiez de toutes ces peines, en me mandant, que vous m’aymez lousiours, que vous vous portez bien, <pie vous estes à Londres ; et que pour le reste de cét hyuer, vous ne verrez point de hazards, que ceux (pie vous courez auprès de Mademoiselle Helene. le vous supplie, au reste, qu'elle n’achéne [las si fort de vous gagner le cœur, qii’d ne in'y reste lousiours quel(|ue place à ses pieds. Vous ne me douez pas refuser celle grâce. Car ie suis, ie vous iure, de tout mon cmui',
.MüxsiKvii, Vostre, elc.
A Bnuflli'scc 18 Fruriür. (1.
(1) Celle lellrc n'esl pas à sa place, car elle se rapporte nécessaireiiieiil à t année loai. Voilure \ criait alors de rentrer en Flandre.
NOVVELLES LEITRES
A MOASIEVR LE MARQVIS DV FARCIS.
LETTRE IX
MojiSiEvn,
l'ay line extrême salisfacfion do mon jugement : d’aiioir lonsiours creu, que vous ne m’auiez pas oublié, quelque apparence que ic visse du contraire ; et de ce que ma inauuaise fortune, no m’a pfi obliger à auoirsculemeni vn soupçon de vous. l’ay tousiours rejette sur elle les manquements que l’on pouuoit croire venir d’ailleurs : et en vn temps, où elle sembloit rnc vouloir priuer de toutes -les choses qui m’estoient les plus cberes, ie pouuois bien croire qu’elle m’empeseberoit de reccuoir de vos lettres. De sorte, Monsieur, que ie n'ay point vsé de cette rigoureuse iustice, auec laquelle vous dilcsiiueie vous pouuois condamner; et ie seroisbien fascbéd’auoir si légèrement fait le procès à vne personne, qui a partout tant de témoins de sa générosité, et de sa Vertu ; et contre qui il n’y a dans le monde que le Cardinal de Richelieu qui puisse auoir cette volonté. le vous auouë, pourtant, ijue quelque foy que i’eusse en vous, i’ay esté extrêmement aise de voir des preuues de ce que ie croyois : et quoy que l’honneur que vous lu’auez fait de m’escrire, et le témoignage que vous me donne/, de vostrc amitié, ne m’ayt pas rendu plus asseuré; il m’a rendu plus coûtent. Si cette joye pouuoit estre augmentée par quelque chosi' : c’est par les asseuranees qu’il vous plaist me donner, des bonnes grâces de Monsieur de l’iiylaurens. le sçay. Monsieur, que vous auez assez de part dans sou esprit, pour pouuoir répondre de ses inclinations : et vous sçauez auec quelle passion ie desire de pouuoir mériter la sienne. .\ussi, quand ie lis dans vosire lettre ce que vous me mandez, que vous auez donné ordre pour ma subsistance, pour vn temps, de’ deçà; et que ie ne vois point d’ailleurs de quelle sorte vous y auez pourueu, ni par quel moyen : j’inferprete cela, que vous auez jugé que l’asseurance d'estre aymé de deux si excellentes jjcrsonnes, jaiflisoit pour me rendre heureux ; et que cét honneur pouuoit siis- (K-ndre tous mes maux pour vn temps. L’on attend icy auec impatience Messieurs de l.ingendes : et veu les grandes tempestes qu'il a fait, et le long-temiis qu’ils mettent à arriuer, j’en .serois en peine ; n’estoit que l’on m’a dit, qu’ils auoient esté pris par les Hollandois, id que cela leur a fait perdiv vu nmis de temps. Le Comte- Itue
DK M0N8IEVR DE VOITVRE. 6M
ni a ténioigué, qu’il importeroit exiréiiiement qu’ils fussent icy ; et qu'il regretlüit fort que l’on perdist tant de tenqis, pour ne pas ïK'auoir ce que son Altesse desire. Selon que ie puis juger, il a autant d'enuie que iainais de seruir et de faire assister sou Altesse; et montre en cela beaucoup de passion. le crois, Monsieui-, que vous donnerez aduis de cecy à Monsieur de Puyipurens, à qui ie n’en escris rien; pource que la lettre que ie Iny enuoye estoit desia fermée, n’ayant veu le Comte-Duc qu’hier au soir, le n'oserois, ni ne puis sortir de ce lieu deuant l’arriuée de Messieure de Lingendcs. Mais dés qu’ils seront icy, et que l’ordre que vous dites que l’on a donné en ma faueur, aura produit quelque effet ; rien ne m’y sçauroit retenir^ en vsant du choix, que vous me faites l’honneur de me mander que l’on me laisse, ie partiray d’icy en diligence; et iray. Monsieur, vous rendre moy-niesme les grâces tres-humbles que ie vous dois, pour tant d’obligations que ie vous ay. le s^ay, qu’au moins pour les premiers iours, ma conuersation ne vous sera pas ennuyeuse : et que vous aurez du plaisir à m’entendre dire, combien' vous estes icy estimé et aymé de tout le monde ; et quelques particularitez que ie reserue à ce temps-là. le souhaite qu’il aniue bien-lost ; et que ie vous puisse asseurer, mieux que ie ne puis taire icy, aucc combien de passion ie suis,
Monsievh, Voslre, etc.
Dr Madrid c« 13 Mars 1033.
A MO.NSIEVR DE 1*VY LAVREN8.