‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 199 sur 229 · I.ETTUE X · texte numérisé non relu

I.ETTUE X

Monsievb,

Cét honuiic que vous pensiez auoir déliuré d'Espagne, n’a pft encore sortir de Madrid : et la fortune ne m’a pas esté en cela si l’auorable, que vous. Quelque contraire que ie l’aye ; ie souffre patiemment le mal qu’elle me fait, quand ie songe au bien que vous me voulez : et j’estime beaucoup plus d’estre de vos amis que des siens ; sçachanl que vous les sçauez mieux choisir e'. mieux ixinseruer. Il semble qu’elle ait arresté les vents pour moy seul ; et que la mer soit nauigable pour toutes sortes de personnes, si ce n’est |H>ur Messieurs de Lingendes. L’in;patience auec laquelle ie les at-

6|“» .NOVVELLES LliTlRES

tends, me donne tant d’inqniétiide, que ie vous asseure. Monsieur, que mes maladiesne m’ont pas tourmenté dauantage. En cette occasion, sonnent ie me ressouuiens de vous : et ne puis m’em|)esclier de sonliaiter cette tranquillité d’esprit que j’ay admirée autrefois ; lors que sur le penchant d’une des jdus importantes affaires du monde, ie vous ay yen auec le mesme visage que tousiours, et moins empesché que pas-vn, en vne chose où vous auiez plus de soin et d’interest que tous les autres. En c(da. Monsieur, j’auoüe que ie vois vne différence infinie entre voslre ame et la mienne. Mais cette mesme considération qui me fait connoistre ma foiblesse, semble aussi en mesme temps l’excuser : puis qu'il est vray, que le désir d’estre auprès de vous, et d’y remarquer de semblables actions, fait une grande partie de rimpatience que i’ay, de me voir hors de ce lieu, tjuand i’en seray sorly par vostre moyen, ie mettray cette ol)ligation entre les plus considérables que i’aye, d’eslre tousiours,

Moxsievb , Voslre, etc.

Mn«lrid cr « Auril.

A MONSIEVR

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