I.ETTRE XVt
Mxdaue,
l'ay admiré vostre iugement , en voyant le commencement de vostre lettre. Car il est vray que vous aucz veu plustost que moy vn sentiment qui estoit caché dans mon cœur. Il me sembloit que j’auois vne extrême hasie de partir, mais quelque plaisir que j’aye d’auoirde vos nouuelles, j’auouë, que quand j'ay veu Robineau, j’ay eu quelque frayeur, de penser que ic n’auois plus de prétexte de demeurer icy. Et ie croy que j’eusse esté bien-aise d’attendre encore sept ou huit iours cette joye. Cependant, Madame , quelque déplaisir que ie pûsse auoir, j'en serois aisément consolé par le soin que vous auez de moy. Et ic suis extrêmement content, de voir que vous auez plus escrit de lettres pour moy en vne nuit , que vous n’en auez fait en quatre ans pour Madame DeslogeS , et pour Madame d’Aubigni. C’est sans doute la plus grande prenne d’affection que ie pûsse tirer de vous ; principalement en le considérant auec la circonstance que vous m’escriuez. Etie ne dois point douter que vous n’employassiez toutes choses à l’auancement de ma fortune , puis que vous y employez vostre peine. le reconnois cela. Madame, auec ce cœur que vous sçauez que j’ay. Et outre le contentement que ie reçois en cela pour mon regard , j’en ay encore vn extrême > de voir que vous estes aussi genereuse et aussi bonne amie que ie l’ay tousiours désiré. Aussi ie vous iure que ie suis si satisfait en cela de ma fortune, que ie croy que ie la negligeray aux autres choses, et que ie mépriseray l’amitié des Reines, toutes les fois que ie songeray que i’ay la vostre. Soyez donc, s’il vous plaist. Madame, extrêmement satisfaite, de ce que vous auez fait pour moy , sans vous soucier de ce qui en reüssira, ni du fruit que me produiront vos lettres. Et si vous les auez escrites, pour me faire auoir du bien, ou des honneurs, soyez asseurée qu’elles ontdcsia fait reffet que
LErniES
vous auez désiré. le ne manqueray pas de les donner auec l'ordre que vous me commandez. Vous auez bien fait au reste d’en excuser le stilc. Car, sans mentir, ce jargon de Marlise , de Merlin , et d’Alexis , me semble insupportable. Cependant ie ne laisse pas de remarquer parmi tout cela lieaucoup d’esprit , et vne meriicilleuse adresse ; et surtout vne extrême enuie de faire quelque chose pour moy. le trouue extrêmement plaisant ce que vous dites à Mademoiselle de Ramboüillet, que si on n’y prend garde , j’iray en Flandre comme j’irois à Vaugirard : et à mon auis, ce mot-là tout seul vaut vne bonne lettre. 11 est vray, Madame, que sans le soin qu’on a eu de m’en auertir, ie fusse allé auec le messager de Bruxelles. Et pour dire le vray, ie fais ce voyage auec tant de regret , que ie ne puis m’imaginer que ie doiue craindre d’estre arresté : et sans -T Madame du Tremblay, ie souhaitterois de passer le reste de l’hyuer l dans vne chambre de la Bastille , pourueu qu’on me la donnast bien ) chaude. Le Coigneux est tout à fait ruiné. Monsieur de Chaude- 'j bonne estoit depuis quatre mois dans vne estroite amitié auec luy, et auec Monsieur de Bellegarde. Vous pouuez iuger. Madame , qu’il n’en sera pas mieux, ny moy aussi. Mademoiselle d’Atichi m’a promis des merueilles; et auec autant d’affection que vous auriez pû faire, le vous asseure que ie n’ay pas mérité cela d’elle, et que ie ne sçay si ie le pourray mériter iamais. Soyez en scureté de Madame de Villeroy, et de toute autre chose, l’ay receu tous vos auis, et ie les garderay tous. Madame et Mademoiselle de Ramboüillet vous aiment extrêmement, le vous dis Adieu, Madame, les larmes aux yeux ; et ie vous asseure que ie vous aime autant que vous le méritez, et plus que vous ne sçauriez vous l’imaginer.
A LA MESME
LKTTRE .WII.
Madame,
Sans mentir, c'est vne extrême ingratitude à vous, de n’auoir pas pris la pc-inc de me faire re.sponse. Et c’est estre paresseuse à vil poinct qui ne s<‘ peut soulTrir, que de l’estre plus que moy. Quelque beau prétexté que j’eusse, d’estre six mois sans vous e.serirc; ie ii’ay pû laissT partir Robineau, sans vous assciirer.
DE MONSIÉVK DE VUITVRE.
qu’apres tout cela ie suis plus à vous que jamais. Il est vray. Madame , que vous ne me sçauriez perdre , quelque négligence que vous ayez pour moy. le voiidrois bien quelquefois, comme Mademoiselle de Clialais , me pouuoir sauuer de vostre seruice ; et il y a bien icy quelques personnes qui se resoudroient à m’enleuer. Mais ie n’y puis consentir, et il me semble que ce seroit me perdre , que de me sauuer de la sorte. Madame de Ramlx)üillet m’a commandé de vous dire, que sur le besoin qu’elle a creu que vous auiez d'vne personne habile et adroite pour estre en la place de celle que vous auiez perdue, elle vous a enuoyé Mademoiselle Forestier (i), qui de bonne fortune n’auoit pas encore trouuc de condition. Elle croit que vous la recourez comme vne personne qu’elle vous a choisie, et l’a fait partir il y a deux iours. le ne vous aurois pas escrit cette raillerie , si on no me l’auoit commandé. Car en vérité. Madame, j’ay le cœur trop outré du peu de soin que vous auez de moy. Deschargez-le de cét ennuy, s'il voûs plaist, car ie vous iure qu’il est tout à vous. le suis.
Madame, Vostre, etc.
l’eslois prest de partir, et tout résolu , quand les nouuelles du délogement de Monsieur m'ont arresté; ie l'iray trouuerdès que ie sçauray certainement où il est , mais ie vous supplie tres-humblement , Madame , que i’ay auparauant vostre congé et vne de vos lettres.
A LA MESME