‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 211 sur 229 · METAMOIIPIIOSE DE I.EO.MDE EN PERLE · texte numérisé non relu

METAMOIIPIIOSE DE I.EO.MDE EN PERLE

l'OVn MADE.MUISE1.I.E l'A\ l.ET.

Eu la Forest d’Eriinanlc fut jadis vne Oréade, qui dés son enfance fut exposée aux bestes saunages, et alailée, et nourrie par elles. F.lle eut vn visage humain, vn,esprit diuin, et uneame tres-farouebe. L’Amour ne seruit jamais personne si bien qu'elle et iamais il n’eut vne plus grande ennemie. Elle tuoil tout ce qu’elle regardoit:et en peu de temps elle lit plus de meurtres, que les Ourses, et les Lionnes qui l’aiioient nourrie. Mais les Dieux offencés de ws cruaiitez, voulurent sauner les hommes qu’elle alioit détruire, et la changer en Ferle, (pii garde encore la netteté de son teint, et la blancbeiir, dont elle obscurcissoit toutes choses. Toutes les autres pierres de prix se marient avec l’or. Celle-cy seiih' se passe de liiy.

ni-: MONSIKVH DK VOITVRE.

et lie s’allie qu'auec ses compagnes. C’est l’ouurage le plus poly, et le plus agréable, que le Ciel fasse. Mais elle retient tousiours quelque chose de sa première férocité. Car nous voyons, qu’encore les Perles se jettent à 1a gorge des personnes, qui se vetdent seruir d’elles ; et ne se peuuent résoudre que dans le vinaigre, pour la sympathie, <[u’elle eut autrefois aiiecqiie luy.

LA .’META.MÜHPHOSE DE LA CHAVVE-SüVUIS,

KXTRAITTK U'VS AVTHKVR ARCIK.N ,

ÜliUIÉE AV BAHON DE SALLES.

iJans vue des principales villes des Orcades, qui sont situées en la mer Germanique, proche le royaume d’Ecosse, uasqiiit antresfois une nymphe d’vne forme et d’vu esprit fort extraordinaiiv^ ; mais d’un naturt;! si doux qu’elle ne laissa pas d’estre chèrement aymée de ses parents. Son p<*requi n’auoit qu’elle, l’éleua aiiec vn si extrême soin, qu’il la rendit accomplie en beaucoup de choses, et par ce que la musique estoit sa principale passion, il désira que Uintonide, qui est le nom de la nymphe, s’estudiât particulièrement en cette science. En moins de rien elle s’y rendit si sauante, que les grftces que la nature luy aiioit déniées, furent récompensées par celles que l’art luy lit acquérir, et les charmes de son lut et de sa voix ne la rendirent pas moins puissante sur les bergers de l’isle, que ses compagnes, dont les beautez estoient adorées de tous. Plusieurs des priuci|>aux en deuinreut amoureux ; mais Dintonide (]ui auoit résolu de no se marier iamais, n’en voulut écouter pas vn. Elle menoit vne vie fort tranquille, exempte de toute sorte de passion, lorsque sa maiiiiai.se fortune fit aborder en son isle, vn certain philosophe, lequel pour s’estre étudié dès son enfance, àniépriserles choses de la terre, s'adonna si fort à laconiemplaliou des célestes, f|ue mesrne il deuint amoureux de la lune, ne jugeant rien qu’elle digne de posséder son conir. Il sortit de son pays par dépit de ce qu’elle n’esloil pas la principale diuinité qui y estoit adorée, et s<> vint habituer dans l’isle où elle l’estoit pour lors comme dans le reste de l’Ecosse par dessus toute autre. La grande connoissance que le philosophe Eraste eut de la nymphe Dintonide durant son

MKTAMUKPHOSb»

séiour dans l’isle, luy fit changer l’opinion qu’il auoit eue iusqu’alors que rien de mortel n’estoit digne de ses désirs, — mais l’on peut rendre œ témoignage à la fidélité d’Erasfe, qu’en ce rencontre seulement sa constance fut ébranlée, mais elle ne fut iamais vaincue. Car se repentant aussitost de l’affection qu'il auoit témoignée à la nymphe, il publia partout que c’estoit sans autre dessein, que celuy auquel la ciuilité l’obligeoit enuers toutes les femmes. Cela estant sceu de la nymphe, elle en pensa mourir de regret. L’esprit d’Ëraste auoit tant de rapport auec le sien, et les soins qu’il auoit pris de luy persuader sa passion auoient obligé Dintonide, qui auoit résisté iusque-lù à tous ses amants, d'estre sensible à son amour. .Mais las ! elle le fut bien dauantage à son mépris, car laissant tous fes diuerlissements ordinaires, ellese couiirit la teste d’vn voile noir, et se renferma dans son logis, sans vouloir iamais voir personne. Elle sortoit seulement les nuicts pour aller faire ses plaintes au\ rfx-hers Pt aux bois, ne ptonuant prendre cette confiance aux hommes, puisque c’estoit leur infidélité dont elle se voulpit plaindre. Enfin vue nuict son désespoir fut tel, que voyant paroistre lu lune, qu’elle n’auoit {wint veuë depuis .son malheur, et se souuenant que c'estoit de peur de l’offenser qu’Erastprauoit quittée, elle luy dit mille iniuresdont la déesse se sentant offensée, se résolut de la changer en vn oysean, que l'on a appelé depuis chauue-souris, et [)our marque de plus grande punition, elle voulut qu'elle demeurAt connoissable, de sorte que son visage et sa coiffure conseruant leurforine ortlinaire; les bouts de son voile qui pendoyent sur ses épaules, se firent comme deux ailes, et le reste de son corps se rappetissa si fort, que la malheureuse Dintonide se vil au mesme instant élevée de terre malgré elle. Les Iwis ne furent point sa retraite, comme aux autres oys'eanx, mais fuyant le monde et le iour, selon son ordinaire, elle se cacha dans les maisons les plus désertes, et l’on ne la vit iamais paroistre que la nuict. Tous les habitants du pays prenoient sa rencontre pour un signe de malheur, tant ils auoyent en horreur la hardiesse qu’elle auoit eue de déplaire à leur déesse. Le pauvre Eraste, ee creùrent quelques vns, plaignit son aiienture, mais il ne l’osa iamais faire paroistre, tant il e.stoit respectueux aux volontés de sa maisiresse.

Carde/ le secret au Iradm leur, on il vous promet de vous faire, passer |)our aulheiir.

ItK MONSIKVK 1»K VniTVHK.

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MKTAMOUPHOSH HV S.MiK ICAS ES l’KRROOVKI'.

Il y eut autres fuis dans la cour du roy Lisuart^ vu jeune cheualier à qui la nature auoit esté si prodigue de ses grikes, qu’il estoit l’objet de l’enuie et de l’admiration de chacun, il faisoit toutes l»*s choses d’vne façon si agréable, il se conduisoit avec tant île prudence auprès du prince, qu’il acquit le nom du sage Icas, du consentement de tout le monde. Outre les disciplines qui sont nécessaires à vn homme de guerre, il s’estoit adonné aux autres sciences, mais il auoit principalement estudié la magie, qui pour lors n’cstoit pas diffamée comme elle est aujourd’huy. Ses vertus le firent aymer des plus honnestes pei'sonnes de la cour, mais il ne put jamais faire compte que de la bien-vueillance du parfaict ■Alcidon, de l'incomparable Aiihénice, et de l’adorable lulie. Le tem|)S qui ne pardonne ni aux temples, ni aux palais des ruys, a toutes fois pardonné à ces noms illustres, et les naiades de la Tamise ne se treuiient jamais ensemble qu’elles ne parlent des miracles de leur vie. Hymen qui porte ordinairement vn bandeau sur les yeux, et vue fausse balance dans la main, n’auoit jamais assemblé deux personnes pins dignes Tvne de l'autre. La noblesse de la race d’Alcidon estoit plus vieille que celle des rois. 11 auoitdonné des prennes de courage durant la guerre et de priuleiice dans les négociations oii le prince l’auoit employé. Mais ce qui fut le comble de tout son bonheur, il épousa Arihénicc, qui fit voir que la beauté et la vertu, la grandeur et la courtoisie, la science et l'humilité ne sont pas des ennemies irréconciliahles. lulie fut vu des rayons de ce soleil, et elle eut esté la plus accomplie de son lem|)s. si elle n’oit jioint eu de mère. Elle fut l’enuie de ses compagnes, le désespoir de ses amants, et le désir de tous les princes. Vénus auoit pris le soin de former son visage, .Minerve s’estoit réservé celuy de former son cœur. Depuis, tous les traicts que l’amour y pensa tirer retournèrent contre luy-inesme,et luy firent des blessures dont il souhaita de pouunir mourir. Les conquérants vinrent des plus froides et des plus éloignées parties du monde |>our luy rendre hommage ; et tous confessèrent que si .son sexe lui eût pei inis de prendre les armes, le monde n’eût i>as esté assez grand pour son courage et pour ses conquestes. 11 n’y auoit point de dame qui ne vint esludier auprès de ces trois excellentes personnes pour se rendre aymable.

METAM(JRPH0SES DE MUNSIEVK DE \UITVRE.

Camille qui estoit vefve du prince Esplandian, y vint iin iour jxuir la iTiauuaise fortune d’Icas, car il ne put se deffendre de l’ayiner. Toute la cour sceut cette passion et s’en étonna, à cause que nsqnes alors il ne s’estoit montré sensible qu’à la beauté de la fortune, et que l'on l’auoit vu plus souuent à la porte des cabinets, qu’aux pieds d’vne maistresse. L’amour fut iuste pour luy, il Irouua le cœur de Camille disposé à receuoir sou affection. Us vécurent long-temps dans une parfaite intelligence, et ils y fussent tousiours demeurez sans la jalousie de Camille, bille crcùt qu'il en aymoit vne autre ou qu’il ne Taymoil pas assez. Elle commnni(|ua ses soupçons à sa nourrice, qui luy donna vne fiole, pleine d’vne eau qu’elle disoit auoir la puissance de r'cntlamer l’amour de celuy an visage duquel on la jettoit. Mais l’événement fut bien contraire à son dessein ; car cette eau mal-heureuse n’eut jias si-tosl touché le panure Icas, qu’il fut transformé en vn oyscau que d’abord on nomma co<|uet, et qui depuis par corruption de langage est appellé perroquet. Il estoit habillé de verd le iour de cet étrange changement : cette couleur luy est demeurée sur ses plumes. Connne durant sa vie il auoit tousiours esté captif soit de la fortune soit de quelque maisti-esse, il se plait encore aujourd'huy dans vne cage. Comme il aymoit fort à parler, il babille encore tout le long du iour; mais il se soiiuicnt principalement d’anoir esté amoureux, car il se jdalt à répéter les paroles d’amour, et ce stmt celles qu’il apprend pins aisément : il a mesme pitié des amouieux, et l’on conte de luy, qu’estant dans la chambre de la princesse Orsintbe, qui l’auoit voulu auoir, et voyant Lindamis qui n’osoit luy décounrir son affection, il dit de luy-mesme.: Le perroquet jure que Lindamis ayme Orsintbe plus que la vie.

Camille voyant le mal-heureux effet de sa jalousie, sc; mouilla le visage du reste de l’eau, mais elle fut changée eu vne corneille iKir vne iuste punition du ciel.

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