LETTRE DE MONSIEVR COSTAR
miers traits, furent plus admirées et plus estimées de la Grèce curieuse, sçauante , et polie, que toutes les autres pièces que ces grands Peintres auoient le plus trauaillées cl le plus finies. Pline adjouste ; Quippe in ijs lineamenta reliqua, ipsæque coyitaliones artificum spectantur, atque in Icnocinio commcndalionis dolurest, manus ciirn id agcrent extinctæ desiderantur. le vous allégué ce latin, Monsieur, parce que ie n’en ay pu faire de François qui fust de son prix et de son mérité, quelque effort que j’aye fait dans ma première deffense, d’en exprimer toute la force, quand j’ay dit :
O Tout ainsi que la pieté consacre les plus belles choses, quand a elles ont louché les corps des Saints , ou seulement leurs os et «leurs cendres; de mcsme, l’admiration et l’amour se font des « Idoles, de tout ce qui porte le nom des hommes extraordinaires; « qui leur ont esté rauis : et comme si chacun estoit capable de la a mesme deuotion et du mesme culte, elles les proposent en vene- « ration à toute la terre, et à tous les Siècles. Il ne leur est point « échappé de billets si peu importans ny si négligez, que leurs Paratisans passionnez ne regardent comme de précieuses reliques de « ces grands Hisprits, dignes d’estre grauécs dans le marbre et dans O le bronze, et de passer jusqucs h la derniere postérité. Sur tout, a s’ils déeouurent quelques Fragmens, quelques parties d’vn corps a qui ne soit que demy formé, quelques commencemens grossiers a d’vne pièce qui soit demeurée imparfaite; c’est alor.*;, que le de- « sespoir de la posséder iamais toute entière, resueillaut l’affliction O de la perte de l’Ouiirier, met vne hante enchère à son ouurage, et U en releue le pris jusques à l’infmy : outre que l'imagination qui « ne manque point, quand on la laisse en sa pleine liberté, de gros- « sir et d’agrandir les objets au de-là du naturel, se figure desgra- « ces, des beautez, et vne certaine idée de perfection, qui est au a dessus des exenijilcs; et qui surpasse le génie de l’Artisan, et U souuenl mesme la puissance de son art. »
Mais pour reuenir à nostre Roman, asseurez-vous Monsieur que la Courluy fera vu tres-fauorable accueil, quoy que la suitte et la conclusion, y soient ù desirer ; et que ce qui luy manque, sera cause que les sages diront, encore auec plus de vérité qu’ils n’ont fait jusques icy, que les plus belles choses du Monde sont imparfaites. On ne peut rien voir à mon gré , qui .soit écrit plus galamment. Sans parler de la judicieuse oeconomie du dessein; de l’agreuble variété de l’éucnement ; et de la richesse des descriptions: les entretiens sont tout ensemble si naïfs et si fins, si délicats et si forts, si iusies et si détournez, si naturels et si surprenans; que