‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 31 sur 229 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

Madame,

Si vous ne vous souciez point de mon plaisir ny de mon repos, au moins ayez soin de ma fortune. le suis sur le poinct de partir sans aucune remise, que jusqu’à ce que j’aye eu de vos nouuelles. Je crains que les lettres que vous m’auiez données ne soient trop

(1) Cette demoiselle n’estoit nullemeot son fait; c'estoit pour l'épouuanter, car cette fille estoit uoe-capricieiise , vne querelleuse. (Note de Tallemant.)

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vieilles. Si vous aucz encore conserné quelque intelligence en ce païs-là , ie croy qu’il seroil à désirer |K)ur inoy, que vous m’eu donnassiez d’autres, où vous prendriez occasion de parler en ma faneur , si vous le trouuez à propos. Mais si'vous ne le iugez pas ainsi, au moins sera-t-il bien que vous parliez pour vous, et que par vos lettres vous renouuelliez les asseurances de vostre fidelité et de vostre seruice. Et cela. Madame , sera tousiours quelque sorte de recommandation pour moy. le vous supplie tres-humblement de me les enuoyer auec toute la diligence possible. Car ie n’attens que cela pour partir, le vous dis Adieu, Madame, auec tant d’affection et de tendresse, qu’il seroit encore plus dangereux que Nerli vist celuy-ci que l’autre. Et ie vous iure que j’ay plus de regret de in'esloigner de vous , que de quitter celles que ie laisse icy. Aussi, Madame, me screz-vous toùjours plus considérable que tout le reste du monde : et si vous sçauiez de quelle sorte cela est , vous en seriez satisfaite , vous qui no sçauriez estre contente, à moins d’auoir les cœurs tous entiers. le vous dis cecy auec la mesme fidelité que les dernieres paroles que ie dirois en mourant. Il n’y aura iainais personne que j’ayme, que i’honore, ny que j’estime tant que vous : et ie seray tousiours , Madame , en quelque temps , et en quelque lieu que ce soit,

f'ostra, etc.

A MADEMOISELLE PAVLET.

LETTRE XIX

Madeuoisbllë,

le vous remercie tres-humblement de ce que vous ne vous plaignez point de moy : et ie vous asseurc aussi que vous en auez moins de raison que qui que ce soit au monde. le m'cslonne de ce que Vous dites, que les personnes qui me font l’honneur de m’aimer, meblasment de ma paresse, et qu’elles-mesmes en ont tant, qu’elles me font reprocher cela par vn autre. En l’estât , où ie suis , il seroit bien plus raisonnable de in’enuoyer des consolations, que des plaintes. Et ce ne sont gueres ceux qui sont affligez , qui sont bannis, et qui perdent leurs biens, qui diuerlissent les autres. En disant cecy, ne croyez pas , s’il vous plaist ; que ie me plaigne de cette rare personne, que son mérite et son peu de sauté mettent au des-

ÜK MONSIliVU Di; VOITYRU.

sus de toutes sortes de dcuoirs. Mais celles qui escriuent de gayeté de cœur, et seulement pour dire des gentillesses, ne sont pas, ce me semble, excusables, de ne m’auoir pas fait cél honneur. le vous asseure qu’il n’y eut iamais vne tristesse pareille à la mienne : et si j’osois écrire des Lettres pitoyables, ie dirais des choses qui vous feroient fendre le cœur. Mais, pour vous dire le vray, ie seray bien-aise qu'il demeure entier : et ie craindrais que s’il csloit vne fois en deux, il ne fust |>artagé en mon absence. Vous voyez comme ie me sçay bien seruirdes jolies choses que j’entensdiro. Mais vous. Mademoiselle, de qui ie tiens celle cy , et dont ie n’oublie pas vn bon mot, deux ans apres que ie l’ay oüy dire; ayez soin de m’en mander quelques-vns ; puisque j'en sçay si bien proGter, et enuoyezmoy quelques paroles , dont ie me doiue souuenir aussi longtemps que de celles-là. Toutes celles que j’ay veuës iusques icy de vostre part, sont si indifferentes, qu’elles n’ont rien diminué de mon ennuy, et ie vous supplie tres-humblement de in’en enuoyer qui ayent plus de vertu , vous qui sçauez donner aux vostres toute cette qu’il vous plaist. Sinon , ie croiray que cette réconciliation si précipitée , qui fut faite si peu de temps deuant mon départ, fut fausse , et qu’il n’y a eu rien de sincere en vous, que vostre froideur et vostre indifférence. Vous pouuez juger, s’il est possible que ie viue auec cette imagination; et si vous n’estes pas la plus mcschantc personne du monde, si vous me mettez en ce hazard. le vous conjure d’avoir plus de soin de inoy. Car vous y estt;s extrêmement obligée ; puis qu’il est vray que ie suis plus que jamais ,

. Mademoiselle,

Apres auoir escrit cette Lettre , il m’a semblé , qu’il y auoit cinq \ ou six dragmes d’Amour. Mais il y a si long-temps que ie n’en ay parle, que ie n'ay pû m’en retenir : et puis ie suis si petit, que vous ^ sçauez bien qu’il n’y a pas de danger de moy. Au reste, cét homme dont vous parlez , est mort il y a longtemps. 11 ne reste qu’à l’enterrer. Mais on le laisse là par négligence ,

Vostre, etc.

LE'lTllES

A LA MESME

LETTRE XX

Mademoiselle,

Ce fut un grand bonheur pour moy , de receuoir vostre Lettre deuant que de partir de Bruxelles; et de receuoir tant de consolation à la veille d’auoir tant de peine. Depuis, ie n’ayeu aucun déplaisir, quoy que j’ayc eu beaucoup de mal. Car ie ne veux pas qu’il soit dit , qu’vn homme dont vous auez soin, puisse estre malheureux : et j’aurois honte que la fortune eust sur moy plus de pouuoir que vous. l'ay cheminé douze iours sans m’arrestcr, depuis le matin jusqu’au soir, l’ai passé par des païs où le bled est vne plante rare, et où l’on conserue les pommiers auec autant de soin, que les orangers en France, le me suis trouué en des lieux , où les plus vieilles personnes ne se souuiennent jias d’auoir iamais veu de Uct. Et pour me rafraischir, ie me trouue à cette heure dans une armée, où les plus robustes sont fatiguez. Cependant, ie vis encore, et ie ne vois icy personne qui se porte mieux que moy. le ne sçay pas à quoy attribuer vne force si extraordinaire, qu’à l’effet de vostre Lettre : et il me semble que ie suis comme ces hommes qui font des choses surnaturelles, apres auoir aualé un billet. En arriuant , ie me suis fait enroller, par la faueur de Monsieur de Chaudel)onne, dans vne compagnie deCrauates : et ie vous puis dire, sans vanité , Mademoiselle , qu’il n’y a personne qui y fasse mieux que moy. le n’ay point pourtant encore enleué de femme, ny de fille, pource que ie me suis trouué vn peu las du voyage , et que ie n'estois pas en trop bonne consistance : et tout ce que j’ay pù faire, a esté de mettre le feu à trois ou quatre maisons. Mais ie me fortifie tous les iours, et ie suis plus déterminé qu’il n’est possible de croire. Tout de bon , ie suis tout autre que vous ne m’auez veu. Et telle personne s’est sauuée autresfois de mes mains , qui ne m’eschaperoit pas à cette heure, le croy pourtant, quelque meschant que ie me fasse , que vous ne croyez pas que ie le sois tant : et que vous no pensez pus que l’on me doiue beaucoup craindre ; et mesmement vous. Mademoiselle, puis que vous sçauez bien que vous auez toute sorte de pouuoir sur moy, et que ie suis de tout mon cœur.

Mademoiselle ,

En parUnt.,de Bruxelles, j'enuoyay quelques tableaux à celuy

DE MONSIEVR DE VOITVRE

qui vous doit donner cette Lettre. le le priay de vous les porter ; et ie vous supplie Ircs-humblement , Mademoiselle , de les donner à la personne, à qui vous jugez que ie les enuoye : et de luy dire , que c’est vne partie de mon pillage , et que ie luy donne cela en rabbattant, sur ce que ie luy dois de la mourre (1).

Le 37. luin , du Port d'igoin sur la Loire, que nous allons passer.

Voslre, etc.

A LA MESME

LETTRE XXL

Madesioiselle,

Vous auriez plus soutient de mes nouuelles, si ie pouuois. Mais pour l’ordinaire, nous arriuons en des lieux où l’on trouue plus aisément toute autre chose, que de l’encre et du papier. Et puis il faut escrire auec tant de retenue , qu’estourdy comme ie suis , ie ne prens jamais la plume , que ie ne tremble , de peur d'en trop dire , et que ie ne fasse d’estranges efforts pour m’en empescher. •Mesme à cette heure , ie meurs d’enuie , d’escrire des choses qu'il est plus à propos de taire, et que peut-estre vous-mesme ne trouueriez pas trop bonnes. Car il me souuient , que par vostre dernière vous m’auez défendu de parler d’amour : et il faut que ie vous obeïsse, quelque peine que j’y aye. Et ie ne puis pourtant. Mademoiselle, que ie ne vous die, que quelque passion que i’aye pour la guerre, il y en a quelque autre qui est bien plus forte en moy, et que ie comtois que nos premières inclinations sont tousiours les niaistresscs. Nous ne trouuuns rien qui nous résisté. Nous nous approchons tous les iours du pais des melons, des figues, et des mus-^ cats, et nous allons combattre en des lieux, où nous ne cueillerons ^ point de palmes , qui ne soient meslées de fleurs d'oranges et de i grenades. Mais ie vous asseure , que ie quitterois volontiers ma part ' de toutes nos victoires, pour auoir l’honneur d’estre à cette heure à ’

(I) Mourre ieu qui vient d'Italie ; qui se ioûe en montrant les doigts et en faisant deuiner vn certain nombre, et la personne qui le deuinc gagne. (Diction. de Richelet. )

lU LETTRES

vos pieds; et que j’ostimoray toûjours moins le tillre de Conquérant , que celuy de

YosU-o, etc.

O m iiiiiiH.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE XXII

Mademoiselle ,

le n’ay garde de trouuer rien à redire à vostre prudence : Puis qu’elle est jointe avec tant de bonté; et qu’elle ne s’employa pas moins à pouruoir aux biens des autres, qu’aux vostres mesmes. l’aiiouë que ie me fusse estonné d’estre le premier malheureux que vous eussiez abandonné, et que vous eussiez fait sur moy l’apprentissage de cette vertu impitoyable, qui n’a encore pù compâtieauec vostre générosité. Aussi , puisque les actions qui se font avec péril , sont plus estimées que les autres, il ne faut pas tousiours chercher toute sorte de seureté à bien-faire ; et vous estes, ce me semble , Mademoiselle, particulièrement obligée d’auoir soin des misérables, puis qu’avec des paroles seulement, vous pouuez changer leur condition. Celles que vous m’auez fait l’honneur de m’enuoyer, ont fait en moy tout l'effet que vous pouuez imaginer : et ie n’ay esté depuis tourmenté de rien , que du regret de ne vous pouuoir témoigner le ressentiment que j’en ay. Il est vray. Mademoiselle, que lors que vous ne voulez pas estre meschante , vous estes la plus accomplie personne du monde : et la bonté qui est si aimable en tous les sujets où elle se trouue , est beaucoup plus estimable en vous, en qui elle est mieux accompagnée, qu’elle ne fut iamais en personne, le n’eusse pas tant différé à vous remercier tres-humblement de celle qu’il vous a plu auoir pour moy, si j’en eusse trouué l’occasion : et ie mets cette lettre entre les mains de la fortune, sans voir comme elle pourra passer au trauers de tant de difficultez et de feux qui nous entourent. le croy pourtant qu’elle sera assez heureuse pour ne se point perdre, puisque c’est à vous qu’elle s’adresse , et que vous ne manquerez pas de la receuoir par ce bonheur que vous dites que vous auez en toutes les petites choses, l’en aurois icy beaucoup à vous dire qui ne sont pas petites, et que ie voudrois bien que vous sceussiez. Mais ie croy que vous voulez que ie .sois prudent aussi bien que vous, et que ie ri’escriue rien qui

DK MüNSIKVEt Dli VulTVKK.

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soit sujet à csti'o expliqué. Cependant, quoy que nous soyons de party contraire, je croy que ie puis dire sans crime, qu’il n’y a personne dans le nostre, que io suiuisse si volontiers que vous, et que je seray toute ma vie auec toute sorte de respect et de véritatde estime,

Vonlrfi, fir.

A MADKMOISKLLK PAVI.KT.

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