‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 206 sur 229 · AV MESME I.ETTUK XVI · texte numérisé non relu

AV MESME I.ETTUK XVI

Monsievb ,

le crois que vous me plaindrez d’eslre arresté si long-temps en vn si misérable lieu : et de voir que ie sois plus de jours pour aller de Üouure à Dunkerque que ie n’en ay employé pour passer de Lisbonne icy. Dans l’ennuy que j’y ay eù, ce m’a esté vue extrême

(1) It est iiuitile de remarqiierquc celle lettre devrait être pl.veée plus haut.

NOVVELLES LETTRES

consolation d’y aiioir la compagnie de Monsieur le Chciialier de Ralantin. 11 a creù, que passant par Bruxelles, il pourroit auoir l»esoin d'amis, pour auoir un passeport, ou pour quelques autres affaires : et j’ay pensé. Monsieur, que ie vous ferois seruice à tous (leux, en vous le recommandant. Il est homme de condition : et lequel, outre c(!la, a toutes les autres qualitcz qui font vn honnestelioinme. Cela suffit pour vous le rendre recommandable. Mais ie crois de voslre bonté, et de l’honneur que vous me faites de m’aymer, que vous ferez encore quelque cx>nsidcration, de ce que ie vous supplie tres-humhleinent de l’assister de vostre crédit, le meltray celte obligation, entre les plus grandes que j’aye, d’estre,

MoNsiEvn, Voslre, etc.

A Douure le 17 de Décembre.

A MOiVSIEVR DE LA lONQVIERE.

LETTRE .WTI.

Moxsievr,

Il n’y a pas deux autres hommes au monde, qui s’ayment si constamment, ni si commodément, que vous et moy. Car encore que nous soyons séparez de cent cinquante lieues; ie voushonnore, et vous ayme autant, que lors qu’il n’y auoit qu’vne maison entre nous. Et quoy que vous ne me disiez, au plus, qu’vne fois en vn an, que vous m’ayinez : i’en suis aussi asseuré, que lors que vous me le témoigniez tous les iours. le crois. Monsieur, que vous auez pour moy la luesine affection, ellamesme constance ; et qu'ayant connu mon cœur et mon esprit, en vn temps oii ils n’estoient pas capables de se déguiser ; vous en auez assez bonne opinion, pour croire, que ie vous conseriie tousiours la part que vous deuez auoir en l’vn et en l’autre. A la vérité, vous m’y auez tellement obligé; et de plus, mon inclination m'y porte de telle sorte : que ie vous iure, que ie n’auray iamais de maistre ni de maistresse, à qui ie ne manquasse aiissi-tost qu’à vous ; et que de tous mes deuoirs, il n'y en a pas-vn, auquel ie satisface aucc plus de plaisir, qu'à celuy de vous chérir, et de voushonuorcr.Coutinuez-moy donc, s’il vous plaist, tousiours l 'bon -

Diqillj by tjOOglc

DK MONSIEVR UE VOITVHE. 6t9

nmir de vostre amitié ; et croyez quelle, n’est pas tout à fait mal employée ; puisque suis, et ie seray toute ma vie ,

MoNSiEvn, Voslrr,elr.

A Paris le ft lanuier 1638.

A MONSEIGNEVR

LETTBP. XVIII (I).

Est-il permis de passer ainsi legerement pardessus les accidents les plus remarquables de vostre vie; et ne leur donner pas plus de place en vostre histoire, que celle d’vne ligne ? Ceux-là sont |>ardonnablcs, qui voulant décrins en vn petit espace toute la rondeur de la Terre : nous désignent vne grande et grosse Ville par vn point ; et vne large et longue riuiere par vn simple trait de plume. Mais vous, à qui la Fortune, outre le loisir de faire les actions que vous laites, laisse encore celuy de nous les conter : vous n’en deuez pas vser ainsi. Vous nous deuez faire voir les choses en leur iuste estenduë : ou plutost, comme vous nous les montrez de loin, les grossir et amplifier; ainsi qu’aux pièces que l'on veut placer bien au dessus de nosirc veuë, les Statuaires adjousient tousiours quelque chose au delà de leur naturelle grandeur. le s^'ay bien que vous ii’cstes pas grand enlumineur de vos actions; que difticilcment jKiurriez-voiis rien nous déguisc'r à vostre auanlage ; et que vous auriez de la peine à les releiier au delà de leur vray prix. Mais au moins, ne les dimiuuëz pas, si vous ii’y voulez rien adjouster. La Vérité, qui veut estre eiitiere, et (|iii ne se peut pi-indre à demy, s'offense également des deux extréinitez. Toutefois , comme ceux (|ui luy prestent quelque chose, semblent la mieux ayiner, que ceux qui luy estent ; pour nous la représenter telle qu'elle doit esti-e, parez-la vn peu dauantage. Vous faites honte à vue si chaste et si •seueie Déesse, de nous la montrer toute niië. Il n’y a que Venus dans le Ciel qui ose paroistre ainsi. Vous deuez, sans douU^, estimer

(I) CcUe Icllrc n'est pas entière, y ayant quelque chose qui manque au (iiinmeiKTinent et à la Ihi.

cl dorer dauantage le plus bel accident de vostre vie. César, en treize ou qiialorze ans qu’il surmonta le Monde, ou, pour le dire plus {'loricuseinent, qu’il assujettit Rome à ses loix : ne se vit pas en vu liazard pareil : et nous ne voyons point que le péril l’ait iamais idmrdé de si près. Toute la Terre saigna pour sa querelle. L’Europe, l'Asie, et l’Afrique en rougirent à diuerses fois : et comme si trois gouttes de son sang eussent été encore vn trop riche prix pour l’Empire de l’Vniuers, luy seul, entre tous les siens, n’en répandit |N)int du tout. Mais voyez en cecy la trahison de la Fortune. Elle le garda entier, et le sauna de la moindre égratignure, au milieu de tant de batailles, et de tant de millions d’Ennemis armez à sa ruine ; pour après, estant Empereur du Monde , parmy ses Amis desarmez, et au S«‘nat, le faire percer de trente-deux coups. Cette derniere action me fait croire, quelque bon visage qu’elle luy fist, qu’elle ne luy voulut iamais de bien : et que forcée elle fit alliance auec sa vertu, pour sembler y auoir contribué quelque chose, et prendre part auec elle, à la gloire de tant d'illustres actions

lUM.ET A MADEMOISELLE DE M VROLLES (^1).

i.mRt: .\i.\.

La Fée qui iiops broiiilla hier au soir, est vue des plus malicieuses qui fut iamais : et les malédictions de toutes les autres, ne m’auroient pû causer tant de mal, qu’elle m’en a fait. le ne m’offen^ay point de ce que vous me reproebasles que ienc suis point d’humeur accommodante. Car c’est vne qualité, dont on vous accuse plus que moy ; et qui ne peut estre vn defaut, puisque elle s<' trouue en vne personne toute parfaite. Mais ie vous trouuay trop cruelle, quand vous-vons cmpeschastes de tourner les yeux sur moy ; et que du plus beau visage du monde vous en fistes vn mauuais. Il me sembla alors que tout le Ciel me regardoit de mauuais aspect; et qu’il se faisoitdeux éclipses de Soleil tout à la fois. Cela me couurit le coeur de tenebres cl de frayeurs qui ne m’ont point laissé reposer : El quelque ora-

(I) Criait In sivur lie Michel de Mari)lle)s, nlilH- de Villcloiii, connu surtout |iar sa traduction de I.iicnin. '

Üt: MüNSlEYK UI-: VUITVKK.

(iil

geuse qii'ayt été la nuit passée, elle n'a point égalé celle que vous m’auez iettée dans l’esprit. Elle dure encore, ie vous asseure : et quoy qu’il fasse iour pour les autres, il n’y en auia point pour moy, que vous ne me l’ayez donné. De l’humilité auec laquelle ie vous parle, vous deuez juger, que ie ne suis pas si glorieux que vous dites ; et que si ie ne suis point accommodant, ie suis au moins racommodable. Si vous Testes autant que moy, vous receurez mes satisfactions, et mes presens. l’auois tousiours gardé ce ruban grisdc-lin, |X>nr me sauner dans une nécessité comme celle où ie me trouue. Souffrez qu’il fasse Telïet que j’en ay espéré ; et qu’il me tire du labyrinte ou ie suis. le ne sçaurois nier, que ie n’aye fait vne faute puisque ie vous ay fasebée. Mais au moins, j’ay sçeu ti'ouiier quelque couleur pour la coiiurir : et vous ne sçauriez dire qu’elle ne soit pas belle, puisejue c’est celle que vous aymez. Vous en verrez tantost vne autre sur mon visage, qui vousdeura encore plus toucher ; et qui vous dira le reste de ce que ie u’os<! vous escriiv icy.

A MONSIEVR I.ETTRK XX.

.Monsievb,

Tayine mieux vous escrire plus souuent, et vous payer à plusieurs fois. Cela sera plus commode pour vous et [lour moy , que si ù vu coup ie vous baillois vne granrle somme, qui seroit ennuyeuse à compter, et où il [jourroitpasser beaucoup de fausses pièces. Kausses pièces sont celles où il y entre du suif. C’est vne question célébré en Droit, Ytrum credilnr cogipoasil arcipere debiti partem, et les Clercs tiennent que non : Quia, ce disent-ils, parlicularis solulio mulla hubel incommoda. Mais vous ne me traiterez pas tant à la rigueur. Aussi seriez vous au hazard de perdre la debte entière, si vous ne vouliez rien receuoir de moy, que quand ie me poniTay aquitter en vn coup de tout ce que ie vous dois. Car ie ne suis pas soluabic pour cela. Et quoy que ie face, ie vous deiiray tousiours de reste. Mais tout ce que ie vous conte icy, n’est pas de l’argent comptant. Vous voulez que ie vous dise de mes nouuelles. Hé bien ! ie perdis à trois dez, il y a trois mois, quinze cens escus ; je dis bien payez. Voila vne dangereuse mousquetade. fMIe m’cm|)orta vne

NOVVFJXES LETTRES

grandi! partie de mes chausses ; et il n’en faiidroil gueres de semlilables pour m’emporter ma chemise. Gela va mal. Vous en serez fasché. Mais il y a trois mois (pie ie ne joué plus : et j’ay fait grande, mais iedis célébré resolution de plus jou«T. Si ie la garde, n'ay-je jias beaucoup gagné- ï le m’oserois pas trop m’en asseurer. Car ie scrois deuenu bien peu Philosophe, si ie n’osois répondre asseurémenl de moy-mesme. Tant-y-a que si j’en doute, c’est de la mesmc sorte (pie ie pourvois douter, si ie ne ni’iray pas jetter à ce reiiouueau dans lireda. 11 n’y a pas grande apparence. Mais si vous voulez, que j’en sois encore plus asseuré, faites que ie vous le jiromctte, et demaiidez-le-moy par l’amitié que ie vous dois. le me reseruay deux cens escus, comme vne table de naufrage, sur laquelle j’ay vogué assez plaisamment d’vncosté et d’antre, tousiours rifflant, comme vous sçauez. Enfin, iepris ten e à Orléans, où ie me suis r’aflraichy deux mois durant. le vous dirois ce qui m’y a tenu si long-temps. Mais il faudroit que nous eussions vu chiffre entre nous deux. Cela seroil plaisant, qu’vu paquet de la sorte tombast entre les mains des ennemis : et qu’aprés anoir bien exercé tous les décliifrciirs de l’armée ; au lieu d’y trouiicr quelque entreprise sur .\nuers, ou quelque grand dessein sur l’armée du Marquis ; on n’y trouuast que des "* de celle-cy, ou de celle-là. Mais vous, mandez-moy si vous-vous en passez; et si vostre première résolution dure encore. Selon que l’on m’a parlé en ce païs-là, ie voudrois que vous Mais ie m’imagine qu’il est bien difficile de sous des huttes, et principalement quand on les a faites. C’est vne estrange vie que celle de delà. Monsieur de la lonquiere m’en a fort dégousté. Mais mandez-moy plus particulièrement tout ce que vous faites. Vous ne nous escriuez que des menaces : et si vous ne me faites réponce, ce dites-vous, celle-cy sera la dernierc que ie vous es- ( riray. Buenu es la Jlema pur dios. Un voit bien, que vous parlez en homme, qui a vingt-cinq mille hommes de pied, et quatre mille chenaux. Mais defienses à vous pourtant de plus vser de tels termes. On voùs a osté vostre museliere en ce païs-là. Mais nous irons vous la remettre. Vous ne voyez pas, que la plus|)art du temps, nous n’avons rien à vous conter. Et vous auez tort de me dire, que j’ay j)lus (le choses à cscrire que vous, estant en lieu, où il y a plus de nouuclles. Car les farces de la Cour et les gazettes ***.

DE M0N8IEVK DE VOITVRE.

A MONSIEVR

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