I.ETTRE XI.V
Monsievb,
le ne sçay pas bien certainement qui vous estes. Mais ie suis asseuré que la lettre que j’ay receuë ne peut estre que d’vn extrêmement honneste homme : et ie dois attendre quelque iour de grands secours de vous , s’il est vray ce que vous dites , que vous me sçaurez mieux seruir, que vous ne sçauez escrire. Que si vous estes celuy que j’imagine : ce bien ne me pouuoit venir d’aucune part, dont il me fust plus cher; et j’ay vne extrême joye de voir tant de bonté en vne personne, en qui j’auois desia remarqué toutes les autres excellentes qualitez. Comme en c .a vous m’auez fait plus d’honneur que ie n’en potiuois attendre, ie vous asseure. Monsieur, que ie le reconnois mieux que vous ne sçauriez penser, et que ie ne suis pas moins genereiix à ressentir cette faneur, que vous l’auez esté à me la faire. le pense que vous auez assez l)onne opinion de moy pour le croire ; et vous, qui en vous laissant .seulement con-
Lm’RES
noisire , gagnez le c<i!tir de tous ceux (jui vousvoyent, vous ne sçauricz douter, que vous ne soyez extrêmement aymé de ceux que vous y obligez si particulièrement. Mais ie vous puis jurer, Monsieur, qu’entre tant d’affections que vous auez acquises, il n’y en a pas vne qui soit accompagnée de tant de respect et d’estime, que la mienne, et que ie suis, comme ic dois, plus que personne,
Monsievu , l'ox/re, etc.
K Uftl>onne le 22 Octobre
A MOASIEVR LE MARQVIS DE MOATAVSIER (I), (jui fut tué depuis en In ValIcUm;.
LETTHK XI.VI
Monsievii ,
l’ay leii vostre lettre, auec tout le contentement et la satisfaction que l’on doit rcccuoir cél honneur, d’vn des plus paresseux , et des plus lionneslcs hommes du monde. 11 me semble, qu'il n’y a plus rien que ie ne doiue altcndre de vostre amitié , puisque pour l’amour de moy vous auez pu prendre vn peu de peine : et, vous ne me sçauricz faire voir de meilleure prenne des paroles que vous me donnez, que de les auoir escrites.il me desplaist seulement de penser, qu’auec toute cette tendresse que vous me témoignez , il y a quelque occasion pour laquelle vous voudriez que ie fusse pendu. A dire le vray. Monsieur, il me semble que c’est quelque deffaut dans l’affection que voua me portez : et ie crois que sans estre trop pointilleux , ic le ponrrois troiuier mauuais. 'foutefois j’en cours tant de risque d’ailleurs , et ie desire aussi auec tant de passion <]ue vous ayez tout ce que vous meniez : que s’il ne tenoit qu’à cela , que vous eussiez vn Royaume, sans mentir ic crois que j’y consentirois aussi bien que vous. le pardonnerois plus aisément cét outrage à la fortune, que ccluy qu'elle vous fiait, de ne vous pas accorder ce qui vous est deu , et de vous refuser vn tillrc qu’elle a donné à Monsieur du Bellay. Mais |iuisque la chose ne dépend point
(1) C’ét.iil If friTf aillé ilii duc de Mmitausicr (|ui épousa plus lard Julie d'Aiigeniifs,
!>E MONSIKVH DE VOITVKE. KiT
de là, et que ie jiourmis iiiioir eenl eouronnes de Martyr, sans que eela vous eu donuast vue de Soiiueraiii ; il on faut cliondier par vu autre elieinin , et sans qu'il en coiiste la vie à pas vn de vos amis , ne deuoir cét honneur qu’à vous inesme. le vous asseure qu’en courant tant de differeiis Royaumes, ie songe tousiouisà vous : et ic tasche à former quelque dessein que vous puissiez vn iour exécuter. Il y a quelque temps que j’en vis si’pt tout d’vne veiië : dont il y en auoit quati'e en Afrique, (pie ie vous souhaitay , et lesquels c'est dommage que vous laissiez entre les mains des Mores. Que si le si'îjour de Barbarie ne vous plaist pas , l’on a eu icy auis que l’Isle de Madcre est sur le point de se reuolter, et qu’elle se veut donner au premier qui la voudra défendre de la domination d’Espagne. Imaginez-vous, ie vous supplie, le plaisir d’auoir vn Royaume de Succre, et si’ nous ne pourrions pas viure là auec toute sorte de douceur. Quelques grands que puissent estre les charmes et les engagements de Paris, selon que ie vous connois, ie sçay qu'ils ne vous arresleront pas en vue occasion comme celle-là. Et si quelque chose vous [leut retenir, ce sera seulement l’incommodité du chemin , et la iieinc de vous leuer matin. Mais. .Monsieur, les Gonquerans ne peiiuent pas tousiours dormir jusques à onze heures. Les couronnes ne s’acqiiierent pas sans trauail , mesme celles qui ne sont que de lauriers ou de myrtes, s’achètent bien chèrement, et la Gloire veut que ses amans souffrent [wur elle. le vous uuoué que ie me suis estonné que la Renommée ne m’ait point appris de vos nouuclles , deuant que vous me tissiez l'honneur de m’en mander, et il me semble que ie suis plus loin que ie n’auuis iamais creu pouuoir aller, quand ie songe que ie suis en vn pais où l’on ne vousconnoist point. Ne souffrez pus qu’vne réputation si juste que la vostre, soit si limitée, ni qu’elle demeure aux pieds des Pirenées, par dessus lesquels tant d’autres ont passé. Venez vous-mesme luy ouurir passage : et si la Gazette ne dit rien de vous , faites que l’histoire en j)arle. Pour ce qui est de ce que l’on vous a voulu faire trouuer mauuais , que ic vous eusse donné la qualité de Danioisel : ie vous asseure. Monsieur, qu’il n’y eut guere de raison de vous eu offenser, le vous feray voir qu’Amadis de Gaule, sous le tiltre de Danioisel de la mer, mit à fin ses plus lielles auentures : et qu’Aiiiadis de Grece, lorsqu'il estoil appellé le Damoisel de l’ardente esp('xî, occit vn grand lion , et deliura le Roy Magadan. Mais ce sont des artifices de la Demoiselle que vous coiinoissez; laquelle ayant juré ma ruine, est faschée de voir rpie ie suis eu la protection d’vu des plus hraucs hoiniiies du monde. Il luy sera
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pourtant difiicilp de m’osler la vosire. Car ie vous jure , Monsieur, (et cecy ie le dis plus sérieusement que tout le reste,) que ie tascheray tousionrs par toutes sortes de deuoirs et de Ires-humbles scruices, a mériter l’honneur de vostre affection. Il me semble que ce seroit manquer d’esprit, de générosité, et de vertu, que de ne pas aymer parfaitement vne personne , en qui toutes ces choses se trouuent en vn si haut point : et moy qui estime auec passion ces qualitez, quelque part où ie les trouuc, ie n’ay garde que ie ne les chérisse tres-particulierement en vous, où elles sont jointes à tant d’autres grâces , et accompagnées de tant de ciuilité. Croyez donc, ie vous supplie, que comme ie vous sçay mieux connoistre que personne , ie vous sçauray aussi tousionrs mieux honorer : et que tant que ie vaudray quelque chose, ie ne puis manquer d'estre,
MoNSiEvn, Vostre, fie.
A IJ»b«rnne ce 22 Octobre I6*)3.
A MONSIKVR lÆ MARQUIS DK 1>ISA.^Y (1).
LKTTRF, XLVtl.
Monsievb ,
Si j’estime en quelque chose les deux lettres que vous auez louées, c’est pour m’auoir procure l’honneur d’en receuoir vne des vostres. En la voyant, i’ay confirmé le jugement que j’auois fait de vous il y a long-temps : que vous nous pourriez quelque iour donner de la jalousie , à Mademoiselle vostre sœur et à moy, et nous oster la gloire de bien écrire, à laquelle, sans vous, nous pourrions prétendre. Mais puis qu’il vous reste tant d’autres chemins d’en acquérir, permettez, s’il vous plaist, que nous ayons celle-là. Et ne vous mettez pas en l’esprit vne chose si difficile, que de vouloir imiter en tout Monsieur vostre perc : lequel non content de l’estime d’estre vn des plus braues hommes de France , a voulu encore auoir celle d’écrire , et de parler mieux que personne. Si vous voulez , Monsieur, vous pouuez, sans doute, esperer d’y arriucr aussi bien que luy. Mais outre que cela vous coustera de la peine : vous perdrez
'I) Fils aîné de madame de Rambouillet.
DE MONSIEVrt DE VOITYHE.
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vne occasion de nous ol)ligei’, et de nous donner vue extrême preuue de vostre atTection, en laissant pour nostrc considération vne louange, à laquelle vous pourriez prendre vne si grande part. Il y en a d’autres plus solides, et plus dignes de vous, ausquelles vous deuez aspirer. Si toutesfois il vous semble, qu'il n’y en ait point de si petite qu’vn honnesie homme doiue mépriser, et que c'est la seule chose dont il ne doit point estre liberal : j’auouë que ie n’ay rien à dire contre vn si juste sentiment. Selon l’affection que ie sçay que Mademoiselle vostre Soeur a pour vous : ie suis asscuré qu’elle vous pardonnera a-sément le tort que vous Iny pourrez faire en cela. D«! moy ie soull'riray volontiers d’estre vaincu, puis-que ce sera de vous. Pour la gloire (|ue vous in’osterez, je prendray part à la vostre : ou ie me conteuteray de celle d’estre,
Moxsirvr, Voslre, etc.
A lJ>lKmnr le 2J Ocl4»l«re l6îa.
A MADEMOISEI.I.K DE RAMBOVILLET.