I.ETTllF, l.l
Mo.VSEIOÎiEVB,
le m’imagine, que vous auez crû, lore que vous auez écrit la (I) Mademoiselle de Bourbon.
Lmui;s
lettre dont vous auez voulu m’honorer : que le cas qu'il m’a plù de tout temps faire de vous, vous auoit acquis quelque approbation dans le monde ; qu’en toutes sortes de rencontres , ie vous auois donné vue infinité de prennes de l’honneur de mon amitié; et qu’en suitte de cela , ie vous auois presté deux mille es<ms dans vne occasion bien pressante, et en vn temps, où d’ailleurs tout voslre crédit vous manquoit. Au moins, de la façon que vous me remerciez, et que vous parlez de vous et de moy, j’ay raison de m’imaginer, qu’en resvant, vous auez pris l’vn pour l’autre , et que, sans y penser, vous vous estes mis en ma place. .Autrement, Monseigneur, vous n’auriez point escrit de la sorte que vous faites : si ce n’est, peut-estre, que n’estimant pas qu’il y ait de plus grand bien au monde que d’en faire aux autres , vous croyez que ceux-là vous obligent , qui vous donnent occasion de les obliger, et pensez auoir reccu les plaisirs que vous auez faits. Certes, si cela est ainsi, j’auoiie qu’il n’y a point d’homme à qui vous ayez tant d’obligation qu’il moy : et ipie ie mérité tous les remerciemens que vous me faites, puis que ie vous ay donné plus de moyens que personne d’exercer vostre générosité, et de faire des actions de bonté, qui valent mieux , sans doute , que tout le bien que vous ra’auez fait , et que tout celuy qui vous reste. Dans le grand nombre de ceux que j’ay receus de vous, et entre tant de grâces qu’il vous a plù me départir ; ie vous asseure , Monseigneur, qu’il n’y en a point que j’estime tant que la lettre que vous m’auez fait l’honneur de m’escrire. Que si parmy tant de choses que j’y ay remarquées auecque joye , il y a quelque endroit sur lequel ie me sois arresté auec plus de plaisir : trouuez bon, s’il vous plaist, que ie vous die, que ç’a esté celuy où il me semble que vous parlez de ces deux personnes, qui sont aujourd'huy la plus precieuse partie du monde, et ausquelles, si l’on ne compare l’vne à l’autre, il n’y a rien sous le Ciel que l’on puisse comparer, lin vérité, lors qu’il m’arriue de penser que ie suis dans leur souuenir, pour ce moment toutes mes peines se suspendent. Toutes les fois que ie me représente le visage de l'vne ou de l’autre, il m’est auis que celuy de ma fortune so change : et cette imagination chasse de mon esprit les tenebres qui le couurenl, cl le remplit de lumière. .Mais, ce qui est vn plus grand bon-heur, c’est qu’estant si loin de mériter iainais l’honueur de leurs bonnes grâces, ie ne laisse pas de penser que j’y ay quelque part : cl ie, suis si heureux, que de croire ce que vous m’en dites, le connois bien quclqu’vn. Monseigneur, qui ne seroit pas si aisii’ à persuader, s’il estoil en ma plaee : et qui . apres deux ans
DE MONSIEVR DE VOITVRE
d’esluignenienl, ne viuroit pas auec tant de tranquillité, ny dans vnc si grande confiance. Dans la satisfaction que cette croyance me doit donner, jugez, s’il vous plaist, si ie suis fort à plaindre : et s’il n’y en a pas beaucoup de ceux que le monde appelle heureux, qui ne le sont pas tant que moy. Sans cela, certes, ie ne me pourrois pas defendre de l’ennuy qui se présenté icy de tous costez , ny résister au cliagrin de Monsieur de Chaude-bonne, qu’il me faut tous les ioiirs combattre , et qui est , sans mentir, beaucoup au dessus de tout ce qu’on s’imagine. Outre qu’il s’est mis en fantaisie de se laisser croistre vne barbe qui luy vient desia jusques à la ceinture , il a pris vn ton de voix beaucoup plus seuere que iamais , et qui a à peu prés le son du Cord’Astolfe. A moins que de traitter de l’immortalité de l’ame, ou du souuerain bien, et d’agiter quelqu’vne des plus importantes questions de la Morale , on ne luy sçauroit plus faire ouurir la bouche. Si Democritc reuenoit, quelque Philosophe qu'il fust, il ne le pourroitpas souffrir; pource qu’il aymoit à rire. Il a entrepris de reformer la doctrine de Zenon , comme trop douce : et il veut faire des Stoïques Recolets. De sorte. Monseigneur, que vous ne desirez rien d’auantageux pour les Peres , à qui vous le souhaitez pour Gouuerneur. ’*“*
A MONSIEVR GODEAV (I), depuis Eorsqur de Grasse.
LETTRE l.ll.
Monsievr ,
Vous me deuiez donner loisir d’apprendre nostre Langue , deuant que de m’obliger à vous escrire. Et il n’est guere à propos, qu’apres auoir esté si longtemps estranger, et ne faisant que sortir encore de la Barbarie , ie fasse voir de mes lettres à vn des plus éloqiiens hommes de France. Cette considération m’auoit fait taire jusqu’à cette heure. Mais si ie me suis gardé de faire response à vos deffis , ie ne me puis pas empescher de respondre à vos ciuHitez : et inal-
(1) Successivement évêque de Grasse et de Vence. C'était Tami de mademoiselle Paulet et de madame de Clermont. Il mourut en I67î.
LETTRES
gré toutes mes fuites , vous auez trouué vu autre moyen de me vaincre. En l’estât où ie suis, il vous sera plus auantageux de m’auoir surmonté de cette sorte, que si vous m’auiez gagné par force. Ce vous eust esté peu de gloire , de mener à outrance vn homme desia outré, et à qui la fortune a donné tant de coups, que les moindres le peuuent abattre. Dans les tenebres où elle nous a jettez, il n’y a point d’art de se defendre , ni d’escrime dont on se puisse seruir. Il en arriueroit peut-estre autrement, et tout au contraire de ce que vous dites , si vous m’auiez mis deuant les yeux le Soleil dont vous me parlez : et quelque humble que vous me voyez à cette heure, ie pourrois estre assez hurdy pour vous combattre, si sa lumière estoit partagée entre nous deux. C’est plus de l’auoir de voetre costé , que si le reste du Ciel estoit pour vous. Toutes les beantez qui brillent dans tout ce que vous faites , ne viennent que de la sienne : et ce sont ses rayons qui vous font produire tant de fleurs. Sans mentir rien ne m’a iamais semblé si agréable, que celles qui naissent de vostre esprit. l’en ay veu quelques-vnes sur les derniers bords de l’Océan , et en des lieux où la Nature ne sçauroit produire vn brin d’herbe. l’en ay receu des bouquets qui m’ont fait trouuer dans les deserts toutes les delices de lltalie et de la Grece. Qtioy qu’elles fussent venues de quatre cens lieues, le temps ni le chemin ne leur auoitrien fait perdre de leur éclat. Aussi sontelles de celles que l’on nomme immortelles, et si differentes de tout ce qui se forme de la terre, que c’est auec beaucoup de iustice, que vous les auez offertes au Ciel : et il n’y a que les autels qui en doiuent estre parez. Croyez, Monsieur, que ie vous dis mon sentiment comme il est. Lors que ma curiosité m’auoit fait passer, comme vous dites, les bornes de l’ancien Monde, pour rencontrer quelque chose de rare : ie n’ay rien veu qui le fust tant que vos ouurages. L’Afrique ne m’a rien fait voir de plus nouueau, ni de plus extraordinaire. En les lisant à l’ombre de ses palmes , ie vous les ay toutes souhaittées : et en mesme temps que ie me considérais auoir esté plus auant qu’Hercule, ie me suis veu bien loin derrière vous. Tout cela qui pouuuit faire naistre de l’enuie dans vn autre esprit, combla le mien d’estime et d'affection. Vous y priâtes la place que vous me demandez à cette heure , et acheuastes dés lors ce que vous croyez encore auoir à commencer. Auec ces connois-sances que j’ay de vous, il est difficile que ie m’en forme vne image comme celle que vous m’en voulez donner, ni que ie me figure que vous soyez cette petite créature que vous dites, le ne puis comprendre que le Ciel ait pù mettre tant de choses dans vn si
DE MONSIEVH DE VOlTVRE. l79
petit espace. Quand j'en laisse faire mon imagination , elle vous donne pour le moins sept ou huit coudées , et vous représente de la taille de ces hommes qui furent engendrez par les Anges. le seray pourtant bien-aise, qu’il soit comme vous voulez que ie le croye. Entre les biens que ie pense tirer de vous, j’espere que vous mettrez nostre taille en honneur> Ce sera elle désormais qui sera estimée la riche : et vous nous releuerez par dessus ceux qui se croyent plus hauts que nous. Comme c’est dans les plus petits vases , que l’on enferme les essences les plus exquises : il semble que la Ndture se plaise à mettre dans les plus petits corps, les âmes les plus précieuses, et que selon qu’elles sont plus ou moins célestes, elle y mesle plus ou moins de tetre. Elle enchâsse les esprits les plus brillons , de la mesme sorte que les Orfèvres mettent, en œuure les plus belles pierres; lesquels n’y employent que le moins d’or qu’il se peut, et que ce qu'il en faut pour les lier. Vous détromperez les hommes de cette erreur grossière , d’estimer dauantage ceux qui posent le plus : et ma petitesse qui m’a esté reprochée tant de fois par Mademoiselle de ItamboUlIlet , me tiendra lieu de recommandation auprès d'elle. le trouue , au reste , bien juste l’affection que vous dites qu’elle a pour vous, et qu’ont auec elle cinq ou six des plus aymables personnes du monde. Mais ie m’estonne que vous vouliez nne persuader par là de vous donner la mienne, et que vous la |>ensiez gagner auec les mesmes raisons qui vous la pourvoient faire perdre. Il faut que vous ayez me extrême confiance en ma bonté , de croire que ie puisse aymer vn bonune qui joiiit de tout mon bien , et qui a obtenu ma confiscation. le suis pourtant si iuste , que cela ne m’en empeschera point : et ie croy aussi que vous l’estes tant de vostre costé , que ie ne desespere pas de me pouuoir accorder de cela auecque vous. Ils peuuent bien vous auoir donné ma place, sans que pour cela vous m’en mettiez dehois : et celle que j’auois dans leur esprit n’estoit pas grande, si nous n’y pouuons pas bien tenir tous deux. Pour ce qui est de moy, ie feray tout ce qui me sera possible , pour ne vous y estre pas incommode : et ie m’y rangeray de sorte, que j’y de< meureray sans vous choquer. Puisqu’vn si puissant interest n’est pas capable de me séparer des vostres : vous deuez croire qu’il n’y aura iamais rien qui le puisse faire, et que ie suis à toutes sortes d’espreuucs,
Momsibvh, Vostre, etc.
A Bruxelles cc 3 Février H34.
lOO
LETTHKS
A MADEMOISELI.E UK RAMBOVII.KKT.
LETTRE LUI
MaDEHOIïELLE,
CAK estant d’vne si grande considération dans nostre Langue , j’appruune extrêmement le ressentiment que vous auez du tort qu’on luy veut faire : et ie ne puis bien esperer de l’Academie dont vous me parlez, voyant qu'elle se veut establir par vne si grande violence. En vn temps où la Fortune joue des Tragédies par tous les endroits de l’Europe : ie ne voy rien si digne de pitié, que quand ie voy que l’on est prêst de chasser et faire le precez à vn mot , qui a si vtilement serui cette Monarchie , et qui dans toutes les broùilleries du Royaume , s'est tonsiours monstré bon François. Pour moy, ie ne puis comprendre quelles raisons ils pourront alléguer contre vne diction qui marche tousionrs ù la teste de la raison, et qui n’a point d’autre charge que de l’introduire. le ne sçay pour quel interest ils taschent d’oster à Car, ce qui luy appartient , pour le donner à Pour-ee que; ni pourquoy ils veulent dire auec trois mots , ce qu’ils pcuiient dire auec trois lettres? Ce qui est le plus ù craindre , Mademoiselle , c’est qu’apres cette injustice , on en entreprendra d’autres. On ne fera ()oint de dilRculté d’attaquer Mais, et ie ne sçay si Si , demeurera en seureté. De sorte qu’apres nous auoir osté toutes les paroles qui lient les autres , les beaux esprits nous voudront réduire au langage des Anges ; ou , si cela ne se peut, ils nous obligeront au moins, à ne parler que par signes. Certes, j’auouë qu’il est vray ce que voiis dites, qu’on ne peut mieux connoistre par aucun autre exemple, l’incertitude des choses humaines. Qui m’eust dit, il y a quelques années, que j’eusse deù viure plus long-temps que Car, j’eusse creu qu’il m’eust promis vne vie plus longue que celle des Patriarches. Cependant, il se trouue qu’apres auoir vescu onze cens ans plein de force et de crédit ; apres auoir esté employé dans les plus importans Traittez , et assisté tonsiours honorablement dans le Conseil de nos Roys : il tombe tout d’vn coup en disgrâce , et est menacé d’vne tin violente, le n’attens plus que l'heure d’entendre en l'air des voix lamentables, qui diront, Le grand Car est mort : et le trespas du grand Cam ni du grand Pan, ne sembleroit pas si important ni si esirange. le sçay que si l’on consulte là-dessus vn des plus beaux esprits de nostre sie<'le , et que j’ayme exlri'memenl , il dira qu’il faut con-
DE MONSIEVR DE VOITVRE
(lainiitT cette nouueauté; qu’il faut vser du Car de nos pères, aussi bien que de leur teire et de leur Soleil ; et que l’on ne doit point chasser vn inot qui a esté dans la bouche de Charlemagne, et de Saint Louis. Mais c'est vous principalement, Mademoiselle, qui estes obligée d’en prendre la protection. Puisque la plus grande force , et la plus parfaite beauté de nostre Langue , est en la vostre : vous y deuez aiipir vue souueraine puissance, et faire viure ou mourir les paroles comme il vous plaist. Aussi crois-je que vous auez desia sauué celle-cy du hazard qu’elle cotiroit , et qu’en l’enfermant dans vostre lettre, vous l'aucz mise comme dans vn azyle, et dans vn lieu de gloire , où le temps ni l’enuie ne la sçauroient loucher. Parmy tout cela , ie confesse que j’ay esté estonné de voir combien vos bontez sont bizarres : et que ie trouue est range, que vous. Mademoiselle, qui laisseriez périr cent hommes, sans en auoir pitié , ne puissiez voir mourir vne Syllabe. Si vous eussiez eu autant de soin de moy, que vous en auez de Car, j’eusse esté biei>> heureux malgré ma mauuaise fortune. La pauurelé, l’exil, et la douleur, ne m’auroient qu’à peine touché. Et si vous ne m’eussiez pù oster ces maux, vous m’en eussiez au moins osté le sentiment. Lors que j’esperois receuoir quelque consolation dans vostre lettre, j’ay trouué qu’elle estoit plus pour Car, que pour moy, et que son bannissement vous mettoit plus en peine que le nostre. l’auoüe , .Mademoiselle, qu’il est iuste de le deffendre. Mais vous deuiez auoiv soin de moy aussi bien que de luy, afin que l'on ne vous reprociie pas que vous altandonnez vos amis pour vn mot. Vous ne respondez rien à tout ce que ie vous auois escrit. Vous ne parlez point des choses qui me regardent. En trois ou quatre pages, à peine vous souuient-il vne fois de moy : et la raison en est Car. Considerez-moy dauantage vne autre fois, s’il vous plaist : et quand vous entreprendrez la deffense des affligez, souuenez vous que ie suis du nombre, le me seruiray lousioiirs de luy-inesmc pour vous obliger à m’accorder cette grâce : et ie vous asscure que vous me la douez. Qii: ie suis,
Madf.hoiskm.e , Vos/rr, rtr.
LErrRKS
A LA MESME
LETTRE LIV
Mademoiselle,
Quand ie vous aurais présenté autant de perles que les Poètes en ont fait pleurer à l’Aurore, et qu’au lieu que ie ne vous ay donné qu’vn peu de terre, ie vous l’aurais donnée toute entière : vous n’auriet pù me faire vn plus magnifique remerciment. La vigne du grand Mogol seroit payée de la moindre de vos paniles ; et toutes les pierreries dont elle est chargée , n’ont pas tant d'éclat ni de si belles lumières, que les choses que vous escriuer. Voila, Mademoiselle , vn commencement fort brillant ; et ceux qui , à quelque prix que ce soit, veulent escrire de beaux mots, seroient bien-aises de commencer par là ce qu’ils appellent vne belle lettre. Mais le Courrier ne m’en donne pas le loisir : et de plus , apres auoir bien leu celle de Madame vostre mere, et les vostres, ie suis résolu de ne m’en plus mesler. Sans mentir, il ne se peut rien voir de plus galant, ni de plus beau , que celle que j’ay receuë d’elle : et cela est merueillcux, qu’vne personne qui n’écrit qu’en quatre ans vne fois, le fasse de sorte, quand elle l'entreprend, qu’il semble qu’elle y ait tousiours étudié , et que durant tout ce tem|>s , elle n’ait pensé à autre chose. le deurois estre tantost accoustiimé aux miracles de vostre maison. Mais j’auoüe que ie ne puis pas m’empescher de m’en eslonner. l’admire de vous particulièrement , Mademoiselle, que sçaehant si bien danser, vous sçaehiez si bien escrire, et que vous emportiez le prix en mesme temps de trois choses, qui ne marchent giieres ensemble ; estant comme vous estes, la meilleure danseuse , la meilleure dormeuse , et la plus éloquente fille du monde. Au reste, vous m’auez fait vn extrême plaisir, de mettre Monsieur Maighne de la partie des Mattassins. Cette pensée m’a plû autant qu’aucune des vostres ; et ie vous donne ma parole , que nous ne les danserons point qu'il n’en soit. .Aussi bien, à dire le vray, Monsieur de Chaude-bonne est fort chagrin à cette heure , pour bien battre les sonnettes : et ie croy que j’aurois peine moymesme à bien danser en vostre absence , estant comme ie suis,
Mvdkmuiseu.e , rostre, etc.
DE MONSIEVR DE VOITVRE
A LA MESME
LKTTRE LV.
MâDEUOISELLC,
A celle heure que vos lettres sont plus admirables qu’elles ne furent jamais : j’auoüe que j'aurois beaucoup de {>eine à m’en passer. Ayant perdu l’esperance depuis que j’ay veu vosdemieres, d'en escrire iamais de bonnes : ie serais au moins bien-aise d’en receuoir : et il est juste que vous me rendiez par là l’honneur que vous me faites perdre d’ailleurs. La haute opinion que j’ay il y a si long-temps de vostre esprit, m’auoit préparé à en voir, sans estre surpris , toutes sortes de merueilles : et il me sembloit qu’il ne pouuoit plus rien faire qui me pùt estonner, si ce n’est qu’il vint à produire des choses ordinaires ou médiocres. Mais certes ie confesse qu’il est arriué à vn point de perfection que ie n’auois pas conceuë , et que ie n'ay rien pù imaginer de tout ce que vous me faites voir, le vous asseure, Mademoiselle, que ie vous parle sans llaterie : et mon dépit n’est pas encore si bien passé , que ie sois en humeur de vous flater. Vous vous estes haussée autant au dessus de vous-mesme , que vous auiez acooustumé d’estrc au dessus de toutes les autres : et la moindre lettre que vous escriuez à cette heure , vaut mieux que Zelide et Alcidalis , oüy mesme quand on mettrait auec eux leurs deux Royaumes. Dans le fort de ma colere, ie n'ay point fait de plaintes contre vous qui ne fussent accompagnées de louanges ; et vnc des causes qui m’obligent à cette heure à me reconcilier, c’est la crainte, que si ie vous tesmoigne de la haine , on ne croyc qu’elle vienne d’enuie, (dustost que d’vn iuste ressentiment. Cependant vous sçauez en vostre cœur, si j’en ay du sujet : et sans en parler dauantage , c’est là que ie demande que vous m’en fassiez raison. Aussi bien apres auoir esté muet si longtemps , ie ne veux pas rompre mon silence par des cris, le vous supplieray seulement, de penser quel ie dois aunir esté, ayant perdu en mesme temps rcsperancc de retourner en France , et la consolation de vostre souuenir et de vos lettres. Vn seul de ces mal-heurs jiouuoit m’accabler. Mais cela est estrange , ic m’en suis sauné , pource qu’ils sont venus ensemble : et chacun d’eux m'a aidé à supporter l'autre. Quand apres ce témoignage de vostre mauiiaise volonté , ie me suis imaginé de combien de maux la fortune me liroit, en m'empeschanl de tomber en vos mains : il m'a
LETTRES
semblé qu'uu prix de cela, vn exil perpétuel estoit bien supportable , et qu’au moins ie ne mourrois pas icy d'vne mort si cruelle. Cependant, Mademoiselle, cette consolation n’est pas si bonne, que ie n'en aye besoin encore de quelqu’autre. Car ie vous jure que Monsieur de ’*’* (1) mesme n’est pas si triste que ie le suis : et ces sombres et noires melancholies, où vous m’auez veu quelquefois, n’esloicnt que l’ombre de celles où ie suis maintenant. Dissipez-les , ie vous supplie , et trouuez, si vous pouuez', des paroles pour conjurer ces nuages. Mais qui doute que vous ne le puissiez : et qui ne sçait que pour vostre esprit il n’y a point d’impossible? C’est à luy à qui ie me recommande : et puis que les choses les moins imaginables et les plus extraordinaires luy sont aisées : qu’il fasse que ie sois capable d’auoir quelque sorte de joye icy, et que ie viue jusqu’à ce que ie vous puisse dire combien ie suis au delà de ce que vous le croyez ,
Maüemoissllk , Vostre, >‘lc.
A LA MtiSME.
LETTHE I.VI.
Mademoiselle , ^
le ne in’estoune pas que vous ayez ry tout vostre saoul, en m’écriuant l’estrange bruit qui court de moy, que ie n’ay ny l>onté iiy amitié. Car sans mentir il ne s’est iamais rien dit de si ridicule : et vous auez eu raison de receuoir cela de la mesme sorte, que si l’on vous disoit que Monsieur de Chaude- bonne vole sur les grands chemins, ou qu’il a épousé la fille du Gentilhomme de Monsieur des Ouches. Pour moy i’admire.qu’vnc si fausse opinion, et une calomnie si mal-fondée, ait pû s’étendre si loin, et infecter trois Prouinces : et qui que ce soit qui luy ait donné cours, il faut que vous m'auoùiez, que ce doit estre la plus méchante, et la plus dangereuse personne du monde, l’en feray vnc exacte jierquisition : et si i’eii puis dccouurir quelque chose, ie vous iurcque ie iii’cn sçauray venger, et f|iiand bien clic scroit aussi aimable et aussi redoutable que
(I) Monsii'iif (le l'IiiOidi'-Bi'nni',
DE MONSIEVR DE YOITVRE
vous. Certes, Madame voslre mere fait vne action digue de son ordinaire bonté, de ne vouloir pas souffrir, que l’on proféré vne si grande méchanceté sur ses terres; mais qu’elle empesche seulement, qu’on ne la die dans sa chambre, et dans son cabinet. Car ie connois des personnes assez hardies et déterminées pour cela. La pauure Mademoiselle de Chaiais, que vous exposez cemme vn mouton à ma colère , n’a point de part à ce crime. Ce n’est que par simplicité qu’elle a failli : et ie me plaindrois dauantage de sa Maistresse, si ie pouuois me prendre à d'autres qu’aux autheurs de cette imposture. le trouue estrange, sans mentir, qu’elle qui sçait ce que c’est que des charmes de la paresse, et la douceur qu’il y a à ne rien faire , m'appelle ingrat , de ce que ie la laisse en repos, et que ie ne luy écris point de lettres, qu’elle voudroit de bon cœur n’auoir pas receuës , toutes les fois qu’il y faudroit répondre. Quoy que ie ne me mette pas en peine d'en rien témoigner : elle a tousiours la place qu’elle doit auoir dans mon esprit, sans qu’elle luy coustc rien à garder. Elle est comme elle se demande au fond de mon cœur, au lieu le plus retiré, en repos et sans bruit. En vérité ie l’honore et l’aime aussi parfaitement qu’elle le mérité : et toutes les fois (^e ie lis ([uelque chose de joli, que Je mange quelque chose de bon, ou que ie fais vne digestion louable : ie me souuiens d’elle, et ie luy en souhaite autant. Mais à propos , Mademoiselle , vous nous en manilustes vne nouueile il y a quelque temps, à laquelle ie ne répondis point, pource que ie grondois alors , et qui apres ce que vous m’aiicz écrit du bruit qui court de moy, m’a semblé aussi estrange, que chose que i'aye iainais oüy dire. Quoique ie cx>nnoisse aussi bien que personne du monde, toutes les grâces de Madame la Marquise de ’** (1) ; ie ne me puis assez estonner, qu’en vn temps où elle ne se soucie d’homme viuant, que de son Médecin et de son Cuisinier, vestuë de cette ratine que nous luy auoas veué, et coiffée de trois scruiettes, elle ait pii gagner vn cœur aussi difficile à prendre, que ie m’imagine que doit estre celuy du Marquis de la Varanne , et eniioyer vn Amant soupirer pour elle dans les deserts de la Thebaïde. Le Damoisel dont vous me parlez, auroit bien fait d’y aller apres luy : ou, s il ne veut pas faire vn si grand voyage, au moins il s(; dfuoit rendre Hermitc au mont Valerien. Tout de bon, au lieu de faire les demandes (juc vous me proposez de sa part, il feroit fort bien de se taire, et de ne parler de sept ans. Tonlesfois, Mademoi-
(I I l'eid olre la niari|iii!.e de Salde.
LETIRES
selle, i'y respondray, puisque vous le voulez. La première, pour- (]uoy étant vestu de bleu, il paroist tousiours vestu de vert, est vne des plus ardues questions, que i'aye iamais oui faire en quelque science que ce soit : et pour moy, ie ne voy pas d'où cela peut venir, si ce n’est que le Damoisel qui auoit accoustumé il y a qiiel- (|ues années, de ne se leuer qu’à une heure, et n’cstre habillé qu’à trois, soit dcuenu à présent vn peu plus paresseux , et ne se laisse plus voir qu’aux flambeaux. Quoy qu'il en soit, ie suis d’aiiis, qu’à tout hazard il s’habille de vert, pour voir s'il ne paroistra pas habillé de bleu. Pour la seconde, de sçauoir lequel il doit choisir, de prendre la Mote, ou de me deliiirer d’entre les mains des Sarrazins : ie trouue , sans considérer mon interest , que cette demiere entreprise, outre qu'elle est iuste, est beaucoup plus difficile, et par conséquent plus |;lorieuse. Il y a vingt-cinq mille hommes de pied et six mille chenaux , qui ont charge de me garder auec autant de soin que Gucldres et Anuers. Cela pourtant ne le doit point estonner. Hector le Brun defflt vne fois liiy seul trente-cinq mille hommes en Northomberland : et ie pense qu’il n'estoit pas si vaillant que luy. Qu’il ne craigne pas au reste, que les lauriers luy manquent icy; les plus beaux qui se voyent dans l’Europe, se cueillent en ce pais. De mon costé, ie luy promets de fournir le soin de les agencer, et l’art d’en faire des couronnes. Mais outre les Sarrazins, il aura encore quelques Sarrazines à combattre. Car il y en a qui ne souffriront pas aisément que l’on m’enleue d’icy : et ce bruit, que vous dites qui court de moy dans trois Prouinces, n’est pas encore arriiié en pas vne des dix-sept. L’on ne me tient pas si meschant icy, qu’on fait au lieu où vous estes : et l’on croit que quand mesme ie ne sçaurois pas assez aymer, ie ne laisserais pas d’estre assez aymabie. Mais, Mademoiselle, j’aiioiie que cela ne me console point : et ie suis bien mal-heureux, si dans ce nombre de personnes que ie reuere particulièrement en France, il n’y en a quelqu’vne qui ait assez bonne opinion de moy, pour croire, que j’ay le cœur fait comme il le faut auoir, que ie sçay constamment honorer ce qui le mérité, et aimer infîniment ce qui est infiniment aimabie. le ne sçay pas, pour vostrt* particulier, ce que vous en pensez. Mais ie vous asseure qu'il n’y a |>ersouiie qui ail moins de sujet d’en douter, et que ie suis aussi parfaitement que ie le dois, et que \ ous le sçauriez vouloir, MademoisellI':, Xoslre, etc.
Madame vosire .Merc sera tousiours la meilleure et la plus galante personne du monde. Elle iic pouuoit rien promettre qui me fisl si
DE MONSIEVK DE VOITVRE.
aise, que la dame baladoire, que vous dites qu’elle veut instituer a mon retour. Mais c'est /este baladoire qu’il faut dire. Vous corrompez le texte. Cela m’a fait ressouiienir du temps passé , et combien il estoit different de celuy-cy. Alors estant couché sur la paille, ie croyois estre sur trois mateiats : et à cette heure, j'aurois douze matelats qu’il me sembleroit estre couché sur des espines. Voila, Mademoiselle, I estât où se trouue le plus aise galant de Bruxelles. Mais celuy qui m’a nommé ainsi en vous escriuant, ne connoist pas tous mes maux, et ne conçoit pas quel regret j’ay toùjours dans le cœur, d’estre esloigné de tout ce que j’aymc. Vous sçauez de quelle sorte cecy se doit entendre, et quel rang tiennent en cela ces deux adorables personnes, au rang desquelles personne ne doit estre. Tous ceux qui viennent icy de France, parlent d’elles auec admiration, et content des miracles de leur bonté et de leur beauté. le vous supplie tres-bumblement , Mademoiselle, d’employer vostre crédit, pour me conseruer quelque place dans l’honneur de leur souuenir. Cét homme à qui vous sçauez que j’ay tant d’obligations, en adjouste tousiours de nouuelles aux anciennes, et me lit l’autre iour l’honneur de se souuenir de moy dans vne lettre à Monsieur le Comte de Brion. le reconnois cela, comme j'y suis obligé : et quand j’aurois aussi peu de bonté et d’amitié, que l’on dit, ie ne manqueray iamais d’auoir tout le ressentiment que ie dois auoir, des biens, et des honneurs qu’il luy a plù me faire. Mais j’ay peur qu’il ne deuienne trop serieux ; empeschez cela, ie vous supplie.
A LA ME8ME
l.fcTTRE LVII.
MjVÜEMOISELLS ,
Qiioy que vous m’asseuriez rpie l’isle de France n’a |H>int esté des trois Prouinces rebelles, ie soupçonne quelques Insulaires ; et il y en a quelqu’vne, que ie voudrois bien tenir, pour en faire la justice qu’elle mérité. Quand elles n’auroient point fait d’autre faute, que d’auoir incliné aisément, comme vous dites, à croire du mal de moy, ie les trouuerois encore assez coupables , et ie serois bien fasché d’aiioir autant failly contre pas vne d'elles. l’ay eu peine à entendre ce que vous dite.s de In i'.nrueille, r! du filf du llnij d’A ngirterre ; mais si
LETTRES
ie l’enlens bien, c'est vue »les plus grandes malices du monde. Vous n’auez iamais rien fait contre moy, qui m’ait fait tant de dépit, et ne l’oublieray iamais, que ie ne m’en sois vengé. Mais à quel point est montée la persécution? et que ne dois je pas attendre, puis que • Madame vostre mere mesme, semble s’estre déclarée contre moy ? l’ay esté estrémement estonné , quand j’ay reconnu son escriture, et que j’ay veu qu'elle se mocquoit de moy, et de ma loyale amie, le ne crois pas pourtant qu’elle ait fait cela de sa volonté : et il faut que vous luy ayez fait escrirc le poignard sur la gorge. Tout cela. Mademoiselle, m’auoil mis en vne extrême colere ; mais la douceur que vous m’auez enuoyée, m’a rappaisé. l’ay troimé dans la lettre de Monsieur de Chaude-bonne, le succre que vous pensiez auoirmis dans la mienne ; et ie l’ay gousté auec tout le plaisir que ie deuois. le vous auoüe que nous n’en auons pas de si bon chez nous. Enuoyez-m’en souuent, ie vous en supplie. l’en feray vn fort bon suc : et contre la maxime de Medecine , que toutes les choses douces, se tournent en bile, cela appaisera la mienne qui est fort émeuë. Aussi, à dire le vray. c’est vne extrême meschanceté de se mocquer d’vne pauure enfant qui n'a appris le François que pour l'amour de moy, et qui a eu au moins l’esprit de me choisir entre tous ceux qui sont icy. Cependant, ie puis vous respondre, qu’elle escrira bien-tost d’vne autre sorte, et que dans trois mois elle sera en estât de se reuanchcr. Du temps que Madame de Sainctot disoit gnuiur, et pitoyable, et qu’elle croyoit qu’il ne falloit pas dire triste: elle n’es- ( l'iuoit guere mieux que cela. Et neantmoins, aujourd’hui on parle de son esprit par tout , et on fait voir jusques icy des copies de ses lettres. Mais pour satisfaire à la question à laquelle vous me conjurez de respondre en vérité et en sincérité de conscience : ie vous dis, Mademoiselle, qu’en vérité et en sincérité, ie ne crois pas qu’il y ait eu vne personne qui ait crû que ç’ait esté pour ma gloire, que j’ay enuoyé le poulet que vous auez veu , et j'aimerois encore mieux aiioir fait vne lettre de cette sorte, qu’vn jugement comme celuy-là. Mais ie ne deurois plus donner si hardiment mon auis de rien, sans sçanoir de qui ie parle, apres auuir esté attrappé, comme ie l’ay esté, en ce que j’ay dit de ceux qui ont mémoire de ce qu’ils ont fait au berceau, le confe.sse que ie croyois que l'on s’en voulusl mor'qner, cl que mesme. on le detisl faire. Mais puis que c'est vous et .M. le cm (lilial de la Valette qui l'auez dit, ie m’en di'ulis volontiers: clic n’av garde d offenser des personnes qui se .soiiiiieiiueiit de si loin.
DK MONSIKVIl DK VOITVKK.
A LA MESMK.
LETTRE LVIIl.
Mademoiselle,
Si vous n’estiez la plus aimable personne du monde, vous seriez la plus haïssable : et vous aiiez vne fierté qui soroit insuppoi’table en toute autre qu’en vous. Vous demandez la paix de la façon que les autres la donnent : et pour terminer vne querelle, vous employez des paroles, auec lesquelles on pourroit commencer vne guerre. le ne sçatj pas comme ie me suis tant abaissée. Ne grondez plus. Eseriuez-moij toutes les semaines. Voilà, certes, vne parfaite humilité, et vne belle maniéré d’exercer les vertus Chresticnnes. Vous m’ordonnez au reste, de ne me plus dépiter, que de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans : comme si vos grâces ne se donnoient, que lors que celles du Ciel sont ouiiertes; et qu’il fallust vn lubilé, pour absoudre ceux qui se faschent contre vous. Voici , Mademoiselle, oii j’en estois, quand j’ay rcceu vostre seconde lettre, qui m’a fort adoucy, en m’apprenant que vous no desiriez pas que ie fusse pendu , sans que vous y fussiez. Véritablement , c’est une grande marque de bonne volonté , et vne prenne qu’il vous reste encore quelque tendresse pour moy : de ce que vous ne voudriez pas que cét accident m’arriiiast, sans que vous eussiez le plaisir de le voir. Apres auoir tant imploré le secours de vostre esprit, afin qu’il trouuast des paroles qui me rendissent moins mal-heureux, il n’en poiiuoit pas trouuer de meilleures. En effet, rien ne me peut tant consoler de demeurer à Bruxelles, que de sçauoir que l’on me veut faire pendre à Paris : et ce lieu que ie tenois pour vne prison auparauant , ie le considéré à cette heure comme vn asyle contre vos persécutions, l’ay grande peine à croire ce que vous me dites de Madame de ni qu’elle ait pris vostre party contre moy. Si cela est, la fortune a esté plus iiiste que vous et qu’elle, d’auoir empesché ses lettres de tomber entre mes mains. C’est, sans mentir, grand dommage , si vous auez gasté vne aussi bonne personne : et j’auray plus de regret, que vous ayez corrompu son innocence, que de voir que vous auez condamné la mienne. Quoy qu’il en soit , ie vous asseure, que vous ne sçauriez ni l’vne ni l’autre auoir pris des resolutions contre moy, qui ne soient injustes, et dont ie ne vous fasse quelque iour dédire toutes deux. Cecy, Mademoiselle, n’est pas dit par orgueil, mais par celle fierté, que les gens de bien ont
l'JO
LETPHES
accoustumé d’auoir, et que produit la bonne conscience. Que si j’aunis le moindre doute d’auoir faiily, et de mériter vos menaces : ie n’aurois pas ces bons inlerualles, dont vous voyez que ie joûis quelquefois : et au lieu que ie guéris les autres du mal de rate, j'en mourrois moy-mesme. Si i'ay osté ce mal à Madame vostre mere, ie soulTriray plus volontiers tous ceux qui me restent. En vérité, l’asseurance que j’ay d’estre dans l’honneur de son souuenir, et le regret que ie sens de ne la point voir, font la plus grande moitié de mes biens et de mes maux. Et ie ne m’estonne pas, qu’elle souhaitte de me voir plus que personne. Car ie crois qu’il n’y aura point d’homme au monde si plaisant que inoy, si iaraais ie me vois auprès d’elle. Ce Philosophe de nos amis, duquel vous vous estes ressouuenuc si à propos, qu’il fait quelquefois les petits yeux , a roulé les yeux en la teste , quand ie luy ay leû cet endroit de vostre lettre. Aussi, à dire le vray, l’ame de Zenon auroit esté ébranlée en vne pareille rencontre ; et celle de Monsieur Mignon contristée etaffligée. La Philosophie qui a des reinedes contre tous les autres malheurs , n’a point de raison pour adoucir la moindre perte que l'on peut faire dans l’esprit de M. de Rambouillet. Quelque ennemie des passions que soit celte science , elle ne sçauroit desaprouuer que l’on en ait pour vne si rare personne; ni trouuer estrange que l’on fasse pour son sujet,,tout ce qu’elle ordonne de faire pour la vertu, le ne sçay, Mademoiselle, si elle pourroit enseigner plus aisément, à ne vous aymer pas. Mais quelle apparence y a-t-il qu’elle me puisse iamais apprendre cela, puisque c’est Monsieur de Chaude-bonne qui me la montre 7 Aussi ie vous iure que ie ne l'espere pas : et que ie suis bien résolu, quelque mal qui m’en puisse arriuer, d’estre tousiours,
Mademoisbllb, Vositre,fte.
De Bniirlln n drmifr luln I6S<.
A LA MESME