‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 208 sur 229 · I.ETTKK .X.WI · texte numérisé non relu

I.ETTKK .X.WI

Madame,

Vous lu’auez appris eu trois ligues loul ce que ie désirais savoir.

UK MONSIKVK DK VOITVIŒ,

et si vous ne m’auez esprit une grande lettre, au moins vous in'auez mandé de grandes nouuelles. Selon la briéueté du style et l’impor- (ancc des matières, il me sembla d’abord que c’estoit une Laccdcinonienne qui m’escriuoit, et la mere de Brasidas auroit, sans doute, es<‘rit de la sorte, si elle nuoit eu à parler de maistre Martin, ou à dire quelque pIios(‘ des religieuses d’Ilierre. Sans mentir, il faut avouer que vous estes merueilleuse en tout ee que vous faites! vous ne vous eontentez pas de posséder les vertus solides de ces dames llomaines qui estoyent l'honneur de leur république; vous y voulez encore aiouster les gn\ocs de tous les autres pais. Kt <iuoy(|ue vous ne bougiez qiiasy iamais de vostre eabinet, il semble que vous voyagez tons les ioiirs par tout le monde, |M)ur y apprendre ce (|ui s’y pratique de plus louable, et de plus digne d’estre imité, l’eusse s<“nlement désir*';. Madame, que vous m’eussiez dit quelque chos<; des potages, et si ces plats de l’enlre-mpts que nous ouïmes un soir prononcer si barbarement ont esté mieux exécutez , (|u’ils ne furent leus par M. de t^.baïuïroehe. Vue chose d’vnc si grande instrui:tion méritoit bien possible d’estre traittw plus amplement, et il seroit à (lésirtT, pour la satisfaction des bonnestes gens, que inademoiselle t’aulet, qui n’escrit pas tant à la laconique (pie vous, d'il entrepris la di’seriptioii de toute cette affaire, ('.ependaut ie me n;siuuis de ce que maistre Martin a dégagé jii glorieiisemeul sa parole et la mienne. le vous supplie très-humblement de le reconnoistre, autant (|ue son alTection et sa capacité le méritent, et de luy donner dans vostre esprit une place tout auprès d’Alexandre, le ne scay. Madame, si ic puis prétendre d'estre mis anec ces deux grands hommes, mais si vous me faites cet honneur, ce sera vue gnlce que ie tiendray purement de vostre Injuté, et qui m’obligera sur toutes choses, à estre toute ma vie.

Madame, Voslre,elc.

Madame, si vonsn’aymez M. vostre mary beaucoup moins que de coustume, vous ne serez pas fâchée que ie l’asseure icy que ie suis son très humble et très obéissant serviteur; ie ne me s<,aurois pas empes(;her aussi de dire à M. de Chaudebonne que personne ne l’honore, et ne le respecte plus que moy, et sans mentir, il y a quel- (pies heures au iour ou ie doute si ie vous ayme plus que luy. le me resiouis extrêmement de -l’advis que l’on a donné à M. de Vaugelas. Il est bien raisonnable qu’ayant iusques icy converti en air tontes les choses qu’il a commeneées. il convertisse à cette heure

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l’air en quelque cho«'. Hé ! Madame, au panure iwurceau, diles-

luy s’il vous plaist un compliment pour moy.

A MADAME LA MARQMSE DE SAHLÉ.

LETTHK XXVII.

Madame.

Les précautions auec lesquelles vous priez Mademoiselle de Chalais de me parler de vostre affaire, m’ont semblé estre d’une personne [H-u judicieuse et peu généreuse; car vous auez mal jugé de mon Cfi-ur, et vous me deuez faire présumer que vous ne vous résoudriez pas aisément à me faire vn plaisir important, puisr|ue vous auez tant de jMsine à demander de moy un si léger seriiice. Sur ma part de. paradis, j’aurois fait pour maistre Jean ce que vous auez eu peur tfue ie vous refusasse, et quand ce seroil ma vie que vous eussie* (désirée, c’eût esté encore la demander auec trop de façon que de la demander de la sorte, le suis bien marry que vous, cpii vous vantez dans la mesme lettre d’auoir vn lionbeur partk'ulier pour connoistre les cu’urs, connoissicz si mal le mien, et que vous soyez si loin d’imaginer jusques où va mon alTection pour vosti e service. Mais, ce dites-vous, il y a des personnes, le vous avoue, Madame, que ie ne croyois pas qu’il pût arriver que vous j>arlassiez jamais de moy en ces termes-là ; et sans mentir, il ne se peut rien de plus offensant. Pour vous dire le vray, toute celle pixx'édure me semble étrange, et d’vne aulre que de vous; et ie m’étonne que cela soit arrivé à vue personne qui a tant de jugement dans toutes les autres choses, et en laquelle je puis dire que ie n’auois rien ven jusqu’à cette heure qui pût déplaire. Ne trouuez pas, s’il vous plaist. Madame, que ie sois trop rude, ni que j’ccriue du slile de Madame de Querueno. Considérez le sujet que i’ay de me plaindre, et si vous voulez que mon ressentiment passe , trouuez bon. que i«! m'en sois déchargé le cœur, le fus hier voir Monsieur d’irval (I), qui est celuyque vous appelez Monsieur d’A vaux , et qifi est surintendant des affaires de Monsieur deMantoùe; ie ne pus parler

(I) Céloil le fiere eatlel du cumie il’Avaii.v.

ÜK MONSlEVIl DE VOITVHE.

à liiy, pour ce qu'il estoit mnladu. le fus ti'ouuer de là vu nommé Monsieur l’épin, qui est iiiteudant de la iiiesme maison, fort entendu , cl fort de mes amis; ic luy dis que l'on m'auoit donné auis de telle chose touchant la paierie du Maine. Il nie dit qu'il y auoit long-temps qu'il le seauoit, et qu'il croyoit y auoir remédié, le luy demanday eominent? il me répondit : En remontrant à Monsieurde liiilion et à Monsieur le garde-des-sceaux l'injustice que ce seroit, et qu'ils ne sçauroient venir à liout de cela, pour ce que ce seroit reniierser toutes choses, et que nous nous opposerions partout à la \éritication de l’édit par lequel on vondroit faire passer cela. El, en effet, me dit-il, ie crois que c'est vue chose qu’ils ne sçauroienl faire , si ce n’est (jue leroy y voulût à toute force employer toute son authorité, et qu’il ne craignoit point que cela se fit ; que toutes les paieries csloyont vérifiées au parlement; qu’ainsi il ne consentiroit iamais à la vérification; que quand bien mesmc le grand conseil \érilieroit l'édit, ils ne laisseroyenl pas de [lorter lousiours les a|>pels de leurs pairries au parlement, qui les receuroit tousiours |>our l'intéresl qu’il a à les conseruer. Il ajousta qu’ils auoyeni donné un mémoire à .Monsieur le garde-des-.sceanx,par lequel ils luy montrent qu’en tirant (piclque chose des justices des bailliages priadiains de Eaual et des lieux circonuoisins, ils jKiurroyent faire la mesme chose sans toucher à la pairrie du Maine. le luy demanday si dans ce mémoire Uoisdauphin y estoit. Il me dit que non. Et Sablé, luy dis-je? Pour Sablé, ce dit-il, ie n’en sçay rien; et après y auoir vn peu pensé ; Ouy, ie crois que Sablé y est ; ouy, il y est. .Mais, luy répliquay-je, c'est vue pairrie. 11 me dit qu’il ne le seauoit pas. le luy dis là-<lessus que i’estois extrêmement seruiteur de Madame la maniuise de Sablé; que ie serois bien fâché que l’on luy fil tort en cela; que ie luy allois escrire pour luy en donner auis, et quel < heniiu il me conseilloit de vous faire prendre pour empêcher cela. Celuy mesine, me dit-il, que nousauons tenu, crier, faire du bruit, parler à Monsieur le Cardinal , à Monsieur de nulion et au gardedes-sceaux. Il me dit (pie le garde-des-sceaux n’en auoit point entiie. Voilà, .Madame, tout ce que j'ay à vous dire sur cela ; si à la suite il faut faire quelque autre chose, et beaucoup plus difficile, commandez -le -moy auec authorité, si vous voulez que j’oublie le dépit que vous ni’auez fait ; et croyez que ie ne suis point de ces personnes (pii ont peine à parler, à escrire, ou à faire quelque chose IKMir seruir leurs amis. Que celte affaire, au reste, vous confirme en la résolution de venir icy, et vous fasse voir qu’il est lousioui*s 1)011 d’eslre à Paris jiour mille nMicontres. le vous remercie Irés-

fi:t2 NnvVELLi:s LE'lTKIiS

humblement, Madame, de vos melons, que ie reçus hier, et qui ^,ont bien meilleurs que les autres. Mais ie ne suis pas à cette heures en humeur de faire des remerclments ; et tout ce que ie jmis faire, c’est d’asseurcr Armande et sa secrétaire, que ie les aime de iour en iour danantage, et que ie ne souhaite rien tant que de les voir. Néantmoins, Madame, au milieu de tout mon mécontentement, ie ne puis acheuer cette lettre sans vous dire que jamais personne au monde ne vous resper^tera, ne vous estimera, nevousaymera tant que moy.

A MADKMOISELI.E DE KAMIIOVIIXET.

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